Le proprio d'Anacolor aurait une solution au problème d'odeurs

Le propriétaire d'Anacolor, Éric Nadeau, soutient avoir soumis... (Le Soleil, Patrice Laroche)

Agrandir

Le propriétaire d'Anacolor, Éric Nadeau, soutient avoir soumis une solution pour remédier aux émanations récurrentes que rejette son usine, mais attendre «des réponses» du ministère de l'Environnement avant de pouvoir la mettre en oeuvre.

Le Soleil, Patrice Laroche

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Quand Éric Nadeau a acheté l'usine d'Anacolor, située sous le tracel de Cap-Rouge, en 2007, c'était pour faire de la peinture de pièces métalliques. Et c'est bien ce qui s'est passé, mais depuis 2012, il fait probablement plus de relations publiques que ce qu'il avait prévu au départ, gracieuseté des émanations récurrentes que rejette son usine. Ses voisins ont déposé des dizaines de plaintes au ministère de l'Environnement, se plaignant d'odeurs de peinture qui leur causent des maux de tête et des irritations des voies respiratoires. Le Soleil, qui a ébruité l'affaire lundi, a rencontré mardi M. Nadeau (EN) et son consultant Jean-François Aubin (JFA) afin d'avoir leur version des faits. Entrevue.

Q Les premières plaintes remontent à 2012, quand vous avez augmenté votre production. Nous sommes en 2016, et le problème d'odeurs persiste. Pourquoi est-ce si long?

JFA Il y a eu tout un processus de recherche des meilleures solutions, et c'est sûr que ce ne sont pas des choses qui se font du jour au lendemain. On commence par une réflexion sur les produits qui sont utilisés, est-ce qu'il est possible d'en remplacer certains. Après, on a regardé sur des modifications des cheminées pour améliorer la dispersion. Ensuite on essaie, on voit les résultats.

EN On a toujours eu une bonne collaboration avec le Ministère. Ça paraît peut-être long, mais il y a toujours eu des progrès dans le dossier. [...] Il y a eu une augmentation de notre production avant et pendant le problème d'odeurs, mais là, on est retourné au même niveau qu'en 2012. Et on n'augmentera plus. Le but, ce n'est pas de virer Cap-Rouge à l'envers.

Q À part les travaux sur les cheminées, qui n'ont pas réglé complètement le problème, avez-vous fait autre chose?

EN On a calfeutré la zone peinture pour être sûr de ne rien échapper, on a remplacé beaucoup des produits qu'on utilisait. [...] Et dernièrement, en mai, on a soumis une solution au Ministère, qui va être aussi bien pour nous que pour les gens autour. C'est la solution idéale pour le quartier et Anacolor.

Q Et quelle sera cette solution?

EN Pour l'instant, on va laisser le soin au Ministère de nous répondre.

JFA C'est une solution qui est dans les mêmes paramètres [qu'un brûleur, qui transformerait les COV en CO2 ou autres choses], ça vise un traitement des COV, mais par une autre technologie qu'un épurateur thermique.

Q Pourquoi contestez-vous la pénalité de 10 000 $ que vous a imposée l'Environnement en 2015? Trois ou quatre ans d'odeurs et de maux de tête pour le voisinage ne mérite pas une sanction?

JFA On a demandé des explications à l'Environnement, parce que les opérations de l'usine sont constantes : quand tu pars un shift de production, du matin jusqu'au midi, c'est toujours les mêmes produits au même rythme. Donc les émissions sont constantes. Là, le Ministère a fait venir [un laboratoire mobile] et pendant quatre minutes sur trois jours, ils enregistrent un dépassement de norme. Alors on veut savoir comment le Ministère peut expliquer ça, et on n'a pas eu de réponse. Comprenez que si on veut améliorer nos performances environnementales, il faut qu'on ait ces réponses-là, mais on ne les a pas eues, et à ce moment-là, le processus, c'est de demander un réexamen de la sanction.

EN On ne dit pas qu'Anacolor est blanc comme neige, on sait qu'on a des choses à améliorer. Mais c'est sur ça qu'on travaille depuis trois ans, on a beaucoup dépensé pour y arriver, et maintenant, on pense qu'on a une solution.

Q Il y a près de 50 ans, quand Anacolor s'est établie à Cap-Rouge, le secteur n'était probablement pas résidentiel, mais il l'est maintenant. Avez-vous déjà pensé à déménager dans un parc industriel?

EN Oui. Maintenant, donnez-moi 4 millions $. C'est ça que ça coûte. [... Le terrain de l'usine a une bonne valeur mais] il n'y a pas d'offre. Alors j'aimerais bien ça, mais je n'ai pas 4 millions $. Et je pense que ce n'est pas une nécessité, de déménager. On pense que la technologie qu'on a, ça va marcher.

Q Y a-t-il un message que vous voudriez dire à vos voisins?

EN Qu'on est ouvert, tout le monde peut venir cogner à notre porte. [...]

JFA On est aussi impatients qu'eux.

L'usine Anacolor à Cap-Rouge ... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

Agrandir

L'usine Anacolor à Cap-Rouge 

Le Soleil, Patrice Laroche

Des symptômes bien réels

La pollution que rejette l'usine d'Anacolor dans l'air de Cap-Rouge n'atteint pas des concentrations suffisantes pour déclencher des effets toxiques, mais elle n'en provoque pas moins des symptômes bien réels et doit être éliminée, selon un rapport de la Santé publique dont Le Soleil a obtenu copie.

Le document, daté de mars dernier, repose sur des entrevues avec des résidents du secteur qui se sont plaints des odeurs et sur les analyses de qualité de l'air que le ministère de l'Environnement a réalisées à trois reprises de 2013 à 2015. Dans l'ensemble, la Santé publique constate qu'«aucun contaminant n'a été mesuré en quantité suffisante pour induire à lui seul les effets aigus neurologique ou irritatif décrits plus haut [fatigue, sautes d'humeur, perte d'équilibre, de concentration, de dextérité, etc.]».

Mais le rapport note aussi que les symptômes décrits par les citoyens depuis la fin de 2012 et par les techniciens (qui ont rapporté des maux de tête et des nausées) envoyés sur le terrain par le gouvernement concordent, et qu'il ne fait aucun doute qu'ils sont causés par Anacolor.

Nausées et maux de tête

Simplement, explique la Dre Isabelle Goupil-Sormany, adjointe médicale au directeur de la Santé publique de Québec, même si les solvants volatils qui émanent d'Anacolor sont en concentration trop faible pour endommager nos cellules (ce qui serait un effet «toxique»), il est bien connu que les odeurs à elles seules peuvent déclencher différents symptômes, comme des nausées ou des maux de tête.

«Il y a des gens qui ont ça en entrant dans le rayon des parfums au centre d'achat, par exemple, illustre-t-elle. C'est le système limbique [partie dite "reptilienne" du cerveau, responsable de divers réflexes et mécanismes programmés] qui dit : Il y a quelque chose qui n'est pas normal, sauve-toi.»

En outre, si toutes les concentrations mesurées dans l'air de Cap-Rouge se situent à des niveaux dits «sous-toxiques» quand on examine les produits un à un, il est possible qu'ils aient des effets conjugués.

Il est «indéniable» que les activités d'Anacolor sont la source du problème, conclut le rapport, qui ajoute que les «symptômes sont préoccupants d'un point de vue de santé publique. Le contrôle des odeurs par la mise en place de mesures d'atténuation est donc nécessaire».  

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer