Énergie Est: le pire scénario pour la rivière Etchemin

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En présumant que personne n'interviendrait et en tenant compte de la distance entre les stations de pompage, TransCanada a conclu que c'est un bris proche de l'Etchemin qui aurait, a priori, les pires conséquences.

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(Québec) C'est dans la rivière Etchemin, à Lévis, qu'un déversement du pipeline Énergie Est aurait les pires conséquences de la portion québécoise, ont expliqué jeudi soir les représentants de TransCanada, lors d'une séance du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) consacrée aux effets d'un accident.

«Nous avons réalisé des modélisations qui correspondent à un scénario du pire, c'est-à-dire une rupture complète de la canalisation. [...]  À tous les 10 à 20 mètres le long de la canalisation pour identifier les endroits correspondant aux pires scénarios», a expliqué Stéphane Grenon, consultant pour TransCanada présent à la séance.

En présumant que personne n'interviendrait et en tenant compte de la distance entre les stations de pompage (pour estimer la quantité de pétrole déversée), TransCanada a conclu que c'est un bris proche de l'Etchemin qui aurait, a priori, les pires conséquences. La proximité de prises d'eau potable de municipalité, notamment dans le fleuve, la présence de «zones sensibles», comme endroits habités et des milieux humides, ainsi que la rapidité du courant de la rivière ont également été prises en compte.

Selon M. Grenon, dans ce scénario du pire, 3400 m3 (3,4 millions de litres) se répandraient dans la rivière et atteindraient vraisemblablement le Saint-Laurent au bout d'environ cinq heures. En outre, comme il y a de fortes marées dans la région, cela pourrait avoir pour effet de répandre le pétrole sur plus de 300 kilomètres de rive.

«Et bien sûr, on est très conscient qu'il n'y a pas de prise d'eau municipale dans l'Etchemin, mais qu'il y en a dans le fleuve», dit-il.

Débat d'experts

La séance de jeudi soir a par ailleurs donné lieu à un véritable débat d'experts au sujet de ce qu'il adviendrait en cas d'un déversement majeur entre les porte-parole de TransCanada et l'ingénieure-géologue Chantal Savaria, qui a rédigé un rapport sur cette question pour la Communauté métropolitaine de Montréal. D'après ses calculs, un bris majeur d'Énergie Est proche de sa traversée de la rivière des Outaouais pourrait mener au déversement de 2 à 10 millions de litres qui atteindraient deux prises d'eau potable municipales en seulement deux heures.

Citoyens privés d'eau potable

Un déversement majeur d'hydrocarbures aurait pour conséquence de priver les citoyens en aval d'eau potable durant des semaines, selon Chantal Savaria, puisque la décontamination et la remise en opération d'une prise d'eau contaminée ne serait pas une question d'heures ou de jours, mais bien de semaines.

Stéphane Grenon a qualifié de «simpliste» le modèle d'écoulement des eaux utilisé par Mme Savaria, qui présume que la vitesse des courants est rapide et la même dans toute la région de Montréal. D'après une autre simulation plus complète que la firme Stantec a réalisée, le délai serait plutôt de près de 10 heures avant d'atteindre une première prise d'eau - et jusqu'à 34 heures à la fin de l'été, quand les courants sont à leur plus bas.

Mais même dans ces cas-là, les délais sont très serrés pour protéger les prises d'eau, estime Mme Savaria, qui a travaillé à Lac-Mégantic. «Que ce soit 2 heures ou 10 heures, on parle pas juste de fermer des valves, ici. On parle d'intervenir et de confiner, et ça, ça veut dire réveiller quelqu'un, le faire venir avec tout l'équipement, faire des estacades. Certains parlent de trois heures, mais je n'y crois pas. Je dirais que c'est plus en 24 heures qu'on peut faire quelque chose», dit-elle.

Avec la Presse Canadienne

Gisèle Grandbois, Joseph Zayed et Michel Germain sont... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

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Gisèle Grandbois, Joseph Zayed et Michel Germain sont les commissaires du BAPE sur Énergie Est.

Le Soleil, Yan Doublet

La Ville de Lévis inquiète

La Ville de Lévis s'inquiète des conséquences qu'aura le pipeline Énergie Est sur la rivière Etchemin. Elle s'est opposée devant le BAPE à l'idée que TransCanada creuse une tranchée dans le cours d'eau pour faire traverser son tuyau, mais la compagnie a déjà averti la ville qu'il semble impossible de faire autrement.

«C'est vraiment une préoccupation de la ville, d'avoir le moins d'impact possible autour de l'Etchemin, à cause des zones de mouvements de terrain qu'on y trouve et parce que la traversée se fait dans un parc, le parc de la rivière Etchemin. On a un centre de ski de fond aussi et c'est inscrit comme une zone de conservation naturelle. Mais ce que l'entreprise nous dit, c'est que selon les inventaires qu'ils ont faits, les sondages géologiques, la traversée par forage directionnel horizontal ne serait pas possible», a déploré devant le BAPE Benoît Chevalier, à titre de contractuel pour Lévis.

Forage directionnel horizontal

Le «forage directionnel horizontal» est une technique qui consiste essentiellement à faire passer le tuyau profondément sous la terre, en entrant dans le sol à 100 ou 200 mètres de la rive, en passant une vingtaine de mètres sous le lit de la rivière, et en ressortant loin de l'autre rive. Les travaux n'ont ainsi pratiquement aucun effet sur la rivière, et seront d'ailleurs faits de cette manière pour la grande majorité des grandes rivières - que TransCanada définit comme ayant une largeur de plus de 20 mètres - québécoises traversées par le pipeline Énergie Est.

Mais le sol autour de l'Etchemin ne s'y prête pas du tout, a clairement indiqué devant le BAPE Sonia MacCarthy, de TransCanada. L'entreprise prévoit pour l'instant creuser une tranchée dans la rivière pour y déposer son oléoduc. Diverses mesures d'atténuation seront prises pour diminuer les impacts environnementaux du chantier, mais le fait de travailler directement dans la rivière ne va pas sans conséquence.

«On a eu beaucoup de rencontres avec TransCanada, dit M. Chevalier. Pour la traversée du club de ski de fond, on a trouvé un tracé de moindre impact, mais il reste toujours la fameuse traversée par tranchée, qui fait une cicatrice. Même si on tente de la camoufler le plus possible, ça reste là. Sur une bande, il n'y aura plus d'arbres, et ils vont faire des travaux de stabilisation des berges. Les premières années, ça va paraître beaucoup.»

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