Usine Anacolor: une odeur qui pue au nez de plusieurs Carougeois

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Éric Nadeau, le président d'Anacolor a indiqué que «l'usine d'Anacolor est en processus d'approbation auprès de la direction régionale du MDDELCC de solutions technologiques qui permettront d'abaisser de façon importante les émissions atmosphériques»

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) «C'est pas normal de sentir ça. Pas normal. On s'attend à avoir de l'air pur quand on va dehors, on n'a pas besoin de ça. [...] Ça m'est arrivé d'avoir des maux de tête. Je le dis souvent à mon conjoint : je n'aime pas ça, cette odeur-là, ça m'étouffe, je ne me sens pas bien quand je respire ça. Je suis obligée de fermer les fenêtres des fois, ça devient assez fort pour ça.»

«Ça», «cette odeur-là», c'est «une senteur comme celle de la térébenthine», décrit Nicole Labonté, de Cap-Rouge. Depuis 2012, son voisinage, dans le secteur du tracel, a multiplié les plaintes au sujet de relents chimiques qui se dégagent de l'entreprise Anacolor, spécialisée dans la peinture de pièces métalliques. L'usine est active depuis une quarantaine d'années, mais elle a augmenté sa production en 2012, apparemment sans s'assurer au départ que cela ne causerait pas de rejets pouvant importuner ses voisins. Et ceux-ci les sentent encore.

On croyait bien avoir réglé le problème en 2013, quand la compagnie avait accepté de délaisser un solvant et de faire des travaux sur ses cheminées, qui n'évacuaient pas la fumée assez rapidement. Mais des documents du ministère de l'Environnement (MDDELCC) obtenus par Le Soleil en vertu de la Loi sur l'accès à l'information révèlent qu'il n'en est rien : des échantillons d'air ambiant prélevés dans ce secteur en septembre dernier montrent que, pour peu que l'on soit sous le vent, plusieurs «composés organiques volatils» (COV) dépassent encore et toujours les normes.

Les polluants en question - soit le toluène, les xylènes, le méthyl éthyl cétone et le méthyl isobutyl cétone - sont utilisés comme solvants. Des campagnes d'échantillonnage de l'air effectuées en 2013 et en 2014 avaient également trouvé des infractions pour ces substances, et le porte-parole du ministère de l'Environnement Frédéric Fournier admet que «le problème persiste, et ce, malgré les modifications au procédé et aux installations apportées par l'entreprise». Pas moins de 36 plaintes pour odeurs ont été logées à l'Environnement depuis le début de l'année 2016 seulement - et viennent s'ajouter aux dizaines d'autres qui ont été formulées depuis la fin de 2012.

À la décharge de la compagnie, notons que les résidants du quartier contactés par Le Soleil ont remarqué une certaine amélioration dernièrement. «C'est arrivé deux ou trois fois ce printemps qu'on a eu des odeurs, mais c'était plus que ça avant», dit Mme Labonté.

Effets des solvants

Les effets de ces solvants sur la santé se limitent habituellement aux irritations (plusieurs plaintes auxquelles nous avons eu accès en font mention) et aux maux de tête. Aucun n'est un cancérigène reconnu, mais l'exposition à long terme peut avoir des effets toxiques sur le système nerveux et le foie. 

Et c'est bien ce qui inquiète le directeur régional de la Santé publique, le Dr François Desbiens. Dans une lettre envoyée à l'Environnement en mai 2015, il s'est dit «préoccupé quant aux impacts potentiels de ces émissions sur la santé de la population riveraine de l'entreprise».

«Considérant que lors de deux campagnes d'échantillonnage différentes avant et après la mise en place de mesures correctives, l'exposition à des émissions provenant d'Anacolor a provoqué des symptômes transitoires immédiats (ex. : maux de tête, irritation du nez et de la gorge), il est tout à fait probable que les citoyens résidant à proximité de l'entreprise soient exposés quotidiennement.  [...Or ils] signalent des symptômes en lien avec les émissions de COV provenant d'Anacolor depuis au moins mai 2013. En conséquence, il est permis de croire que ces citoyens pourraient subir des effets à moyen et à long terme», écrit M. Desbiens.

