L'incendie du Manège militaire deux ans après

Le Manège militaire... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Le Manège militaire

Le Soleil, Erick Labbé

(Québec) Deux ans après l'incendie qui a lourdement endommagé le Manège militaire dans la nuit du 4 au 5 avril 2008, Le Soleil revient sur ce sinistre qui a privé Québec d'un de ses édifices patrimoniaux d'importance et du quartier général du plus ancien régiment
francophone de l'armée canadienne, les Voltigeurs de Québec. 

À partir du rapport d'enquête du Service des incendies des Forces armées canadiennes, que Le Soleil a obtenu en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, nous vous proposons de revivre en détail l'incendie, en trois étapes: son origine, la prise des appels au central 9-1-1 et l'extinction du feu par les pompiers.

>> 1- UNE LAMPE HALOGÈNE OUBLIÉE ALLUMÉE

Le 4 avril 2008, les employés de Protection incendie Pro du Québec, qui installent un système de gicleurs dans le Manège militaire, terminent leur quart de travail vers midi. L'installation du système était complétée à 80 %, mais il n'était pas fonctionnel.

En après-midi, leur patron, Richard Lemieux, et des représentants de l'entrepreneur général responsable du projet d'installation des gicleurs, Construction Da-Gar, reçoivent la visite d'un employé d'une entreprise qui devra fournir à M. Lemieux des amortisseurs de chute. Tous partent vers 15h30. La dernière personne à sortir du bâtiment est une militaire des Voltigeurs de Québec affectée à l'administration. Elle sort à 16h15.

Ce jour-là, une des personnes reliées à Protection incendie Pro du Québec n'a pas éteint une lampe halogène qui était utilisée dans le grenier pour éclairer la zone de travail. Généralement, les travailleurs éteignaient cette lampe en débranchant la rallonge électrique de l'appareil d'éclairage, dont la prise était située à plus de 90 mètres de la lampe, dans le secteur nord-est de la salle principale.

Mal fixée

Probablement mal fixée par la rallonge électrique dans la structure du toit, à un échafaud ou à un escabeau, dans le coin sud-ouest du grenier, la lampe est tombée sur le plancher fabriqué en pin sec vieux de 150 ans. Le rapport d'enquête ne précise pas à quoi la lampe était accrochée avant de tomber sur le sol.

Comme la lampe, équipée de deux ampoules de 500 watts qui dégagent une importante chaleur, n'avait pas une grille de protection, la vitre qui protégeait les deux ampoules s'est fracassée sur le sol. La chaleur dégagée par les ampoules a alors embrasé le plancher. Selon des tests réalisés au Centre national de recherche du Canada (CNRC), les premières flammes seraient apparues dans un délai de 5 à 32 minutes après la chute de la lampe.

Le feu se serait propagé à l'ensemble de la structure du toit de la partie centrale dans un délai de 30 à 60 minutes. Ces mêmes tests effectués au CNRC démontrent que le toit du Manège militaire serait tombé entre 97 et 127 minutes après le début de l'incendie. Le brasier aurait pris naissance aux alentours de 19h30.

>> 2- APPELS AU 9-1-1: LA CONFUSION

En moins de quatre minutes, près d'une vingtaine de citoyens ont appelé le central 9-1-1 afin d'informer les services d'urgence que le Manège militaire était la proie des flammes. Comme le système de détection des incendies de l'édifice n'a pas fonctionné, c'est en voyant des flammes et de la fumée sortir de la toiture que les citoyens et passants ont réalisé en premier ce qui se passait.

«Bonjour, il y a un feu dans le bâtiment pas loin du Concorde», aura été la première phrase que les répartitrices du 9-1-1 ont entendu à propos de cet incendie, à exactement 21h27,02.

Le manège «du Vieux-Québec»

La répartitrice qui a pris le deuxième appel provenant du restaurant L'Astral, perché en haut de l'hôtel Loews Le Concorde, ne connaissait visiblement pas l'emplacement du Manège militaire, car elle a envoyé les pompiers à un autre édifice de l'armée qui se trouve dans le secteur Beauport, au 101, rue du Manège. La femme était tellement confuse qu'une personne qui se trouvait près du témoin qui a appelé le 9-1-1 a lancé : «Le Manège militaire dans le Vieux-Québec, il y en a juste un à Québec!» alors que la répartitrice tentait de trouver l'endroit où les flammes faisaient rage, à l'aide du témoin.

Cette confusion a fait en sorte que le délai d'intervention des pompiers s'est allongé de près de deux minutes. Les enquêteurs ont estimé que ce délai n'avait pas eu «une incidence considérable sur le résultat de l'incendie».

Les appels faits au 9-1-1 ont démontré que les gens ne connaissaient pas tous leur ville, car certains ont dit aux répartitrices que c'était la Citadelle qui brûlait. Moment loufoque aussi quand un des témoins a proposé de rentrer dans l'édifice en flammes afin de donner plus de renseignements à la préposée au 9-1-1. «Non, non, je vous demande pas de rentrer, Monsieur», aura été la réponse de la répartitrice.

>> 3- LES POMPIERS MANQUENT D'EAU À LEUR ARRIVÉE

Arrivés avec un délai de 1 minute et 55 secondes en raison de la confusion au 9-1-1, les pompiers de Québec s'aperçoivent rapidement qu'ils devront lutter contre un incendie d'une rare intensité. À 21h41, on demande au central de tomber en appel 99, si bien qu'une centaine de pompiers iront sur place. Quatorze engins sont envoyés au Manège militaire, soit sept autopompes et sept échelles aériennes.

L'eau de six bornes-fontaines sera utilisée afin de circonscrire les flammes. Comme le chef aux opérations Claude Jobin est informé par un représentant du Manège militaire qu'il pourrait y avoir des munitions à l'intérieur de l'édifice et en raison de l'intensité des flammes, les pompiers travaillent défensivement durant une longue période. Rapidement, le toit de la salle d'armes s'effondre. Sur les ondes radio, des pompiers insistent auprès du chef aux opérations d'y aller avec une approche plus énergique afin de protéger la partie administrative du bâtiment, située à l'est. M. Jobin ordonne à tout le monde de rester sur la défensive.

Durant environ la première demi-heure des opérations, les pompiers manquent de pression d'eau dans leurs tuyaux. Normal, explique aujourd'hui M. Jobin, car les bornes-fontaines situées près du Manège militaire étaient toutes alimentées par le même réseau souterrain. «Quand nous sommes allés chercher de l'eau avec les bornes-fontaines sur Grande Allée, nous n'avions plus ce problème, environ une demi-heure après notre arrivée», indique M. Jobin.

Malgré l'intensité des flammes, des membres des Voltigeurs de Québec se faufilent dans la partie administrative de l'édifice afin de sauver les couleurs du régiment. Quand l'incendie est maîtrisé, à 13h44, le samedi, la partie centrale de l'édifice est complètement détruite. Seuls les murs ont résisté. La partie administrative a subi des dommages importants par l'eau, et beaucoup moins par le feu lui-même. En raison de la présence d'une porte coupe-feu, la majorité des artefacts entreposés dans la section musée du secteur ouest de l'édifice, au premier étage, ont été protégés de l'incendie.

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