Dans la jungle des étiquettes vertes

Ecocert. Naturel. Certifié MSC. Sans phosphate. ÉcoLogo UL. SeaChoice. Test... (123RF/Betelgejze)

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(Québec) Ecocert. Naturel. Certifié MSC. Sans phosphate. ÉcoLogo UL. SeaChoice. Test 301D. À moins que ce ne soit le 302B? À peu près tout le monde veut consommer de façon responsable, mais quiconque s'aventure sur ce terrain risque de se perdre rapidement dans une véritable jungle de prétentions et de logos pas toujours très parlants - ni fondés. À l'occasion du Jour de la Terre, voici un petit guide pratique pour s'y retrouver.

Pour les produits bio, «c'est un peu plus facile parce que c'est une appellation contrôlée», dit Colleen Thorpe, qui s'occupe de consommation responsable chez Équiterre. «Du moment qu'on écrit "bio" sur l'emballage, ça prend une certification, et ça devient facile d'aller vérifier sur Internet.»

Cela donne tout de même assez de logos différents pour qu'une chatte y perde ses petits, mais il est vrai que le terme biologique est plus encadré que le reste. Le Soleil a visité quatre commerces de Québec (un Metro, un Intermarché, un Costco et un Walmart) cette semaine afin de voir quels sont les labels sont les plus fréquents, et a constaté qu'avec la «magie de la pub», certains mots peuvent effectivement prendre des sens différents d'une étiquette à l'autre.

Ainsi, le terme biodégradable ne veut pas toujours dire la même chose - voir notre capsule «Test 301D». Nous avons également vu des compotes «naturelles» sans aucune certification dans un étalage de produits bio, ainsi que des produits nettoyants de la gamme Sélection Éco se présentant comme respectueux de l'environnement, mais qui n'avaient, dans certains cas, pas la plus petite certification pour appuyer leurs prétentions.

«Il y a plein de marketing vert qui se fait à gauche et à droite. [...] Mais un premier truc pour s'y retrouver, c'est d'éviter tout ce qui se dit "vert" ou "naturel" ou "bio" sans rien mettre sur l'emballage pour appuyer ce qu'ils disent», dit Jean-Patrick Toussaint, chef des projets scientifiques à la Fondation David-Suzuki.

Pour être sûr de ce qu'on achète, il faut donc savoir reconnaître les certifications environnementales, les «logos verts», et savoir ce qu'ils veulent dire. Voici un petit tour d'horizon des plus fréquents.

Petit guide des «logos verts»

  • Forest Stewardship Council
Veut dire: que le bois qui a servi à fabriquer le produit (incluant papier, mouchoirs, etc.) vient d'une forêt gérée de manière écoresponsable. Il s'agit d'une norme internationale qui jouit d'une excellente reconnaissance, vérifiée par des tierces parties et qui peut être attribuée aux producteurs forestiers ou aux transformateurs.

Ne veut pas dire: que tout ce qui se passe après la coupe est totalement «kasher», mais disons quand même que la provenance et la façon de gérer la forêt sont une très, très grosse partie de l'équation pour tout ce qui touche le bois et le papier.

  • Test 301D
Veut dire: que le produit a passé avec succès le célèbre «301D», un des tests d'une (longue) série mis au point par l'OCDE, un organisme économique international, afin d'estimer la biodégradabilité d'une foule de substances. Essentiellement, on place une quantité connue du produit dans une boue diluée, puis on attend 28 jours. Selon le sous-type de test (le «D» fait référence à cela), il faut que 60 à 70 % de la substance se soit dégradée pour que le produit puisse arborer le logo.

Les tests de la série 301 visent à établir si un produit est rapidement biodégradable : il y a assez peu de bactéries dans la solution de départ, et une bonne quantité du produit à tester.

ATTENTION! Pendant nos visites d'épicerie, nous sommes tombés sur des produits qui se disaient «biodégradables», mais qui, à la lecture des «petits caractères», n'avaient passé qu'un test de la série 302 de l'OCDE. Or celle-ci vise seulement à établir si une substance finira par se biodégrader éventuellement, un jour, pas s'il se dégrade rapidement - les mélanges testés contiennent peu de produits et beaucoup de bactéries, soit l'inverse des tests 301. Le détersif La Parisienne Biodégradable en pastilles en est un exemple : tous les autres produits «verts» de cette marque répondent au test 301D, mais lui n'a passé que le 302B.

Nous avons aussi vu un savon à vaisselle, l'Arctic Power Polar Packs, qui s'affichait biodégradable sans donner plus de détails.

Ne veut pas dire: grand-chose sur ce qui est en amont. C'est très bien qu'un produit se dégrade bien dans l'environnement, et les tests de l'OCDE sont très fiables pour cela. Mais si le procédé de fabrication est très polluant, on n'est guère plus avancé, et le 301D ne dit justement rien sur cet aspect - il faut chercher d'autres certifications plus complètes pour cela, comme l'ÉcoLogo.

