100 M $ pour la «merde» de Stoneham et de Lac-Delage

«Là, ce qui urge, ce sont les eaux... (Le Soleil, Erick Labbé)

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«Là, ce qui urge, ce sont les eaux usées, la merde. C'est assez simple. Il faut appeler un chat un chat», a lancé le maire Labeaume en comité plénier sur la protection des sources d'eau portable sur le territoire métropolitain de Québec, mardi.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) La Ville de Québec envisage de payer elle-même le raccordement des fosses septiques de Stoneham et de Lac-Delage aux égouts pour protéger l'eau du lac Saint-Charles, a dit le maire Régis Labeaume. Coût de la facture : pas moins de 100 millions $.

«Là, ce qui urge, ce sont les eaux usées, la merde. C'est assez simple. Il faut appeler un chat un chat», a lancé M. Labeaume lors d'un comité plénier sur la protection des sources d'eau potable sur le territoire métropolitain de Québec mardi soir à l'hôtel de ville.

«Nous autres, sur notre territoire, on fait la job. Mais ça a pas été fait là-bas», a ajouté le maire lorsque appelé à préciser sa pensée après cette séance d'information aux élus.

Particulièrement préoccupé par le fait que le territoire du bassin versant de la rivière Saint-Charles compte «encore en 2016» quelque 5000 fosses septiques, M. Labeaume a lancé des pointes aux administrations qui les permettent encore, évoquant particulièrement le cas de Stoneham, qui a connu un important développement. 

Pour véritablement protéger le lac Saint-Charles, il faut que ces installations sanitaires soient raccordées à l'usine de traitement des eaux de la ville de Québec, celle de Château-d'Eau, a plaidé M. Labeaume. «Il va falloir qu'on récupère la merde et qu'on s'organise pour pas qu'elle aille dans le lac et dans la rivière», a-t-il illustré, faisant usage à quelques reprises du terme scatologique.

Évaluation de 100 millions $

Or, la majorité de ces fosses septiques ne se trouvent pas sur le territoire de la ville de Québec, mais plutôt dans des municipalités comme Stoneham et Lac-Delage, qui n'ont pas d'argent pour un tel investissement. «Ça va coûter très cher. Des dizaines et des dizaines de millions, a poursuivi M. Labeaume. Selon la première évaluation, on passe le 100 millions $ facilement. La vérité, c'est ça.»

Coup de pouce à ses voisines ou ingérence? «Je dis ça pour que les gens le sachent», a laissé tomber M. Labeaume.

Ce scénario prouve selon lui le sérieux de son administration dans la protection de l'eau potable, «l'enjeu des prochaines décennies».

Au point d'aller piger cette imposante somme dans les poches des contribuables de Québec?  

«On est rendus là dans notre réflexion. Si on veut se protéger, il va falloir payer pour se protéger contre les autres. Voyez-vous le problème politique qui s'en vient?»

«Point de non-retour»

En plus de potentiellement représenter des investissements majeurs et des travaux de grande ampleur, un tel raccordement signifierait aussi la fin des projets immobiliers avec fosses septiques. Ce qui pourrait ne pas plaire à certains, notamment du côté de Stoneham. Le dossier sera fort probablement au menu des rencontres qui auront lieu entre le maire de Québec et les conseils de différentes villes de la MRC de la Jacques-Cartier. 

«Il va falloir y aller de façon constructive, même s'il y a des débats fondamentaux qu'on ne pourra pas éviter», a aussi lancé M. Labeaume à l'attention des autorités de la couronne nord. 

«Je souhaite que ça se fasse dans l'harmonie parce qu'on n'a pas tous les mêmes intérêts. Mais s'il le faut, on fera les batailles nécessaires», a-t-il ajouté. «Au-delà de toutes les considérations, il faut protéger les citoyens de Québec qui sont les consommateurs de cette eau-là. Bien plus que les promoteurs immobiliers. On a atteint ce soir un point de non-retour.»

Différent à Lac-Delage

Jointe par courriel en soirée, la mairesse de Lac-Delage, Dominique Payette, a qualifié le scénario évoqué par Régis Labeaume d'«excellente nouvelle». Mais elle a tenu à mettre en garde contre les comparaisons hâtives entre Stoneham et Lac-Delage. «Les situations sont assez différentes. Plus de 85 % de nos résidences sont sur le réseau d'égouts de notre usine et les 15 % de fosses septiques sont à 100 % conformes aux normes du ministère de l'Environnement», a précisé Mme Payette, qui se trouve présentement à l'extérieur.

Lac Saint-Charles: peut-on «revenir en arrière»?

Peut-on non seulement éviter la dégradation de l'état de santé du lac Saint-Charles, mais aussi «revenir en arrière»? Oui, croit la directrice de l'Association pour la protection de l'environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL), Mélanie Deslongchamps. Mais le travail sera long. Et les mesures, importantes. «Ça va prendre des années, revenir en arrière, mais c'est faisable», a dit celle qui a présenté ses recherches aux élus du conseil municipal lors du comité plénier mardi. «Un lac assez grand en banlieue de Munich a été pris en charge par la Ville. Ils ont fait de l'agriculture biologique. Le lac était plein de plantes aquatiques, il était dégradé et ils ont pu revenir en arrière», a-t-elle relaté. Tendance inversée aussi en Suisse, où une diminution notable de l'apport en phosphore a pu ramener un lac  à la santé. 

Le comité plénier de mardi soir a duré plus de deux heures et demie, pendant lesquelles Mme Deslongchamps, mais aussi François Morneau, coordonnateur du plan de protection des sources d'eau à la Communauté métropolitaine de Québec, et l'avocat Daniel Bouchard ont exposé aux élus du conseil municipal la situation du lac Saint-Charles et expliqué le plan pour le protéger. Régis Labeaume, qui est aussi président de la Communauté métropolitaine de Québec, a annoncé en novembre faire de la protection de cette source d'eau potable pour 400 000 citoyens de Québec son nouveau cheval de bataille.

Les maires et conseils municipaux acceptent l'invitation de Labeaume

Moins de 24 heures après avoir été invités, quatre maires et conseils municipaux de la couronne nord ont accepté l'invitation du maire Régis Labeaume à venir expliquer son plan de protection de l'eau potable.

C'est notamment le cas de la mairesse et des élus de Sainte-Brigitte-de-Laval qui devraient recevoir le maire et des experts du projet autour du 22 février. Wanita Daniele a été nommée en décembre présidente de la commission intérimaire chargée de donner ou non le feu vert à un projet immobilier depuis l'imposition du moratoire le 17 décembre. «L'idée est lancée et de façon solidaire on devrait tous adhérer à ce principe», a-t-elle indiqué à son arrivée au comité plénier sur le plan de la Communauté métropolitaine de Québec pour la protection des sources d'eau potable.

Présentement à l'extérieur, la mairesse de Lac-Delage, Dominique Payette, a aussi assuré de la collaboration de son conseil. 

«Je ne vois aucune raison de ne pas recevoir M. Labeaume. D'ailleurs, plusieurs membres du conseil étaient déjà présents lors de sa présentation avant les Fêtes», a-t-elle relaté par courriel. «Nous sommes un conseil qui s'entend bien, qui fonctionne essentiellement par consensus et nous n'avons aucun différent sur ces questions. Je comprends cependant que ce n'est pas le cas de toutes les municipalités de notre MRC.»

À Stoneham, le maire Robert Miller s'est opposé à un tel moratoire et un éventuel règlement de contrôle sur le développement. «Je n'ai pas d'objection à les rencontrer. Si on a la possibilité d'échanger et de faire valoir nos points de vue, on va le faire», a-t-il dit mardi.

 «Un Méritas»

À Lac-Beauport, la mairesse et préfet de la MRC de la Jacques-Cartier, Louise Brunet, a aussi répondu favorablement à la proposition de M. Labeaume. Minoritaire au conseil, elle doit toutefois faire face à quatre conseillers sur six opposés sur le plan des élus de la CMQ. Parmi eux, le conseiller Marc Bertrand croit même que sa municipalité devrait plutôt recevoir «un Méritas qu'un moratoire» sur le plan environnemental. «Lac-Beauport a agi rapidement et drastiquement à tous les niveaux: règlement sur l'utilisation de phosphore, chemins sur fond de neige avec minimum de sels de déglaçage, raccordement des zones sensibles au réseau d'égout, visage périodique de toutes les fosses septiques et devrait se voir accorder un Méritas plutôt qu'un moratoire», a-t-il indiqué au Soleil par courriel mardi. M. Bertrand a toutefois indiqué qu'il ne sera pas présent à la rencontre, car il sera à l'extérieur du pays.

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