Le réchauffement ne fait pas pousser les arbres plus vite

Les auteurs de l'étude ont constaté qu'«en moyenne,... (Photothèque Le Soleil)

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Les auteurs de l'étude ont constaté qu'«en moyenne, à travers la forêt boréale canadienne, la croissance n'a pas changé significativement entre 1950 et 2002». Et ce, malgré des températures moyennes qui ont augmenté de 0,5 à 3 °C, selon les régions, et malgré des concentrations de CO2 en nette hausse dans l'air.

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(Québec) À vue de nez, cela semble être une telle évidence qu'elle n'a pas à être prouvée : plus le climat se réchauffera, plus les étés seront longs et chauds, et plus les arbres devraient pousser rapidement. Mais si naturel que cela puisse paraître, ce n'est pas ce qui se passe dans la forêt boréale canadienne, selon une étude dirigée par un chercheur de Québec qui n'a trouvé aucune accélération de la croissance des arbres entre 1950 et 2002.

Le travail, paru lundi dans les Proceedings of the National Academies of Science, a consisté à mesurer la taille des cernes de croissance de 873 arbres (19 espèces) dans près de 600 endroits différents du Canada. L'équipe de chercheurs menée par Martin Girardin, des bureaux du Service canadien des forêts situés à côté de l'Université Laval, a ensuite passé ces données dans plusieurs modèles mathématiques afin de compenser pour divers facteurs - par exemple, le fait que la taille des cernes diminue avec l'âge de l'arbre.

Or, contrairement à ce qu'ils attendaient, les auteurs ont constaté qu'«en moyenne, à travers la forêt boréale canadienne, la croissance n'a pas changé significativement entre 1950 et 2002». Et ce, malgré des températures moyennes qui ont augmenté de 0,5 à 3 °C, selon les régions, et malgré des concentrations de CO2 en nette hausse dans l'air - le CO2, rappelons-le, est un «nutriment» pour les plantes.

Les raisons de cette stagnation ne sont pas claires, explique M. Girardin. Il est possible que ce soit un effet de sécheresses plus fréquentes, mais les données climatiques ne montrent aucune tendance de la sorte. Il se peut aussi que plusieurs des essences de la forêt boréale soient si adaptées au froid que la chaleur leur est néfaste, passé un certain seuil. Pour des espèces comme l'épinette noire, dit-il, «il y a des dommages cellulaires qui arrivent pendant les canicules, alors s'il y a plus de canicules qu'avant, les arbres doivent utiliser beaucoup de ressources pour se réparer, d'où leur croissance moindre. Mais c'est une hypothèse qui est très débattue dans la littérature scientifique, alors il faut être prudent là-dessus.»

Thèse solide

Quoi qu'il en soit, l'article est très solide, a commenté un expert renommé de la dendrochronologie (l'étude des cernes de croissance des arbres), Yves Bégin, du Centre Eau, Terre et Environnement de l'INRS. «Du point de vue méthodologique, dit-il, c'est à peu près le mieux qu'on puisse faire. [...] Ils voulaient voir si, dans la zone de production forestière, on était pour avoir une meilleure productivité dans un contexte de changements climatiques, et je trouve qu'ils ont pris les meilleures méthodes pour faire ça.»

M. Bégin signale toutefois que les cernes de croissance ont, comme tous les indicateurs, leurs limites pour mesurer la productivité d'une forêt. Ils ne permettent pas de voir, par exemple, si les essences arbustives poussent plus densément, ou si des espèces à croissance lente comme l'épinette noire sont remplacées par des essences de feuillus qui poussent plus rapidement.

L'article de M. Girardin et de ses collègues - 12 chercheurs répartis dans quatre pays - pourrait néanmoins avoir des conséquences sur la lutte contre les changements climatiques, puisque la forêt boréale est connue pour emmagasiner des quantités colossales de gaz carbonique. On estime qu'elle recèle environ 54 milliards de tonnes de carbone à l'heure actuelle.

Mais l'étude pourrait également avoir des implications pour l'exploitation forestière. «Je pense que ça aide à cibler des endroits où il y a des problèmes de croissance, estime M. Girardin. Si on regarde dans la région de Sept-Îles, ce qu'on a en ce moment, c'est une baisse d'à peu près 10 % de la croissance des arbres en 50 ans. Ça nous montre un endroit où il faudrait peut-être intervenir. [...] On avait publié un article, en janvier dernier, où on projetait une diminution de 20 % de la productivité forestière dans l'est du Canada. Et là, nos nouveaux résultats donnent pas mal de crédibilité à nos projections.»

Cette diminution est prévue non seulement pour les environs de Sept-Îles, mais pour pratiquement toute la forêt boréale québécoise, poursuit-il. Une solution possible, pour l'industrie forestière, serait de trouver des cultivars d'épinette noire mieux adaptés aux nouvelles conditions climatiques. Des travaux de recherche en ce sens sont d'ailleurs déjà entamés, dit M. Girardin.

Une autre avenue, enchaîne-t-il, pourrait être d'apprendre à utiliser des essences qui sont plus ou moins boudées par les forestiers. «La forêt mixte était un peu plus au nord qu'aujourd'hui il y a 4000 à 6000 ans et son retrait vers le sud a laissé des [petites populations de feuillus dans la forêt boréale]. Certaines de ces espèces de feuillus pourraient devenir plus abondantes au cours du prochain siècle et contribuer à atténuer l'impact des changements climatiques sur les feux et sur la productivité. Mais les gens sont réfractaires, car il n'y a pas vraiment de marché au Québec encore pour ces essences comme le peuplier.»

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