Épidémies de ravageurs forestiers: forêts menacées et scientifiques incertains

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La tordeuse des bourgeons de l'épinette continue de faire des ravages dans la forêt de la Côte-Nord. Les changements climatiques ne sont pas étrangers à cette situation.

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Steeve Paradis

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Le Soleil

(Baie-Comeau) Même si les recherches dans le domaine avancent, les chercheurs ne peuvent encore prévoir comment se comporteront à l'avenir les épidémies de ravageurs forestiers. C'est que les impacts à long terme des changements climatiques sont encore loin d'être connus.

Une trentaine de scientifiques d'un peu partout sur la planète sont réunis à Sept-Îles cette semaine afin d'assister à une conférence internationale sur les changements climatiques et leurs effets sur la dynamique des insectes qui ravagent les forêts. La plupart de ces scientifiques se sont retrouvés à 65 kilomètres au nord de Baie-Comeau hier afin de constater de visu les dommages causés par le ravageur le plus connu de nos forêts, la tordeuse des bourgeons de l'épinette (TBE).

«Sur la Côte-Nord, ce qu'il y a de particulier, c'est que les épinettes noires sont mélangées au sapin dans un même peuplement. Il pourrait donc y avoir éventuellement un changement dans l'alimentation de l'insecte», a souligné Louis De Grandpré, chercheur scientifique en écologie forestière au Service canadien des forêts (SCF), à Québec.

Contrairement à son nom, la TBE s'attaque de préférence au sapin car le cycle d'éclosion de bourgeons de l'arbre correspond à la période d'éclosion de la larve de l'insecte. L'éclosion des bourgeons de l'épinette noire se fait habituellement deux semaines plus tard, mais les changements climatiques pourraient altérer ce cycle.

«Le fait qu'il y ait énormément de larves en forêt peut modifier le moment de leur sortie. Certaines pourraient donc sortir plus tard et devenir synchrones avec l'ouverture des bourgeons de l'épinette, mais on ne sait pas si ça va vraiment arriver ou non, fait valoir M. De Grandpré. Si jamais ça arrive, le comportement des épidémies pourrait être modifié.»

Effet aussi sur l'arpenteuse

Le réchauffement climatique ferait aussi beaucoup d'effet sur l'arpenteuse de la pruche, moins dommageable que la TBE à grande échelle mais qui frappe à la vitesse de l'éclair. «Le problème avec l'arpenteuse, c'est de la détecter au bon moment car l'éclosion explose rapidement», explique Christian Hébert, entomologiste au Service canadien des forêts. «Il n'y avait jamais eu d'épidémie d'arpenteuse dans le parc des Laurentides parce qu'il faisait trop froid. Maintenant, il y en a une et c'est une surprise pour tout le monde.»

Et d'autres problèmes pointent à l'horizon. «On a constaté une infestation des deux insectes à la fois [tordeuse et arpenteuse] sur l'île d'Anticosti, ce qui est très rare. Ça inquiète beaucoup le milieu forestier et ça pose des problèmes de gestion comme pour l'arrosage [d'insecticide], qui ne se fait pas en même temps», ajoute M. Hébert.

Le groupe de chercheurs du SCF, qui s'intéresse à l'épidémie nord-côtière de TBE depuis 10 ans, étudie également la colonisation par d'autres insectes d'arbres morts ou en train de mourir et qui ont encore une valeur commerciale. La population de longicornes, tout comme certains types de scolytes, serait en hausse dans les peuplements affectés. «Pour l'industrie, c'est aussi un enjeu important», signale Christian Hébert.

Impossible donc de savoir de quoi auront l'air les forêts de l'Est-du-Québec dans une cinquantaine d'années, mais il y aura probablement une aussi grande diversité, qui s'exprimera peut-être d'une manière différente. «Les forêts se relèvent toujours des épidémies», a conclu Louis De Grandpré.

La présente épidémie de tordeuse des bourgeons de l'épinette a affecté jusqu'ici près de cinq millions d'hectares de forêt au Québec et au Nouveau-Brunswick. Sur la Côte-Nord, pas moins de trois millions d'hectares sont touchés à divers degrés. Les plus âgés se souviendront de la précédente épidémie de TBE, dans les années 70, qui s'était étendue de l'Outaouais jusqu'au Saguenay, et qui avait frappé sur environ 35 millions d'hectares.

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