Voitures électriques: le Québec encore loin de son objectif

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Le nombre de voitures électriques est en constante augmentation au Québec, mais de nombreux obstacles continuent de freiner leur progression.

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(Québec) Enthousiasmé par le Sommet de Paris sur les changements climatiques, Philippe Couillard a promis... ou prédit... que 100 000 automobiles électriques circuleraient sur les routes du Québec en 2020. Avec moins de six millions d'habitants, la Norvège vient de franchir ce cap du 100 000, alors que le Québec n'en comptait que 13 455 au 31 décembre.

Le succès de la Norvège vient du fait que le gouvernement a imposé de lourdes taxes sur l'achat des véhicules à essence. Le Québec mise plutôt sur des incitatifs financiers. Il offre une subvention de 8000 $ aux acheteurs d'autos électriques comme la Nissan Leaf, ou d'autos hybrides rechargeables comme la Chevrolet Volt. 

C'est moins généreux que l'Ontario, qui accorde 14 000 $ aux acheteurs des mêmes véhicules. Mais la flotte d'autos électriques chez nous est déjà deux fois plus importante que celle de la province voisine, où les tarifs d'électricité sont très élevés.

Au ministère des Ressources naturelles, qui gère les programmes d'électrification des transports, on a reçu 4813 demandes de subvention pour l'achat de véhicules électriques ou hybrides entre le 1er avril 2016 et la fin janvier 2017. Si on extrapole sur 12 mois, le parc d'autos électriques ou hybrides se sera accru de 5500 unités pendant cette période. C'est une augmentation de 110 % par rapport à l'année précédente. Si la croissance se maintient, les ventes pourraient atteindre 10 000 véhicules par année d'ici le 1er avril 2019. C'est prometteur, mais il faudrait en vendre en moyenne 20 000 annuellement d'ici le 31 décembre 2020 pour atteindre l'objectif fixé par Philippe Couillard à Paris. 

Bon pour le climat

Selon Hydro-Québec, la consommation d'un véhicule électrique parcourant 18 000 km par année équivaut à celle d'un chauffe-eau de 40 gallons. La société d'État affirme qu'elle serait en mesure d'alimenter un million d'autos électriques, soit le quart du parc automobile québécois, sans investissement important dans son réseau. Un tel changement diminuerait nos émissions de gaz à effet de serre de 3,4 millions de tonnes par année et diminuerait de 25 % nos achats de pétrole, cela au profit d'une source d'énergie produite chez nous.

Les avantages sont considérables; les changements sur la route, toutefois, ne sont pas aussi rapides qu'on le voudrait. Il apparaît clair qu'il faudra plus qu'un incitatif financier pour convaincre les automobilistes. La faible disponibilité des véhicules, leur autonomie insuffisante ainsi que l'accessibilité des bornes de recharge sont encore des obstacles.

Réseau de bornes

La Chevrolet Bolt, qui offre une autonomie de 300 kilomètres, est très prisée, mais elle n'est pas disponible partout et la période d'attente peut atteindre un an. Les concessionnaires n'ont pas le même problème avec la Chevrolet Volt, mais c'est un véhicule hybride rechargeable qui compte sur l'apport d'une génératrice à essence pour appuyer sa batterie.

L'accessibilité des bornes de recharge est également un enjeu. En octobre, le groupe environnementaliste Équiterre a mis en ligne le parcours Montréal-Havre-St-Pierre de sa porte-parole, Christine Beaulieu, au volant d'une auto électrique. Elle a atteint sa destination pour 50 $ en coût d'énergie, mais elle a dû y mettre le temps! Des arrêts à Drummondville, Lévis, La Pocatière, Rivière-du-Loup, Trois-Pistoles, Rimouski et Matane sur la Rive-Sud. De Godbout, sur la Rive-Nord, elle a fait une première recharge «chez l'habitant» à Baie-Trinité, une autre à Sept-Îles, une troisième à Rivière-au-Tonnerre (sur une prise de soudeuse dans un garage) et une autre à Havre-St-Pierre sur la prise 110V de son gîte. Bref, c'est possible si vous avez le temps, mais il en faudra plus pour rassurer les automobilistes.

Intérêt en hausse

Nissan Leaf, Chevrolet Volt ou Bolt, Ford Focus, Kia Soul EV, Tesla, Chrysler Pacifica Hybrid, Cadillac... La liste des véhicules qui se qualifient pour la subvention de 8000 $ accordée au Québec pour l'achat d'un véhicule électrique ou hybride rechargeable est longue. Et selon les vendeurs de plusieurs concessionnaires, l'intérêt du public est à la hausse à cause de la satisfaction de la clientèle.

Alain Girard, chez Arnold GM, à Saguenay, raconte qu'un de ses clients a fait un aller-retour en Floride avec sa Chevrolet Volt, un modèle hybride équipé d'une génératrice qui maintient la charge de la batterie. Il estime qu'une trentaine de personnes ont acheté ce modèle chez lui depuis deux ans. Martin Morrissette, vendeur chez Thibault Chevrolet de Sherbrooke, évalue à plus d'une soixantaine le nombre de Volt vendues en 2016 dans le commerce où il travaille.

