Selon ce qu'il a expliqué à la direction de la Ville de Lévis, Jean-François Roy avait accepté de se rendre mercredi soir, à titre de directeur de police, à une activité sociale dans un établissement privé de Québec, visiblement un restaurant. «Il n'était pas mandaté par la Ville pour y assister», précise le directeur des communications de la Ville de Lévis, Christian Brière.
Vers 23h15, un citoyen a communiqué avec la police de Québec pour signaler la présence d'un véhicule qui circulait de façon erratique à l'angle de l'autoroute Robert-Bourassa et de l'avenue
Chauveau, a indiqué la relationniste de la police de Québec, Sandra Dion. Les policiers ont intercepté le conducteur quelques minutes plus tard sur le boulevard de la Colline, en direction nord. «Ils ont constaté une odeur d'alcool et ont ordonné à l'homme de souffler dans l'appareil de détection approuvé, qui a indiqué un résultat fail», a indiqué Mme Dion. L'alcootest réalisé au poste de police a révélé un taux d'alcoolémie qui «dépassait deux fois la limite permise».
Jean-François Roy, 55 ans, a été libéré par sommation avec promesse de comparaître, sous condition d'adopter une bonne conduite. Il comparaîtra dans les prochaines semaines sous des accusations de conduite avec les facultés affaiblies. Comme prévu par la loi, son véhicule de fonction, une voiture fournie par la Ville de Lévis, mais qui ne porte pas les couleurs de la municipalité, a été saisi pour une période de 30 jours. Et son permis de conduire a été suspendu pour 90 jours, a confirmé Sandra Dion.
Informés des événements à la première heure hier matin par M. Roy lui-même, le directeur général de la Ville de Lévis, Jean Dubé, et la mairesse Danielle Roy Marinelli ont convoqué les médias en fin d'avant-midi pour confirmer les informations qui circulaient depuis quelques heures.
La Ville a publié un communiqué laconique qui annonce «la suspension immédiate du directeur du Service de police de la Ville de Lévis, M. Jean-François Roy, à la suite de son arrestation la veille pour conduite avec facultés affaiblies sur le territoire de la Ville de Québec». La suspension est d'une durée «indéterminée». Le directeur adjoint, Claude Pelletier, assurera l'intérim.
Comme le prévoit la procédure, Jean-François Roy a lui-même remis son arme, au poste de police, en avant-midi jeudi. Selon ce qu'il a été possible d'apprendre, M. Roy connaissait des difficultés dans sa vie personnelle. «Il allait rencontrer son médecin cet après-midi [hier] pour avoir de l'aide, explique M. Brière. On s'est assuré aussi qu'il ne demeure pas seul, qu'il y ait quelqu'un avec lui.»
LE FIL DES ÉVÉNEMENTS
Vers 23h30
La voiture de fonction (un véhicule fourni par la Ville de Lévis, mais qui ne porte pas les couleurs de la municipalité) a été saisie par la police de Québec et est présentement remisée pour 30 jours.
Vers 6h
Jean-François Roy a communiqué avec le directeur général Jean Dubé pour l'informer des événements. Le directeur général laisse un message à la mairesse Danielle Roy Marinelli, partie faire une promenade comme tous les matins. La mairesse le rappellera à son retour, vers 8h. Jean-François Roy appelle aussi la mairesse de Lévis pour l'informer des événements.
9h
Le directeur général Jean Dubé se rend au poste de police pour rencontrer Jean-François Roy et procéder à sa suspension sans solde. Le directeur remet aussi son arme de service. Le directeur adjoint, Claude Pelletier, qui assumera l'intérim, est présent à la rencontre.
11h
Le comité exécutif de la Ville de Lévis entérine la suspension sans solde du chef de police, recommandée par la direction générale de la municipalité après vérification auprès des ressources humaines.
35 ANS D'EXPÉRIENCE
Avec plus de 35 ans d'expérience de policier derrière la cravate, Jean-François Roy dirige les destinées de la Sûreté municipale de Lévis depuis les débuts de la nouvelle ville.
Nommé directeur de la police de Lévis à 46 ans à l'été 2001 par le comité de transition qui a précédé l'élection du premier conseil municipal, Jean-François Roy a eu comme défi de fusionner deux corps de police aux cultures bien distinctes, celui de Lévis et celui de Chaudière-Etchemin, qui s'occupait de l'ouest du territoire, en plus de négocier la première convention collective.
Jean-François Roy avait auparavant travaillé plus de 27 ans à la police de Québec comme capitaine, lieutenant, inspecteur-chef à la planification et à la sécurité du territoire et, finalement, directeur des enquêtes criminelles. Avant d'être nommé à la police de Lévis, il avait posé sa candidature pour être directeur de la police de Québec en 2001. Daniel Langlais avait été choisi à ce moment.
À titre de directeur, Jean-François Roy avait dû faire face à deux drames au sein de son corps de police à l'automne 2009, soit la tentative de suicide d'un policier dans le sous-sol du poste de police et l'accident qui a coûté la vie à la jeune policière Mélanie Roy, 21 ans, lors d'une réponse à un appel d'urgence sur l'autoroute 20.
Parmi ses projets, le directeur Roy souhaite voir se construire au cours des prochaines années un nouveau quartier général pour la police qui permettrait de regrouper toutes les troupes au centre du territoire, possiblement sur la 4e Avenue à Saint-Romuald.
Fils d'un lieutenant-détective, Jean-François Roy est père d'un garçon et d'une fille, dans la vingtaine, qui travaillent aussi dans la sécurité publique.