Collaboration inédite dans l'Arctique

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À Québec, le Pierre Radisson a largué les amarres le 25 août dernier dans le cadre du tout premier exercice sur le terrain du Arctic Coast Guard Forum.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) S'il s'en trouve encore pour douter du réchauffement climatique, ceux qui fréquentent l'Arctique n'en parlent plus au futur ou au conditionnel; ils s'y préparent activement.

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Les huit nations membres du Conseil de l'Arctique, dont le Canada, participeront du 4 au 8 septembre au tout premier exercice sur le terrain du Arctic Coast Guard Forum (ACGF). Cette nouvelle structure, créée en 2015, regroupe les gardes côtières de chaque pays et vise à favoriser la coopération dans les eaux nordiques.

Le Canada, la Finlande, le Danemark, la Norvège, la Suède, la Russie, les États-Unis et l'Islande se préparent ainsi à la croissance de l'activité humaine dans les régions septentrionales du globe. Un phénomène déjà enclenché par le réchauffement climatique et la fonte des glaces.

La délégation canadienne à cette première opération baptisée «Arctic Guardian» a largué les amarres depuis Québec le 25 août. L'équipage du brise-glace Pierre Radisson (52 marins), dirigé par le capitaine Stéphane Julien, est parti rejoindre ses collègues internationaux quelque-part dans le détroit de Danemark, portion de mer entre le Groenland et l'Islande. C'est de là que le ACGF tiendra ses exercices de recherche et sauvetage. Les scénarios catastrophes à envisager sont variés: marée noire, bateau de croisière échoué, pêcheurs en détresse, plaisanciers à la dérive...

Nouvelle dynamique

Derrière ses 37 années d'expérience marquées par de nombreuses visites dans l'Arctique, le capitaine Stéphane Julien a été témoin des changements au nord du 60e parallèle. «Ce que je constate, c'est qu'il y a une activité humaine qui est de plus en plus grande et qu'il y a une plus grande demande pour nos services. Les gens vont à des endroits où ils n'allaient pas auparavant», a-t-il expliqué lors d'une entrevue accordée au Soleil par téléphone satellite.

Les autres nations membres du Conseil de l'Arctique vivent à peu près les mêmes défis, bien qu'il soit difficile de généraliser tant le territoire est vaste. «L'Arctique, c'est complètement différent. Il n'y a pas beaucoup de ressources, il n'y a pas de grandes communautés, d'infrastructures ou de villes», a énuméré le commandant du Pierre Radisson. «C'est un endroit immense et éloigné. S'il arrivait un [incident] majeur, un pays seul aurait beaucoup de difficulté [à intervenir efficacement].»

Il cite en exemple la catastrophe de la plateforme de forage Deepwater Horizon de BP (2010), dans le golfe du Mexique. «Dans le temps de le dire, il y avait plein de monde autour de cette plateforme-là.» Ce ne serait pas le cas dans le Nord.

Qui plus est, les rigueurs de l'Arctique peuvent s'avérer fatales, a rappelé M. Julien. Si un navire coule, par exemple, «tu ne peux pas faire débarquer [les survivants] sur une île en leur disant: "On arrive dans trois jours". Ils vont mourir de froid sur la plage. Même en plein été, c'est toujours marginal la température dans l'Arctique.» Et c'est sans compter le danger que représentent les eaux glaciales, qui réduisent considérablement le temps de réaction.

La capacité d'accueil des communautés locales, la plupart autochtones et peu populeuses, n'est pas non plus la même.

Parler le même langage

Mettre en commun les expertises de chaque garde côtière n'a pas été chose facile, admet Stéphane Julien, notamment parce que chaque pays n'a pas la même «culture». Les gardes côtières canadienne et suédoise sont de «culture civile», alors que toutes les autres du ACGF sont de «culture militaire».

L'échange de renseignements, nécessaire à la mise en place des protocoles de sauvetage, a donc été, par moment, plus épineux. «Si un pays ne peut pas se commettre, ce n'est pas à nous de le débattre», a cependant précisé M. Julien. «Il fallait se respecter dans nos différences», a-t-il dit, ce qui est, selon lui, mission accomplie.