Chez Nissan Sainte-Foy, à Québec, Dany Danjou estime à une cinquantaine le nombre de véhicules électriques vendus l'an dernier. Chez Desjardins Auto Collection à Québec, Pierre Morin indique que la Ford Focus électrique trouve preneur chez une dizaine de clients par année. À la Maison Chrysler, dans Charlesbourg, Bruno Marois attend l'arrivée prochaine de la Chrysler Pacifia Hybrid, qui sera leur premier modèle à bénéficier de la subvention gouvernementale.

Bref, s'il est vrai qu'il était difficile de trouver des autos électriques sur le marché québécois il y a un an ou deux, la situation est en train de changer. Certains modèles comme la Chevrolet Bolt, dont l'autonomie sera de 300 kilomètres, se font toutefois attendre. Maxime Tanguay, de Marlin Chevrolet, à Québec, a vendu les 20 véhicules qu'on lui avait alloués pour 2017 et il a déjà trouvé preneur pour deux véhicules en 2018. Il faut compter un délai d'environ un an pour se procurer ce modèle, selon lui. À Saguenay, le concessionnaire n'a même pas encore reçu de démonstrateur pour en faire l'essai. Même situation à Sherbrooke, où on attendait un premier modèle pour la fin de semaine dernière.

En constante évolution

L'autre obstacle est la rapidité à laquelle la technologie progresse. Cela incite des clients potentiels à différer leur achat d'un an ou deux pour attendre des modèles plus performants. La Nissan Leaf 2018, par exemple, offrira une autonomie de 350 à 400 km, comparativement à 172 km pour le modèle actuel. L'autonomie de la Ford Focus est passée de 130 km à 180 km sur les modèles de 2017, et la concurrence forcera sans doute le fabricant à aller plus loin.

Dans l'Outaouais québécois, les concessionnaires ont un autre obstacle : l'Ontario offre 14 000 $ de subvention à l'acheteur d'un véhicule électrique, comparativement à 8000 au Québec. La comparaison fait mal...

Même si l'offre des concessionnaires augmente d'année en année, le gouvernement du Québec met de la pression sur les fabricants. La loi Zéro émission, adoptée à l'unanimité en octobre, permettra d'imposer des objectifs aux constructeurs automobiles et de leur imposer des pénalités financières si les objectifs ne sont pas atteints. Elle n'entrera toutefois en vigueur qu'en 2018.

Ouvert à des subventions sur le marché des usagées

Le ministre des Ressources naturelles Pierre Arcand reconnaît que l'objectif de 100 000 véhicules électriques au Québec pour 2020 demeure un défi, mais il prédit que lorsque le «déclic» se fera, ça ira très rapidement.

M. Arcand voit déjà le jour où la flotte des autos électriques usagées sur le marché sera importante. Son ministère a même suggéré que le gouvernement subventionne les acheteurs d'autos électriques usagées. Son collègue des Finances, Carlos Leitão, a confirmé au Soleil qu'on étudie cette proposition «attentivement».

Il faudra toutefois élucider certaines «technicalités» relatives à une telle aide, explique le ministre Arcand, en soulignant que la grève des juristes de l'État le prive de l'expertise nécessaire pour étudier ce dossier.

M. Arcand explique l'écart entre la subvention ontarienne de 14 000 $ et celle du Québec de 8000 $ par le fait que c'est en Ontario que se trouve l'industrie de l'auto. «On veut bien aider la planète, mais il y a des limites à aider l'industrie ontarienne.» Il signale aussi que l'Ontario a un grand retard à rattraper par rapport au Québec.

Selon lui, la disponibilité des bornes de recharge sur le territoire québécois demeure une source d'inquiétude pour les acheteurs potentiels, mais il signale que la situation est en train de changer. Il s'est fait dire récemment qu'on aura accès à des bornes de 800 V qui permettront une recharge en 15 minutes, dans un avenir «pas si lointain».

Le ministre signale par ailleurs que ce ne sont plus les pétrolières comme Shell et Esso qui vendent l'essence, mais davantage les entreprises comme Sobeys et Couche-Tard. Or ces entreprises, dit-il, font plus de profit avec ce qu'ils vendent à l'intérieur de leurs commerces qu'à l'extérieur. Elles seront donc plus ouvertes à l'idée d'accueillir des multistations où les automobilistes pourront faire la recharge en électricité et le plein d'essence, de gaz naturel et peut-être même d'hydrogène. 

Le gouvernement ne choisit pas la technologie, dit le ministre. Mais il a constaté, à l'occasion d'une présentation à l'institut de l'hydrogène à l'Université du Québec à Trois-Rivières, que les constructeurs comme Toyota, Honda, Hyundai et même Mercédès s'intéressent à l'hydrogène. Il précise que l'on compte déjà 60 stations d'hydrogène au Japon, une quinzaine en Californie, et qu'on en mettra sept à l'essai autour de New York. «C'est une solution qui peut être valable, et l'hydrogène, c'est produit par l'hydroélectricité», fait remarquer M. Arcand.




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