Dix marcheurs préparent la  traversée d'Anticosti

Les 10 marcheurs remonteront la rivière Jupiter pendant... (René Bourque)

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Les 10 marcheurs remonteront la rivière Jupiter pendant leur expédition de 10 jours.

René Bourque

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<p>Geneviève Gélinas</p>
Geneviève Gélinas

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Gaspé) Huit femmes et deux hommes se préparent à traverser Anticosti du sud au nord, du 18 au 29 août. Ils sont ingénieure, géographe ou philosophe, âgés de 16 ans jusqu'à la cinquantaine et veulent attirer l'attention des Québécois sur des alternatives au pétrole pour développer l'île. Le Soleil a discuté avec certains de ces excursionnistes, un échantillon du type de touristes qu'Anticosti pourrait attirer si elle était plus accessible. 

La fin de semaine dernière, Myriam Roy-Lelièvre et Catherine Roy ont grimpé le mont Sainte-Anne avec des sacs remplis d'équipement inutile sur le dos. Pas besoin d'être un athlète pour franchir les 115 kilomètres de la Grande Traversée d'Anticosti. Mais des journées de 15 à 20 kilomètres hors sentier ou les pieds dans la rivière, avec un seul point de ravitaillement à mi-trajet, méritent qu'on s'y prépare, jugent-elles. 

Mme Roy-Lelièvre est ingénieure chimiste junior et Mme Roy, philosophe. Le groupe diversifié rassemblé par Nature Québec pour la Grande Traversée d'Anticosti compte aussi notamment une géographe, une physiothérapeute et un photographe. 

«J'ai travaillé dans plusieurs milieux industriels : la pétrochimie, les mines, les pâtes et papiers. Je comprends les enjeux de l'exploitation des ressources naturelles», dit Mme Roy-Lelièvre. Quant à Catherine Roy, elle estime que sa formation de philosophe lui permet de «voir les débats avec un oeil critique, dans la globalité des enjeux». La randonnée sera l'occasion de réfléchir en groupe aux façons de développer l'île autres que l'exploitation pétrolière.

Catherine Roy a beau avoir pédalé en Nouvelle-Zélande, respiré l'air de la Colombie et travaillé au Kenya, ce sera la première fois qu'elle mettra le pied sur Anticosti. Myriam Roy-Lelièvre voulait y aller depuis longtemps, mais les transports en bateau ou en avion lui semblaient compliqués. «J'hésitais parce qu'il y a plus ou moins d'opportunités pour des gens qui veulent marcher sac au dos. La chasse au chevreuil, c'est moins dans mes goûts», dit-elle. 

«Il y a des obstacles pour mettre l'île en valeur, comme l'accès», convient Sophie Gallais, chargée de projet aires protégées à Nature Québec, qui sera aussi de l'expédition. 

«C'est une île qui fascine et attire les gens. On espère que la traversée va inspirer d'autres personnes», dit Mme Gallais. Au retour, les participants donneront d'ailleurs des conférences sur leur randonnée.

Danièle Morin, technicienne de la faune et guide, a tracé et testé l'itinéraire, jamais parcouru entièrement dans un passé récent. Elle est la seule participante qui habite l'île d'Anticosti. 

Mme Roy, qui a grandi à Saint-Victor en Beauce, estime que le développement d'Anticosti est aussi son affaire. «Même si c'est dans la cour des Anticostiens, les besoins en hydrocarbures qui stimulent l'exploitation viennent d'une collectivité plus grande.»

«Ce sont des terres publiques, au même titre que les parcs nationaux. Abitibi, La Vérendrye, Anticosti : même combat. C'est important qu'on prenne part au débat sur nos ressources naturelles», dit Mélanie Desrochers, géographe.