  • ENERGY STAR
Veut dire: que le produit respecte divers critères techniques d'économie d'énergie. Ces critères varient bien sûr d'un type d'appareil à l'autre - télé, lave-vaisselle, frigo, etc. -, mais cela signifie généralement que le modèle fait partie des 15 à 30 % les plus écoénergétiques de sa catégorie. Au Canada, c'est le ministère des Ressources naturelles qui gère ce programme, ce qui rend la chose plus crédible que lorsque c'est la compagnie elle-même qui s'autoévalue.

Ne veut pas dire: que l'appareil est nécessairement un choix écoénergétique. Un produit peut se classer avantageusement à l'intérieur de sa catégorie, cela ne signifie pas pour autant que sa catégorie est particulièrement écolo. Par exemple, Le Soleil a compté une cinquantaine de modèles de télé DEL de 60 à 65 pouces certifiés ENERGY STAR disponibles au Canada; d'après les données sur le site du programme, elles consomment en moyenne près de 140 kilowattheures d'énergie par année. C'est sans doute très bien, mais les télés plus petites font nettement mieux - 35 kWh/an pour les 25 po et moins.

Bref, les choix personnels entrent aussi en ligne de compte. À cet égard, les étiquettes ÉnerGuide, qui indiquent la consommation d'électricité de l'appareil estimée sur un an d'usage moyen, peuvent être utiles pour comparer des produits d'une catégorie à l'autre.

En outre, aux États-Unis, ENERGY STAR s'est fait prendre en 2010 par le vérificateur général américain à certifier des produits entièrement fictifs...

  • Safer Choice
  • Design for the Environment
Veut dire: que le département américain de l'Environnement estime que les ingrédients choisis sont les plus sûrs possible, tant pour la santé humaine que pour l'environnement, et que le produit est aussi «performant» que ses équivalents utilisant des ingrédients plus polluants. Notons que le logo Safer Choice a remplacé l'an dernier l'ancien label Design for the Environment, qui était en place depuis 1997 - comme s'il n'y avait pas déjà assez d'écolabels...

Ne veut pas dire: que tout est pris en compte. Le nouveau label se concentre d'abord et avant tout sur les ingrédients présents dans le produit. Il intègre également des éléments de «cycle de vie» (efficacité énergétique, procédés de fabrication, etc.), mais se contente à cet égard d'exiger des améliorations entre deux renouvellements de certification.

  • Choix environnemental
  • ÉcoLogo UL
Veut dire: que c'est du solide. Essentiellement, il s'agit de la «Cadillac» des labels verts. Lancé par Environnement Canada en 1988 et maintenant propriété d'Underwriters Labs, une compagnie qui se spécialise dans les normes, l'ÉcoLogo (aussi nommé Choix environnemental) tient compte d'à peu près tout - le produit lui-même, le procédé de fabrication, l'origine des ingrédients, l'emballage, etc. Les conditions de la certification sont ainsi faites qu'il ne peut y avoir plus de 20 % des produits sur le marché qui obtiennent l'ÉcoLogo.

Ne veut pas dire: rien ne sera jamais parfait, mais ce label est actuellement le meilleur disponible.

  • Marine Stewarship Council
Veut dire: que la source des poissons a été jugée «durable» par une équipe d'experts indépendants. Le Marine Stewarship Council (MSC), qui est un organisme sans but lucratif, tient compte des données sur l'abondance de chaque espèce, sur les zones pêchées (les espèces ne sont pas également distribuées partout) et sur les techniques de pêche utilisées, puisque celles-ci peuvent avoir des conséquences sur d'autres espèces potentiellement vulnérables. De manière générale, la certification MSC est considérée comme fiable.

Ne veut pas dire: que tous les poissons MSC sont «durables» dès maintenant. «Un des principaux problèmes avec le logo MSC [...] est qu'ils certifient des pêcheries qui ne sont pas durables, mais qui peuvent être en train de travailler à le devenir», dit Sarah King, responsable du dossier «océans» chez Greenpeace Canada. En 2012, par exemple, le MSC a certifié la pêche à l'espadon à l'aide de palangre au large du Canada, mais a assorti son aval de 11 conditions, dont 6 sur les prises accidentelles de tortues et de requins. Le MSC jugeait ces prises accidentelles sans danger pour les populations concernées, mais estimait des améliorations nécessaires.

Une solution de rechange, pour ceux qui en sentent le besoin, est de consulter le site SeaChoice.org, qui classe les pêcheries en trois catégories (rouge, jaune et vert) selon la durabilité de la source et de la technique. Il s'agit d'un guide qui demande un peu de travail, cependant, pas d'une certification à proprement parler.

  • To bio or not to bio...
L'industrie du bio a généré, disons-le, un véritable zoo de labels, parce que la vérification est décentralisée. C'est l'Agence d'inspection des aliments qui, en principe, décide si un produit est biologique ou non, mais elle autorise une vingtaine d'organismes différents à donner des certifications bio. Sans compter les organismes internationaux. Voici quelques logos bios souvent rencontrés dans les épiceries de Québec - tous dûment accrédités par l'ACIA ou l'équivalent, a vérifié Le Soleil.

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