Les données produites par l'Environnement ne permettent toutefois pas d'en dire plus long sur ces risques, déplore-t-il.

Nouvelles mesures

Au printemps dernier, le MDDELCC a demandé à Anacolor de doter ses cheminées d'un épurateur pour régler le problème, mais a initialement accepté que l'entreprise adopte de «nouvelles mesures de mitigation» et réalise une autre campagne d'échantillonnage de l'air avant d'en arriver là. Il semble toutefois qu'un épurateur ait été installé en mai dernier, selon l'Environnement.

Joint par courriel, le président de la compagnie, Éric Nadeau, a refusé d'accorder une entrevue au Soleil, se contentant de «confirmer que l'usine d'Anacolor est en processus d'approbation auprès de la direction régionale du MDDELCC de solutions technologiques qui permettront d'abaisser de façon importante les émissions atmosphériques découlant de nos activités. Nous en sommes présentement à l'étape de l'analyse finale avec le Ministère».

«C'est pas normal de sentir ça. Pas normal. On... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Infographie Le Soleil

La Santé publique s'impatiente

La Santé publique n'a pas assez de données pour bien caractériser le risque à la santé que les solvants volatils émis par Anacolor posent pour le secteur, qui est principalement résidentiel. Et elle montre des signes d'impatience...

Dans une lettre datée de mai 2015, le directeur régional de la Santé publique, le Dr François Desbiens, souligne que les échantillons prélevés sur quelques minutes comme en fait le MDDELCC ne suffisent pas et rappelle qu'il a demandé dès avril 2014 que l'Environnement analyse l'air du quartier en continu pendant un mois - condition nécessaire, à ses yeux, pour bien évaluer le risque sanitaire.

Or, à ce jour, cela n'a toujours pas été fait, et le MDDELCC a mené deux autres analyses d'air (en juin 2014 et en septembre 2015) en utilisant les méthodes dénoncées par la Santé publique.

Quatre campagnes d'échantillonnage

Questionné sur les raisons pour lesquelles l'Environnement n'a toujours pas fait cet échantillonnage sur un mois, le porte-parole du Ministère Frédéric Fournier a indiqué qu'«ayant déjà réalisé [quatre campagnes d'échantillonnage...], le Ministère est bien au fait de la problématique de dépassements de COV par l'entreprise et opte plutôt pour l'imposition de solutions pour remédier à la situation. Le rapport de la DSP recommande le contrôle des odeurs par la mise en place de mesures d'atténuation. C'est ce que le Ministère fait en émettant un avis préalable à la délivrance d'un certificat d'autorisation assorti de conditions imposées par le Ministère dont la mise en place d'un épurateur le 6 mai dernier.»

Pénalité de 10 000 $ contestée

Après avoir envoyé plusieurs «avis de non-conformité» à Anacolor, le ministère de l'Environnement a fini par sévir en janvier 2015, quand il a imposé une «sanction administrative pécuniaire» de 10 000 $ à l'entreprise. Mais celle-ci conteste depuis cette pénalité. En février dernier, le Bureau de réexamen des sanctions administratives pécuniaires a maintenu l'amende, mais Anacolor a choisi d'amener sa cause devant le Tribunal administratif du Québec.

L'école Marguerite-D'Youville pas inquiétée

Parmi les plaintes consultées par Le Soleil, plusieurs citoyens ont dit s'inquiéter de la proximité de l'école Marguerite-D'Youville, sur la rue Provancher, à environ 400 mètres de l'usine Anacolor. Certains disent même avoir senti de fortes odeurs de solvant non loin de l'école, mais à la commission scolaire des Découvreurs, le porte-parole Alain Vézina nie que cela soit le cas. «Il peut arriver dans de très rares occasions que des odeurs soient perçues légèrement aux abords de l'école mais ceci n'empêche pas les activités régulières», indique-t-il.

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