Mme Desrochers ne va pas jusqu'à dire qu'elle représentera les Québécois; elle va surtout passer de sacrées belles vacances dans un endroit qui gagne à être connu. «Des gens m'ont dit : "Tu vas dans les Antilles? " Et d'autres m'ont dit : "J'ai toujours rêvé d'y aller! "»

Les participants arriveront en avion à Port-Menier, où résident les 216 habitants de l'île. Ils se rendront en autobus sur la côte sud de l'île d'Anticosti, près de l'embouchure de la rivière Jupiter. Ils remonteront cette rivière à saumon jusqu'aux tourbières du centre de l'île, avant de redescendre vers le côté nord en suivant la rivière Vauréal et sa fameuse chute.

Les randonneurs franchiront les tourbières du centre de... (Danièle Morin) - image 2.0

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Les randonneurs franchiront les tourbières du centre de l'île.

Danièle Morin

«Un peu malhabile», dit le maire Pineault

L'ÎLE-D'ANTICOSTI - L'organisation de la Grande Traversée d'Anticosti suscite des réactions mitigées sur l'île. «Avec tout le respect que j'ai pour Nature Québec, qui porte notre cause depuis longtemps, je trouve qu'ils s'y sont pris de façon un peu malhabile», dit le maire de la municipalité de L'Île-d'Anticosti, John Pineault. «Je leur ai dit qu'on n'avait pas besoin d'eux pour réfléchir à l'avenir d'Anticosti.»

«On s'est parlé, je comprends ce qu'ils essaient de faire, poursuit M. Pineault. Le jour où ils arrivent, on fait un 5 à 7 à la Municipalité et on va inviter la population à venir discuter avec eux [...]. On va en profiter pour réunir les chefs [innus], les maires de la Minganie et le préfet, pour réaffirmer notre opposition» au développement des hydrocarbures sur l'île.

Le préfet de la Minganie, Luc Noël, estime que la Grande Traversée d'Anticosti donnera de la visibilité au type de développement qu'il faut faire sur l'île. «Il faut faciliter l'accès à l'île pour des expéditions, des marches, pour découvrir la nature», dit-il. M. Noël, 63 ans et résident d'Havre-Saint-Pierre en Moyenne-Côte-Nord, a visité ses voisins d'Anticosti pour la première fois cet été. L'île est à 12 à 15 minutes de vol de sa municipalité, mais l'aller-retour coûte 325 $. «Alors 99 % de la population d'Havre-Saint-Pierre n'y va pas parce que c'est difficile d'accès. Pour une famille de quatre, c'est 1300 $ d'avion et, une fois rendu, tu n'as pas payé ton auto ni ton hébergement.»

Un traversier entre Havre-Saint-Pierre, Anticosti et la Gaspésie réglerait «une partie du problème», dit M. Noël. Un tel projet est en attente d'aide financière de la part de la Stratégie maritime du Québec.

Mais les traversiers ne circulent pas l'hiver, nuance le préfet. M. Noël aimerait qu'Anticosti bénéficie du même traitement que L'Isle-aux-Grues, où le transport par traversier est subventionné du printemps à l'automne, et le transport par avion subventionné en hiver.

Selon le préfet, les résidents d'Anticosti ne tiennent pas mordicus à développer le pétrole. «C'est leur 25e priorité. Mais c'est la seule porte de sortie économique qu'ils voient. Le gouvernement a été sourd aux appels des Anticostiens pour les sortir de l'isolement.»

Forages retardés jusqu'en 2017?

GASPÉ - Tout indique que Pétrolia ne forera pas en 2016 sur l'île d'Anticosti, même si elle a obtenu l'autorisation de Québec pour trois forages exploratoires avec fracturation hydraulique. Seuls des «travaux préparatoires» seront menés cet été, a appris John Pineault, le maire de L'Île-d'Anticosti. Pétrolia, qui est gestionnaire du projet, avait déjà décidé de retarder à 2017 la portion fracturation de peur de manquer de temps cette année. Cependant, le flou demeurait jusqu'à maintenant sur l'échéancier des forages eux-mêmes. Les Innus veulent obtenir une injonction des tribunaux pour invalider les certificats d'autorisation donnés par Québec. Ils ont averti qu'ils pourraient occuper les lieux de forage.

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