Le Canada est pour sa part reconnu pour ses connaissances de navigation dans l'Arctique. «On a une belle expertise maritime. On est des marins de carrière [à la Garde-côtière canadienne].» Ce n'est pas le cas de tous les acteurs.

Le succès de l'ACGF repose donc sur l'union des forces de tout un chacun, ainsi que sur un principe partagé par les huit nations. Principe que le capitaine Stéphane Julien a bien résumé: «Ce qui semble certain de l'Arctique, c'est qu'il y aura de plus en plus d'activité et il faut être capable de suivre ce rythme-là, être prévoyant et être avant-gardiste.»

Autres sources: thearcticinstitute.org, arctic-council.org

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Frédéric Lasserre, professeur au Département de géographie de l'Université Laval, alors qu'il se trouvait sur l'île de Baffin.

Trois fois plus de trafic dans les eaux du Nord

Frédéric Lasserre, professeur au Département de géographie de l'Université Laval et spécialisé en géopolitique de l'Arctique, a répondu à nos questions.

Q Le Arctic Coast Guard Forum vise à répondre à une augmentation de l'activité humaine dans l'Arctique. Quelle est la situation à l'heure actuelle?

R Oui, ça a augmenté, et pas juste le trafic des croisières. Cela prend plusieurs formes. Il y a le transport de marchandises local, en tout cas dans l'Arctique canadien, dans l'Arctique russe aussi. Quant [aux voies maritimes internationales, de transit], l'augmentation se fait beaucoup plus lentement que ce qui était prévu. Il y a aussi une augmentation assez rapide du trafic des plaisanciers. Au lieu d'aller dans les Caraïbes, certains propriétaires de bateau vont aller faire un tour dans l'Arctique. L'ensemble de ces types de trafic a plus que triplé depuis le début des années 2000.

Q On parle d'exploration et d'exploitation d'hydrocarbures dans l'Arctique. Qu'en est-il exactement?

R Ce n'est pas encore le boum qui était prévu il y a quelques années. Dans l'archipel arctique canadien, on sait qu'il y a des gisements. [En 2015], des compagnies, dont Shell, ont renoncé à des campagnes très coûteuses dans l'Alaska et au large du Groenland. On sait qu'il y a des réserves d'hydrocarbures, mais les conditions d'exploitation sont encore difficiles et trop coûteuses, surtout avec un cours mondial du pétrole trop bas pour couvrir ces coûts élevés.

Q Le fait que des nations en conflit, comme la Russie et les États-Unis, ou encore que certaines gardes côtières soient de culture militaire rend-il une coopération comme le ACGF plus difficile?

R [Le ACGF] fonctionne à un niveau politique plus local. Au sein des gouvernements, il peut y avoir des frictions pour toutes sortes de raisons. On sait qu'il y a un froid entre les pays de l'OTAN* et la Russie depuis 2014 avec le conflit en Ukraine (invasion et annexion de la Crimée). Mais ça n'a rien à voir avec l'Arctique. Bien qu'il y ait un raidissement dans les relations, dans les organismes de coopération technique, comme le Conseil de l'Arctique, ça fonctionne quand même et ça continue de bien collaborer.

*Au ACGF, seule la Russie n'est pas un pays membre ou partenaire de l'OTAN. Le Canada, les États-Unis, l'Islande, le Danemark et la Norvège en sont membres, alors que la Suède et la Finlande en sont partenaires.

***

Le Arctic Coast Guard Forum

  • Fondé en 2015
  • Huit pays membres : Canada, États-Unis, Russie, Suède, Danemark, Islande, Finlande, Norvège
  • Répond à deux accords du Conseil de l'Arctique (formé des mêmes pays) :
  1. Accord de coopération en matière de recherche et de sauvetage aéronautiques et maritimes dans l'Arctique (2011)
  2. Accord sur la préparation et l'intervention en cas de pollution marine dans l'Arctique (2013)
  • Prévoit au moins un exercice par année, dont un terrain aux deux ans




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