Des Carougeois réclament le déménagement d'Anacolor

L'entreprise Anacolor a commencé ses activités en 1967,... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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L'entreprise Anacolor a commencé ses activités en 1967, mais a augmenté sa production en 2012, ce qui a déclenché des dizaines de plaintes - 36 seulement au cours des cinq premiers mois de 2016.

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(Québec) «On parle beaucoup de mesures d'atténuation, mais elles n'ont pas été mises en place encore, et on sait tous que le nerf de la guerre, c'est l'argent. Alors M. Nadeau, j'aimerais que vous me regardiez dans les yeux et je voudrais juste vous dire que la santé de mes 270 enfants n'a pas de prix.»

Donna Harquail, directrice de l'école primaire Marguerite-D'Youville, à Cap-Rouge, n'était pas la seule qui en avait long à dire à Éric Nadeau, homme d'affaires qui possède l'entreprise Anacolor - une usine de peinture de pièces métalliques située sous le tracel et qui s'est attiré de nombreuses plaintes d'odeur depuis la fin de 2012. Plusieurs citoyens ont carrément demandé le déménagement de l'usine, mardi soir, lors d'une séance d'information où l'Environnement (MDDELCC) et la Santé publique ont fait le point sur le dossier.

«Je comprends que vous [l'Environnement] allez vous acharner à ce qu'il y ait une solution sur la table [... mais] est-ce que la seule solution n'est pas la relocalisation de l'usine?» a demandé le résidant Louis Beaupré, s'attirant les applaudissements des quelque 80 à 90 personnes qui s'étaient déplacées pour l'occasion.

«J'aimerais inviter M. Nadeau dans ma cour une journée où ça sent vraiment fort et à jouer une partie de basketball avec les enfants, pour voir si vous allez tougher plus que cinq minutes», a quant à elle lancé Catherine Arrouart, résidante du quartier.

L'entreprise Anacolor a commencé ses activités en 1967, mais a augmenté sa production en 2012, ce qui a déclenché des dizaines de plaintes - 36 seulement au cours des cinq premiers mois de 2016. On croyait bien avoir réglé le problème en 2013, quand la compagnie avait accepté de délaisser un solvant et de faire des travaux sur ses cheminées, qui n'évacuaient pas la fumée assez rapidement. Mais comme le révélait Le Soleil en juin, des analyses d'air datant de l'automne 2015 ont montré que ces mesures d'atténuation n'avaient pas eu d'effet et que des dépassements de normes avaient toujours lieu.

Les substances en question, des «composés organiques volatils», sont principalement utilisés comme des solvants, d'où l'odeur de peinture dont se plaignent les résidents du secteur.

Comme l'a expliqué hier la Dre Isabelle Goupil-Sormany, de la Santé publique régionale, les concentrations qui ont été mesurées à trois reprises par des techniciens du MDDELCC ne sont, de manière générale, pas suffisantes pour causer les effets toxiques que les composés organiques volatils (COV) sont connus pour provoquer - problèmes d'équilibre, de mémoire et d'apprentissage.

«Impression d'étouffer»

Sur 60 COV testés, 23 ont été détectés et 5 ont montré des pics qui dépassaient les normes. En présumant que ces pics momentanés se maintenaient 24 heures sur 24, il faudrait «de 15 à 20 ans» avant que des effets toxiques apparaissent, mais il faut tout de même agir dès maintenant, a averti Mme Goupil-Sormany, car les odeurs provoquent des effets réels.

«C'est une impression d'étouffer, de manquer d'air, certains sont étourdis, vont avoir des maux de tête, et il y a des gens qui se sont plaints d'avoir la gorge irritée. Et je dois dire que quand l'Environnement a envoyé des techniciens pour prendre des mesures, les techniciens ont rapporté les mêmes symptômes», a indiqué Mme Goupil-Sormany.

Tant la Santé publique que le MDDELCC demandent des correctifs rapides à Anacolor, notamment l'installation d'un épurateur, mais il n'a pas été possible d'en apprendre davantage lors de la séance d'hier. L'entreprise a proposé un certain type d'épurateur en mai dernier, que le MDDELCC est en train d'analyser. On a toutefois appris que le Ministère exige une réduction de 90 % des émissions de COV «et s'il n'y a pas de technologie qui permette de le faire, Anacolor va demeurer contrainte de respecter le 90 %, parce que dans la condition, on ne parle pas d'un type de technologie mais de résultats», a indiqué le chimiste du MDDELCC, Guillaume Jacques.

Rappelons que l'entreprise a écopé d'une sanction administrative de 10 000 $, mais qu'elle la contestait toujours, aux dernières nouvelles.

Présent sur place, le propriétaire Éric Nadeau n'a pas voulu commenter la séance d'information, disant ne pas pouvoir discuter publiquement des pourparlers avec le gouvernement. Il a rappelé, comme il l'avait fait le mois dernier lors d'une entrevue avec Le Soleil, que la balle était dans le camp du MDDELCC, qui doit décider si les solutions proposées par Anacolor sont acceptables.

En plus des mesures déjà prises ou proposées, l'entreprise a fait savoir dans un communiqué qu'elle «procède notamment à l'étude de l'ensemble des plaintes, reçues il y a une semaine, afin d'identifier plus spécifiquement la problématique [...] Par ailleurs, Anacolor étudie présentement la possibilité de remplacer un autre produit [elle a changé plusieurs solvants depuis le début de cette histoire, cherchant à régler le problème].»

De manière générale, a témoigné Normand Brault, du MDDELCC, l'entreprise a montré une bonne collaboration jusqu'à maintenant.

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