Trafic d'armes: Québec veut rejoindre la croisade de Chicago

Régis Labeaume... (Photothèque Le Soleil, François Bourque)

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Régis Labeaume

Photothèque Le Soleil, François Bourque

(Chicago) La Ville de Québec pourrait prendre part à une importante poursuite judiciaire contre les fabricants d'armes à feu aux États-Unis, a appris Le Soleil. Le maire Régis Labeaume se dit convaincu que le trafic illégal d'armes prenant de l'ampleur au sud de la frontière atteindra tôt ou tard son territoire. Mieux vaut prévenir.

Les maires de Philadelphie, Chicago et Columbus ont profité d'une séance à huis clos du Forum des villes globales hier matin pour dénoncer les ravages du commerce illégal d'armes chez leurs citoyens. Mais voilà, ils ont beau tenter par tous les moyens de bannir ces engins mortels de leur territoire, une loi fédérale leur interdit de poursuivre les fabricants contribuant à alimenter le trafic.

À coup de statistiques «effarantes» sur le nombre de jeunes tués chaque année, les trois maires américains ont convaincu leurs collègues réunis hier et aujourd'hui à Chicago de joindre leur croisade. Après tout, plusieurs autres pays sont également aux prises avec un tel problème. La centaine de maires et élus municipaux adopteront donc ce matin une résolution pour dénoncer l'interdiction aux États-Unis de poursuivre ces commerçants.

Désirant aller plus loin, le maire de Québec a lancé en pleine séance l'idée d'intenter une poursuite à l'extérieur des États-Unis. «Quelqu'un de l'extérieur pourrait poursuivre les fabricants s'il considérait que le trafic nuisait à sa population. J'ai demandé aux trois maires américains s'ils appuieraient une telle initiative et ils ont dit oui», a-t-il confirmé au Soleil.

Avant de prendre l'initiative dans cette aventure, le maire de Québec veut toutefois d'abord évaluer si le problème a réellement un impact sur son territoire. Sans quoi, il laisserait à un autre le soin d'enclencher les procédures et pourrait ensuite s'y joindre. «Il faut voir si au Québec, on est touchés à ce point. Je ne le sais pas, a-t-il reconnu. La criminalité à Québec... J'écoutais les maires américains parler ce matin et on vit sur une autre planète. Ça n'a pas de bon sens. Mais il faut voir deux coups d'avance.»

Ce dernier se dit convaincu que le trafic des armes à feu, s'il n'a pas encore d'impact, pourrait éventuellement en avoir un. «Bien sûr. Bon, l'année où j'ai été élu maire, il n'y a pas eu un seul meurtre à Québec, mais le trafic d'armes fabriquées aux États-Unis touche tout le monde. C'est sûr qu'au Québec, il y a des meurtres commis avec des armes illégales», avance-t-il.

Présent à la rencontre, le maire de Windsor, en face de Détroit, a d'ailleurs souligné que deux des cinq meurtres survenus l'an dernier sur son territoire avaient été perpétrés par des armes ayant circulé par ce trafic illégal.

Meilleur contrôle

Régis Labeaume joindrait ainsi la croisade menée depuis des années aux États-Unis par le maire de Chicago, Richard Daley, pour un meilleur contrôle des armes à feu. Ce dernier ne se cache pas pour critiquer haut et fort les problèmes.

En présence du maire de Mexico et de l'ambassadeur mexicain aux États-Unis hier, M. Daley s'est d'ailleurs excusé pour les répercussions à ce commerce que vit le Mexique. «Vous ne fabriquez pas des armes, nous les fabriquons. Les Mexicains n'achètent pas des drogues, nous les achetons. Ils sont malheureusement pris dans un tir croisé d'une violence inouïe et les États-Unis devraient prendre leur part de responsabilité et aider leurs frères mexicains.»

Devant un parterre de journalistes locaux, il a ajouté que «le gouvernement doit réaliser que d'avoir des gangs se battant le long de la frontière mexicaine veut dire avoir des gangs se faisant la guerre dans toutes les villes américaines».

Le contrôle des armes revient dans l'actualité alors que Chicago a connu une nouvelle flambée de violence depuis la débâcle économique. En chute libre depuis le début des années 1990, le nombre de meurtres a recommencé à augmenter pour friser les 600 en 2008.

Et avec la crise qui n'en finit pas de miner l'économie de certaines grandes villes du coeur des États-Unis, de nombreux experts appréhendent un été «chaud» à Chicago.

Pour prévenir cette vague, la Ville a d'ailleurs lancé le programme Sauvez une vie et payera le 8 mai ses citoyens acceptant de se débarrasser de leurs armes. Elle offrira 100 $ par arme automatique, 75 $ par fusil et 10 $ pour chaque réplique d'arme à feu.

 

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