7 kilomètres de glace sur Beauceville

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Une heure, c'est tout le temps dont a eu besoin la rivière Chaudière, dans la nuit de jeudi à vendredi, pour sortir de son lit et inonder une partie de Beauceville. Des eaux qui, avec le temps froid, sont vite devenues de véritables «pains de glaces».

Si les crues ne sont pas rares en Beauce, particulièrement à Beauceville, la crue hâtive causée par un embâcle de sept kilomètres jumelée au passage rapide du temps doux au temps froid a créé une situation particulière. Bref, l'eau des inondations est devenue de la glace en même temps que le mercure descendait sous zéro pour atteindre - 10 °C, compliquant le travail des ouvriers.

«Depuis que j'occupe ce poste, je n'ai jamais vu ça. Il y a des décennies que ce n'est pas arrivé. Une dame m'a parlé des années 50», explique Félix Nunez, directeur général de la Ville de Beauceville.

Et heureusement que Beauceville est déjà habituée aux embâcles, avec son système de surveillance de la rivière et son plan de mesures d'urgence déjà prêt et adapté à la situation. En effet, il a fallu agir vite jeudi soir.

Agir rapidement

«En l'espace d'une heure, le niveau de l'eau était passé de 150 mètres [au-dessus du niveau moyen des mers] à 153,2 mètres. C'est énorme. Jamais je n'avais vu l'eau monter aussi rapidement», poursuit M. Nunez, qui a dû enclencher rapidement les mesures d'urgence, d'autant plus que l'hôtel de ville est situé en zone inondable.

«Il fallait sortir les ordinateurs et les monter au deuxième et s'assurer qu'on avait une équipe, et de la relève, prête à agir. On s'en est bien tirés puisque 200 personnes ont pu être évacuées à temps, essentiellement chez des membres de leur famille alors que seulement trois ont été pris en charge par la Croix-Rouge», poursuit-il.

D'autres n'ont pas réussi à réagir suffisamment rapidement puisque, à quelques endroits, on pouvait voir des voitures où l'eau avait monté plus haut que les portières pour ensuite se changer en glace avant que leurs propriétaires ne puissent les déplacer. 

Le boulevard Renaud, l'avenue Lambert et une vingtaine de rues transversales ont été fermés, et les écoles, ainsi que plusieurs commerces, n'ont pas ouvert leurs portes vendredi en raison de la présence de glace partout sur la chaussée.

En début d'après-midi vendredi, des équipes avaient commencé à retirer les glaces des rues avec de la machinerie lourde, des travaux qui ont cependant dû cesser rapidement. «Il n'y a pas un débit suffisant sur la rivière pour pousser l'embâcle à cause du froid. Il faudra attendre ce soir ou demain avant de pouvoir reprendre», indique

M. Nunez.

Geneviève Rodrigue, propriétaire du restaurant Pizza Wow, a été chanceuse dans sa malchance. Oui, le stationnement de son établissement était inondé par un demi-pied d'eau, forçant sa fermeture. Mais le bâtiment situé en bordure de la Chaudière, et qui n'a pas de sous-sol, n'a subi aucun dommage.

«C'est la première fois que je suis obligée de fermer à cause de la débâcle. Les autres fois, l'eau était montée jusqu'à la galerie mais avait redescendu très vite. Aujourd'hui, je n'ai même pas osé essayer de me rendre ici pendant la nuit», a expliqué celle qui a fait contre mauvaise fortune bon coeur.

«Comme c'est fermé, on a décidé de profiter de l'occasion pour faire des travaux de peinture que nous n'avions pu faire plus tôt. On espère ouvrir demain.»

Alors que plusieurs de ses voisins avaient quitté leurs maisons et que d'autres commençaient à activer des pompes pour vider leur sous-sol inondé, Lucie Veilleux s'en est bien tirée elle aussi. «Je suis seule sur mon île déserte! On me dit que c'est parce que mon terrain est plus élevé que les autres», indique la femme de 60 ans qui se souvient d'avoir vu ses parents quitter la résidence familiale en chaloupe lors d'une crue particulièrement forte au début des années 90.

Pas une rivière facile

Selon Brian Morse, professeur au Département de génie civil et de génie des eaux de l'Université Laval, le relief plat à Beauceville fait que la rivière Chaudière est loin d'être une rivière facile quand surviennent des crues. «C'est très plat, ce qui est excellent pour l'agriculture et la récréation, mais ça se dégagerait beaucoup mieux si le relief était en pente», a expliqué le professeur qui s'était rendu donner un coup de main à la Ville de Beauceville vendredi. «Beaucoup de travail a été fait au fil des années, notamment la construction du barrage Sartigan, qui a réglé beaucoup de problèmes à Saint-

Georges, mais aussi avec le système de surveillance», poursuit-il en rappelant que l'Université Laval participe à plusieurs initiatives. «Nous avons fait une modélisation de la rivière qui sera utile si jamais surviennent d'autres situations d'urgence comme le déversement de pétrole à Lac-Mégantic. Mon collègue François Anctil va aussi développer un modèle de prévision du niveau des eaux de la rivière Chaudière.»

Le hic, c'est que le modèle en question sera fort utile pour les crues dues aux pluies abondantes, mais qu'il ne pourra pas prévoir les crues printanières ou hivernales causées par l'accumulation de glace. M. Morse indiquait vendredi que le chiffre magique pour la rivière Chaudière était de 152 mètres. «C'est le niveau qu'on vise, qui est le niveau des rues les plus basses. Le niveau de l'eau baisse de 2 à 4 centimètres à l'heure, alors on espère atteindre 152,5 mètres en début de soirée et, ensuite, 152 durant la nuit ou demain [samedi] matin.» 

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