Le pétrole d'Énergie Est très difficile à nettoyer, selon un expert

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Le golfe du Saint-Laurent

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(Québec) L'écotoxicologue de l'UQAR Émilien Pelletier avertit qu'un déversement de pétrole dans le golfe du Saint-Laurent risquerait fort d'être très, très difficile à nettoyer, surtout si l'accident implique du bitume dilué comme doit en transporter le futur pipeline Énergie Est. À tel point que le savant juge qu'il pourrait être une bonne idée d'adopter de nouveaux règlements spécialement pour cette situation.

Il existe des façons de récupérer du pétrole déversé en mer, comme le recours à des «barrières flottantes» nommées estacades, a témoigné M. Pelletier mardi après-midi lors des audiences du BAPE sur le projet Énergie Est, qui siège depuis la semaine dernière à Lévis. Mais l'efficacité de ces méthodes dépend beaucoup de la météo et du type de pétrole que l'on tente de repêcher - deux facteurs qui, dans le cas du golfe et d'Énergie Est, pourraient bien nuire à la récupération.

Le pipeline projeté doit transporter du pétrole provenant essentiellement de deux sources, soit les schistes du Midwest, qui recèlent un pétrole léger, et les sables bitumineux de l'Alberta, qui est un bitume dilué (aussi appelé «dilbit») beaucoup plus lourd. «La densité du bitume est déjà [égale à celle de l'eau, et tout pétrole se densifie avec le temps]. Dans l'eau de mer, le milieu est plus dense, alors il flotte un peu plus longtemps. Mais ce qu'il fait, c'est qu'il disparaît tout de suite juste en dessous de la surface, donc tu ne peux plus le voir en avion, tu ne sais plus où il est. Et une fois qu'on a perdu la nappe en milieu marin...» laisse planer M. Pelletier, qui a étudié les accidents pétroliers en mer pendant une trentaine d'années.

En outre, a-t-il expliqué aux commissaires, le bitume est particulièrement visqueux (ce qui signifie qu'il s'écoule très lentement) et a une adhérence huit fois plus forte que celle du pétrole conventionnel - écart qui peut aller jusqu'à 500 fois après quelques jours. «Il colle à tout, donc il est beaucoup plus difficile à nettoyer, les techniques de nettoyage classiques sont beaucoup moins efficaces, ça demande beaucoup plus d'argent.»

Dans un rapport publié en début d'année, un comité de l'Académie américaine des sciences a conclu que la réglementation actuelle des États-Unis est inadéquate pour gérer un déversement de bitume dilué, et recommande d'adopter de nouvelles règles spécialement pour ce type de pétrole. M. Pelletier, s'il admet ne pas connaître le détail des lois canadiennes, croit qu'il pourrait être indiqué de reprendre cette idée de ce côté-ci de la frontière.

Ce que ces différences «veulent dire, c'est que les temps d'intervention, les méthodes de nettoyage et la réglementation doivent être changés. Essentiellement, les auteurs du rapport américain disent aux fonctionnaires : regardez votre réglementation et dites-vous que ce pétrole-là n'a rien à voir avec les autres sortes, et adaptez les règles aux propriétés physico-chimiques du dilbit», dit M. Pelletier.

Par son projet Énergie Est, l'entreprise albertaine TransCanada entend transporter jusqu'à 1,1 million de barils de pétrole par jour des Prairies jusqu'au Nouveau-Brunswick. Une partie de ces hydrocarbures approvisionnera les trois raffineries de l'est du Canada, dont celle de Valéro à Lévis, et le reste sera exporté. Le tracé actuel du tuyau ne longera pas le golfe directement, mais passera à seulement quelques kilomètres sur la Côte-du-Sud, dans le secteur de Montmagny. L'oléoduc y traversera des rivières qui se jettent dans le golfe.

Météo difficile

En plus des caractéristiques du bitume, les conditions météo en mer peuvent également compliquer énormément la récupération du pétrole déversé, a rappelé M. Pelletier au BAPE. «Les conditions de vents en mer sont importantes dans la récupération d'une nappe de pétrole, parce que ça fragmente les nappes, ça accélère l'évaporation des fractions légères du pétrole et ça dépose le pétrole haut sur les plages. Ça fait des nappes qui ne sont pas bien établies, ça les transforme en filaments», ce qui complique le nettoyage.

Or le vent souffle presque constamment sur le golfe, dit M. Pelletier, sans compter qu'un accident en hiver serait particulièrement ardu à nettoyer. Contrairement à la glace d'eau douce, la glace de mer est friable et poreuse, ce qui signifie qu'elle a tendance à absorber le pétrole flottant - et celui-ci devient alors impossible à récupérer. Il arrive aussi souvent que le pétrole glisse sous la glace ou se faufile entre les plaques de glace, avec le même résultat.

Énergie Est: les rapports des experts la semaine prochaine

On devra finalement attendre au début de la semaine prochaine pour prendre connaissance des huit rapports d'experts mandatés par la Communauté métropolitaine de Québec sur le projet d'oléoduc Énergie Est. Alors que ces études devaient être versées sur le site Internet de l'organisation mercredi, le président de la CMQ, Régis Labeaume, a annoncé qu'elles le seront «au début de la semaine du 21 mars». Les experts avaient comme mandat d'étudier différents aspects du projet en prévision des représentations de la CMQ devant le Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et l'Office national de l'énergie. Les experts se sont penchés sur la sécurité d'Énergie Est, sur les aspects techniques du projet, son impact fiscal, l'impact sur l'eau en cas de déversement, les milieux humides et naturels, «la vulnérabilité et de l'exposition de l'estuaire fluvial du Saint-Laurent» et sur les eaux souterraines.

Avec Valérie Gaudreau

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