Dès 6h, les policiers de Québec, aidés de ceux de Lévis et de Montréal, ont appréhendé sept suspects à Québec, deux à Lévis et trois à Montréal. Au moment d'écrire ces lignes, un individu faisant l'objet d'un mandat d'arrestation était toujours au large.
Tous d'origine asiatique, les 13 suspects possédaient des résidences dans des quartiers résidentiels à Québec, à Sainte-Foy, à L'Ancienne-Lorette et à Cap-Rouge et les utilisaient pour faire de la culture de cannabis sans nécessairement y habiter.
Selon le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), le cannabis n'était pas destiné au marché de Québec, mais était envoyé à Montréal pour être ensuite acheminé vers l'Ontario et les États-Unis. Les suspects «se connaissaient entre eux» et faisaient partie d'un réseau de trafic de cannabis lié au crime organisé asiatique venu de l'Ouest.
«On sait que le crime organisé asiatique part de l'ouest du pays et s'est déplacé tranquillement vers l'est, explique la porte-parole du SPVQ, Catherine Viel. Depuis un certain temps, on en remarque à Québec mais aujourd'hui [hier], c'est une des premières frappes qui visent ce crime-là.»
Parmi les 12 personnes arrêtées, deux sont des propriétaires de restaurants à Québec. Il s'agit de Dinh My Trinh, du restaurant Saigon Bangkok, sur la rue de la Couronne, et d'Eddie Mai, du Métropolitain Eddie Sushi Bar, sur l'avenue Cartier.
Mardi, une petite note sur la porte du Saigon Bangkok indiquait que le restaurant était fermé, sans plus d'explications. Au Métropolitain, qui était ouvert, un employé joint par Le Soleil avait du mal à croire que son patron, Eddie Mai, restaurateur bien connu sur l'avenue Cartier, avait été accusé entre autres de production de cannabis.
«Je ne comprends pas, il travaillait 80 heures par semaine!, a-t-il dit. Ça ne peut pas être lui!»
Mardi matin, deux maisons qui servaient à la production de cannabis ont été perquisitionnées par la police de Québec, l'une au 1615, de la rue du Buisson, à L'Ancienne-Lorette, et l'autre au 733, Sabrevois, à Sainte-Foy. Une voiture a aussi été saisie.
En septembre 2007, le Service de police de la Ville de Québec avait amorcé son enquête, nommée projet Absent, à la suite de plaintes de voisins. Depuis, elle a mené 15 perquisitions sur le territoire de Québec et de Lévis. Onze plantations, incluant quelque 4000 plants d'une valeur d'environ 4 millions $, ont été détruites et environ 80 000 $ en argent comptant ont été saisis.
Comparutions
Âgés de 28 à 49 ans et comprenant quelques couples, les 12 individus arrêtés par les policiers de Québec, de Lévis et de Montréal ont comparu mardi après-midi au palais de justice de Québec pour faire face à des accusations de production de cannabis, de vol d'électricité, de possession en vue de trafic et de complot pour la production de cannabis.
Tous ont été remis en liberté moyennant un dépôt en argent de 200 $ à 5000 $. Ils n'ont plus le droit de posséder un passeport et de communiquer entre eux. Leur retour en cour est prévu entre le 15 et le 29 juin.
Opération similaire à Montréal
Les arrestations effectuées par la police de Québec se déroulaient mardi en même temps qu'une opération distincte mais encore plus vaste de la police de Montréal contre 200 personnes liées au crime organisé asiatique.
Selon un bilan provisoire, quelque 96 personnes ont été arrêtées dans le contexte de cette opération nommée Borax. Les policiers ont également effectué plus de 50 perquisitions dans des commerces et résidences à Montréal, à Laval et à Longueuil.
Comme à Québec, les suspects faisaient partie d'un vaste réseau de production, de distribution ainsi que d'exportation de cannabis, actif principalement dans la grande région de Montréal.
Plus de 800 policiers de la Sûreté du Québec, de la Gendarmerie royale du Canada et des corps policiers municipaux de Montréal, de Laval et de Longueuil ont été mobilisés pour cette opération.
Avec Richard Hénault et La Presse Canadienne