Interdire les sacs de plastique ne fait pas l'unanimité

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Les centres de tri peuvent obtenir de 100 $ à 130 $ la tonne pour des sacs de plastique - soit l'équivalent de 150 000 unités.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Les entreprises spécialisées dans le tri des matières recyclables ne sont pas toutes convaincues que les villes de Montréal et de Brossard prennent la bonne décision en allant vers une interdiction des sacs de plastique sur leurs territoires.

Tant le groupe Gaudreau de Victoriaville, l'un des pionniers de la récupération au Québec, que la Société V.I.A. de Lévis vont plutôt dans le même sens que la Ville de Québec, qui prône le recyclage de ces sacs plutôt que leur interdiction.

«Le problème, et ça fait longtemps qu'on le dit aux différentes municipalités et MRC, c'est que plusieurs villes utilisent de la vieille information pour prendre des décisions. De l'information qui remonte à cinq, six ou sept ans, alors qu'il n'y avait pas vraiment de marché pour les sacs de plastique, à part dans certains pays d'Asie à certains moments de l'année», affirme au Soleil Johnny Izzy, directeur général de Gaudreau Environnement.

Actuellement, le marché existe cependant et les différents centres de tri peuvent obtenir de 100 $ à 130 $ pour une tonne de sacs de plastique. M. Izzy indique même que, paradoxalement, le prix des sacs de plastique n'a pas diminué malgré la baisse des prix du pétrole.

«Maintenant, le prix de vente est acceptable et ressemble un peu au prix du papier. Mais il ne faut pas oublier qu'il faut environ 150 000 sacs pour faire une tonne», enchaîne André Poitras, directeur général de la Société V.I.A., qui ajoute qu'on est bien loin de l'époque où les sacs étaient liquidés pour les coûts de transport, puis expédiés en Asie pour servir de combustible.

Gaudreau Environnement figure même parmi les utilisateurs de sacs de plastique recyclés depuis un an puisque son département de recherche et développement a conçu une dalle écologique d'un pouce d'épais et d'un pied carré faite à 100 % de matières recyclables. 

«Chaque dalle est fabriquée à partir de 25 à 30 bouteilles de verre broyées et de 300 à 500 sacs de plastique utilisés comme agent liant», explique Johnny Izzy à propos du produit qu'une quinzaine de municipalités du Québec ont maintenant adopté pour leurs aménagements paysagers, notamment les aires de repos des pistes cyclables.

Faire ses frais

«Nous faisons nos frais avec les sacs de plastique. Et il y a toujours la possibilité de les expédier en Europe ou en Asie, où ils possèdent la technologie pour en refaire des billes de plastique. Ces billes servent à la fabrication de polyéthylène à basse densité qui sert à faire des jouets et une foule d'autres choses», poursuit M. Izzy.

La Société V.I.A. récupère aussi les sacs de plastique et les vend à des courtiers qui les expédient en Asie. «Le coût de traitement de ces matières est élevé, mais ça demeure avantageux de les vendre. On n'enverra jamais ça au site d'enfouissement, car c'est plus payant de les "vendre" zéro dollar, pour l'équivalent des coûts de transport, que de payer pour les enfouir», indique André Poitras.

Même si son entreprise recycle les sacs de plastique, M. Poitras avoue que, parfois, il ne sait plus sur quel pied danser quand des municipalités comme Montréal décident de les interdire. 

«C'est que, malheureusement, on ne ramasse pas encore tous les sacs de plastique. Il s'en jette encore beaucoup. On a beau les réutiliser, il s'en ramasse encore beaucoup dans la nature et dans les ruisseaux. Si on recyclait à 100 % tous les sacs de plastique, il n'y aurait aucun problème. Mais ce n'est pas le cas», poursuit-il.

Johnny Izzy, lui, estime toutefois que Montréal et Brossard font carrément fausse route en y allant d'une interdiction. «Je trouve ça aberrant, c'est absolument inutile, car il y a un marché. Qu'ils les vendent à des brokers ou, sinon, moi, je vais les reprendre et je vais faire de l'argent avec! Nous avons essayé de faire des représentations auprès de Montréal et Brossard pour qu'ils rencontrent des spécialistes du tri et de la vente des matières recyclables et de la récupération, mais en vain.»

L'exemple venu du Rwanda

Si plusieurs villes d'Amérique et du reste du monde ont déjà interdit les sacs de plastique sur leur territoire comme Montréal souhaite le faire à partir de 2018, le gouvernement du Rwanda a réussi l'exploit de les interdire partout au pays.

Depuis 2008, non seulement il n'est plus permis aux commerces du Rwanda d'utiliser des sacs de plastique, mais il est également interdit d'en produire, d'en vendre, d'en acheter et même d'en apporter au pays! 

Aux postes de douanes rwandais, on demande aux visiteurs de remettre leurs sacs de plastique pour qu'ils soient détruits. Quant aux entreprises et aux particuliers qui oseraient défier la loi, ils s'exposent à des amendes importantes et même à des peines d'emprisonnement. 

Il faut dire que les sacs de plastique sont une grande source de pollution en Afrique et que les dirigeants du Rwanda, qui venait à peine de sortir de la période trouble marquée par le génocide, ont décidé de miser sur l'environnement comme élément central d'un plan de relance national.

Impact

«Le plastique ne se trouvait pas seulement à la surface, mais aussi sous le sol», a déclaré la Dre Rose Mukankomeje, directrice générale du Rwanda Environmental Authority, à la chaîne française France 24. L'impact était important sur l'agriculture et les eaux, du plastique étant même détecté dans les carcasses de poissons morts.

Une ancienne ministre de l'Environnement rwandaise, Drocella Mugorewera, avait aussi souligné que les habitudes environnementales des Rwandais n'étaient pas aussi bonnes que celles des résidants des pays développés pour justifier l'interdiction.

«Nous n'avons pas atteint le même niveau de développement que certains pays qui utilisent les sacs de plastique. Ils ont des usines qui recyclent ces sacs et leurs citoyens comprennent que ce n'est pas bien de laisser traîner des déchets partout. C'est quelque chose que nous devons encore enseigner à nos citoyens», avait-elle déclaré la BBC.

Si d'autres pays d'Afrique, comme la Tanzanie, le Kenya, l'Ouganda et la Somalie, ont aussi décrété une interdiction semblable, le Rwanda demeure le seul pays à avoir réussi à la mettre en force. Les résultats sont considérés comme impressionnants, puisque la capitale, Kigali, serait devenue selon plusieurs l'une des villes les plus propres du continent.

Trafic illégal

Le trafic illégal se poursuit toutefois, souvent à partir de la République démocratique du Congo ou des autres pays avoisinants où les sacs de plastique sont toujours permis. Des contrebandiers, le plus souvent des femmes pauvres, vont chercher des sacs qu'ils cachent sous leurs vêtements pour traverser la frontière rwandaise.

Selon un reportage de la chaîne Al-Jazeera, ces contrebandiers pourraient gagner l'équivalent d'une semaine de salaire en liquidant ainsi des sacs sur le marché noir. Les commerçants spécialisés dans les fruits et les légumes seraient parmi les plus importants acheteurs, leurs clients trouvant peu conviviale l'utilisation de sacs de papier pour le transport de ces denrées.

Plusieurs critiquent aussi les pénalités sévères imposées dans un pays où la moitié de la population vit encore sous le seuil de la pauvreté et où les prévenus n'ont souvent pas les moyens de payer les amendes salées liées à la contrebande de sacs de plastique.

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