Les audiences sur Énergie Est aussitôt entamées, aussitôt arrêtées

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Les policiers sont intervenus pour expulser les manifestants de la salle.

La Presse canadienne, Paul Chiasson

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Julien Arsenault
La Presse Canadienne
Montréal

Des manifestations et le retrait des municipalités ont forcé la suspension de la première journée de la portion québécoise des audiences de l'Office national de l'énergie (ONÉ) sur le controversé projet d'oléoduc Énergie Est de TransCanada.

«Nous voulons nous assurer que les audiences se déroulent de manière efficace mais surtout sécuritaire», a lancé vers 10 heures, lundi, le directeur du processus des audiences, Jean-Denis Charlebois, couronnant ainsi un départ houleux pour ces consultations publiques qui se tiennent au Centre Mont-Royal, au centre-ville de Montréal.

En début de soirée, l'ONÉ a publié un communiqué annonçant sa décision de reporter aussi la séance prévue mardi à une date non encore déterminée.

«Cette décision a été prise à la lumière de perturbations dans la salle d'audience (lundi) matin, dont la violence menaçait la sécurité de toutes les personnes présentes à la séance», peut-on lire dans le communiqué.

L'ONÉ donnera mardi des renseignements supplémentaires sur la façon avec laquelle elle compte entendre les intervenants de la région de Montréal.

Lundi matin, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), les Villes de Montréal et Laval ainsi que l'Union des municipalités du Québec (UMQ) avaient renoncé à se faire entendre en raison de l'irruption des opposants au projet.

En point de presse après être sorti de la salle, Denis Coderre, maire de Montréal et président de la CMM, a estimé que le processus de l'organisme fédéral était «entaché», ajoutant que cela était à l'origine de cette «mascarade».

Celui-ci était notamment entouré du maire de Laval, Marc Demers, ainsi que de l'ex-présidente de l'UMQ et mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy.

La semaine dernière, M. Coderre avait exigé la suspension des audiences, remettant en cause l'impartialité de deux commissaires, Lyne Mercier et Jacques Gauthier, en raison de leur rencontre privée tenue en janvier dernier avec l'ex-premier ministre québécois Jean Charest, qui était consultant pour TransCanada (TSX:TRP).

«Vous voyez, l'éléphant vient de sortir de la salle, a dit M. Coderre, sans aller jusqu'à exiger la démission de Mme Mercier et M. Gauthier. Il fallait s'assurer que l'on puisse répondre à ce problème de perception entourant le processus.»

M. Coderre, qui devait être le premier intervenant entendu, a indiqué que les Villes pourraient revenir mardi pour participer aux audiences, disant ne pas être un «partisan de la chaise vide».

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Le maire de Montréal a néanmoins réitéré son opposition au projet de 15,7 milliards $ visant à acheminer quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Selon lui, ce controversé projet comporte trop de risques pour les sources d'eau de la région et les retombées économiques pendant la phase d'exploitation de l'oléoduc sont insuffisantes.

«TransCanada, on n'en veut pas!»

Les audiences avaient été interrompues avant même leur début lorsqu'un manifestant a fait irruption dans la salle en courant vers la table des commissaires et en scandant «TransCanada, on n'en veut pas!» avant de s'emparer d'un cartable.

Celui-ci a été maîtrisé par la sécurité, mais a été rejoint par d'autres opposants qui ont déployé une banderole en scandant «Destituez les commissaires» et «l'ONÉ congédié». Ceux-ci sont demeurés dans la salle pendant plusieurs minutes, sous le regard des agents de sécurité et des policiers du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) qui attendaient à l'extérieur.

«On vous invite à quitter la salle, il n'y aura pas d'audiences aujourd'hui, ont lancé certains manifestants. Nous allons bloquer (la salle) autant que possible.»

Les policiers sont finalement intervenus pour expulser les manifestants de la salle. Au total, trois personnes ont été arrêtées. Un homme de 44 ans et une femme de 29 ans ont été accusés d'entrave et ont pu recouvrer leur liberté. Un homme de 35 ans a pour sa part été accusé d'entrave et de voies de fait sur un policier et il était toujours détenu lundi après-midi.

Pour le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle, il est tout simplement temps de reprendre le processus depuis le début.

«Il y a des conflits d'intérêts et l'ONÉ est un tribunal, a-t-il affirmé. Si ce tribunal ne respecte pas les lois, ça va mal.»

À l'extérieur, le trottoir devant le Centre Mont-Royal a été le théâtre d'une manifestation bruyante et parfois tendue, où partisans - pour l'essentiel des travailleurs de la construction - et opposants au projet Énergie Est ont crié tour à tour leurs slogans et arguments, au beau milieu de dizaines de policiers.

Certains se sont apostrophés et les policiers ont dû intervenir pour les séparer et calmer le jeu.

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