Islande: «poéticienne» sur les marches du pouvoir

Birgitta Jónsdóttir, devant le parlement d'Islande à Reykjavík... (Archives AFP)

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Birgitta Jónsdóttir, devant le parlement d'Islande à Reykjavík

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Camille Bas-Wohlert
Agence France-Presse
Reykjavik, Islande

«Je ne suis pas une leader»: tombée dans la marmite libertaire quand elle était petite, Birgitta Jonsdottir est la voix des «Pirates» islandais, mais cette pasionaria 2.0, proche de WikiLeaks, renâcle à incarner le pouvoir.

«Nous sommes en train de passer un entretien d'embauche avec la nation», déclare à l'AFP «Birgitta», comme tout le monde l'appelle en Islande, depuis les locaux du parti à Reykjavik, à deux pas du Parlement où les Pirates occupent trois sièges depuis 2013.

Au soir des élections législatives anticipées de samedi, les «Piratar» ont un objectif: congédier la coalition de centre-droit associée aux faillites bancaires de 2008 et au scandale des comptes offshore révélés en avril par les Panama Papers.

La perspective paraît «réjouissante» et tout aussi «effrayante» à Birgitta Jonsdottir, ancienne porte-parole de WikiLeaks, députée et leader médiatique des Pirates, qui cultive la vulgate libertaire de la gouvernance collective. Reste à savoir si les Islandais sont «prêts».

«Les gens nous regardent», martèle-t-elle à l'envi. «Est-ce que l'Islande va être assez courageuse pour dire non à ce bloc corrompu lié au gouvernement et va voter pour le changement?»

Elle dit clairement ne pas vouloir devenir première ministre. «Nous avons une structure horizontale au sein de notre parti, dont Birgitta n'est même pas la dirigeante officielle. Si les Pirates recueillent assez de suffrages pour former un gouvernement, ils demanderont simplement au pays qui il souhaite à ce poste», explique-t-elle sur son blogue.

Elle se voit bien en revanche à la tête de l'Althingi, le parlement islandais de 63 sièges, pour en renforcer le pouvoir.

«Si nous sommes en position d'avoir le poste de premier ministre, j'aimerais devenir présidente du Parlement pour montrer que le Parlement devrait être l'institution la plus forte et la plus importante», affirme Birgitta Jonsdottir.

«Poéticienne»

Elle qui militait depuis des décennies pour les droits civiques ou l'indépendance du Tibet ne s'engage pleinement au plan national qu'au sortir de la crise financière de 2008, à la faveur de la «révolution des casseroles».

En 2009, elle se présente aux législatives et est élue au parlement, sur la liste de l'éphémère Mouvement des citoyens qui pratique la gouvernance collective et plaide pour une refondation de la démocratie islandaise.

Fille d'une chanteuse folk et d'un armateur qu'elle n'a jamais connu, Birgitta Jonsdottir publie son premier recueil de poésie à 22 ans. Éditrice web, elle se définit comme «multi-artiste» et «poéticienne», arrivée en politique par accident.

Adolescente, elle s'amourache de Jon Gnarr, futur acteur et humoriste qui deviendra le maire «punk» de Reykjavik entre 2010 et 2014, porté lui aussi par le cataclysme de 2008, et que l'on verra défiler en drag queen sur les chars ddu défilé de la Fierté gaie islandaise l'année de son élection.

La vie ne l'a pas épargnée.

À l'âge de 20 ans, elle perd son père adoptif, patron de pêche qui se suicide en se noyant dans une rivière glacée. Quelques années plus tard, en 1993, c'est son mari, Charles Egill Hirt, épileptique, qui disparaît à l'âge de 29 ans. Son corps n'est retrouvé qu'en 1998. «Cet espace ici dans le cyberespace pourrait lui tenir lieu de pierre tombale», écrit-elle sur son blogue.

Bien placés pour saborder le «système»

Ovni politique issu du mouvement libertaire, le Parti pirate islandais a annoncé jeudi un accord historique avec l'opposition pour former un gouvernement à l'issue des législatives anticipées, qui devraient sanctionner les formations traditionnelles éclaboussées par les «Panama Papers».

Si l'Islande n'enregistre pas de poussée radicale à droite, elle semble prête à donner congé aux formations historiques et confier les clés à une constellation inédite de partis plutôt marqués à gauche.

Depuis le parcours sensationnel des Vikings à l'Euro de soccer,  beaucoup se disent que tout est possible...

«Je veux des changements. Je n'aime pas tout ce que proposent les Pirates, mais si nous voulons des changements, c'est le meilleur parti», explique Einar Hannesson, 42 ans, ouvrier de chantier rencontré dans la capitale Reykjavik.

Les Piratar, donnés tantôt devant, tantôt au coude-à-coude avec le Parti de l'indépendance (conservateurs) au pouvoir, n'auront pas suffisamment de voix pour gouverner seuls. Mais ils pourraient se retrouver en position de former une coalition majoritaire.

C'était l'ambition avouée de négociations entamées une semaine avant le scrutin avec quatre partis d'opposition de gauche et du centre, dont le populaire Mouvement gauche-verts, crédité d'un cinquième des intentions de vote.

Finalement, Pirates, Mouvement gauche-verts, sociaux-démocrates et Avenir radieux (centriste) ont annoncé jeudi avoir trouvé un terrain d'entente en vue de «former un gouvernement majoritaire». Cette alliance constitue une rupture avec la pratique traditionnelle en Islande, où les partis avaient l'habitude de se présenter seuls sans dire explicitement avec qui ils comptaient gouverner.

Selon les projections, les Pirates, avec de 20 % à près de 23 % des voix - ils ont été crédités de jusqu'à 43 % à six mois du scrutin -, peuvent espérer passer de trois à une quinzaine d'élus à l'Althingi, le parlement monocaméral de l'Islande où siègent 63 députés.

Déjà très affaiblies par la crise financière de 2008, les deux composantes du gouvernement sortant - Parti du progrès (centre) et Parti de l'indépendance (droite) - se retrouvent sous une pluie de cendres encore fumantes après l'éruption des Panama Papers.

Parmi les noms des 600 Islandais détenteurs de comptes extraterritoriaux révélés figurent ceux du premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson (Parti du progrès) et de deux ministres.

Séisme

Si l'Islande, île de 336 000 habitants, a renoué avec la prospérité (4,2 % de croissance économique en 2015) grâce au tourisme et au redressement de son système financier, les Islandais, et surtout les plus jeunes, n'ont plus que méfiance envers leurs élites.

«Je vais voter pour les Pirates. Je leur ai donné ma voix aux dernières élections [...] et je pense que c'est la première fois que je vote pour un parti qui ne trahit pas ses promesses», s'enthousiasme Salma Thorarinsdottir, 23 ans. AFP

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