Volks et Flint, révélateurs des failles environnementales aux États-Unis

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La distribution d'eau en bouteille est nécessaire à Flint, où l'eau de la ville est contaminée au plomb.

AP, Jake May

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Jeremy Tordjman
Agence France-Presse
Washington

Des moteurs truqués et une eau contaminée au plomb : les récents scandales Volkswagen et Flint ont a priori peu en commun mais ils révèlent pourtant, tous deux, certaines failles de la protection de l'environnement aux États-Unis.

Séparées de quelques mois, ces retentissantes affaires suivent un même schéma : une grave entorse aux lois environnementales qui se faufile sous le radar des autorités et ne doit sa mise au jour qu'à de simples citoyens ou une ONG.

Les quelque 600 000 voitures diesel du groupe Volkswagen qui circulent aux États-Unis, pour certaines depuis 2008, et émettent jusqu'à 40 fois plus de gaz polluants qu'autorisé, seraient ainsi sans doute restées dans l'ombre sans l'International Council on Clean Transportation.

Ce sont les tests de cette modeste ONG qui ont convaincu les autorités américaines de se saisir du dossier et de révéler le scandale, désormais mondial, en septembre.

Plus récemment, une tempête similaire a frappé les autorités de l'État du Michigan qui clamaient haut et fort que l'eau courante dans la ville de Flint ne présentait aucun danger.

C'est cette fois une mère de famille qui a fait éclater la vérité. LeeAnne Walters a fait procéder à des analyses qui ont révélé une contamination au plomb, conduisant à décréter l'état d'urgence sanitaire dans la ville.

Coupes budgétaires 

Comment expliquer de tels manquements? Des regards accusateurs se sont immédiatement braqués sur l'Agence fédérale de protection de l'environnement (EPA), qui a notamment la tâche d'homologuer les voitures et de s'assurer de la qualité de l'eau.

Cette agence créée en 1970 par le président républicain Richard Nixon a certes, depuis, tenté de réparer les dégâts. S'agissant de Flint, elle a évincé son représentant dans le Michigan et assure avoir «de manière répétée et urgente» fait pression sur les autorités locales, selon les déclarations à l'AFP d'une porte-parole de l'EPA.

L'agence se défend également de toute inertie dans l'affaire Volkswagen en se montrant aujourd'hui intraitable avec le constructeur allemand qu'elle menace d'une amende de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Mais l'origine de ces failles pose encore question.

Selon Greenpeace USA, les États-Unis payent tout simplement les attaques répétées contre l'EPA, accusée par les républicains d'entraver la liberté économique au nom de l'environnement.

«L'agence a trop à faire et a dû subir des coupes budgétaires constantes», assure à l'AFP Rick Hind, un des responsables de l'organisation écologiste. «Ils sont condamnés à s'appuyer sur des militants et des groupes pour être informées de violations».

Depuis 2010 et la montée en puissance des républicains au Congrès, le budget de l'EPA a été sabré de plus de 20 %, à 8,1 milliards de dollars, et ses effectifs ont chuté de 11 % alors que ses missions ne cessent de s'étendre.

Une autre faille pourrait s'expliquer par la répartition des tâches aux États-Unis. Le respect de certaines lois environnementales, dont celle sur l'eau, incombe en pratique aux États locaux qui sont plus ou moins prompts à signaler des violations.

«Beaucoup de problèmes se nouent au moment où les autorités locales font remonter l'information à l'échelon fédéral. Il peut y avoir des rétentions et un manque de suivi», affirme à l'AFP Gregory DeGulis, avocat spécialiste de l'environnement.

Une citoyenne de Flint lors d'une assemblée populaire... (AP, Kimberly P. Mitchell) - image 2.0

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Une citoyenne de Flint lors d'une assemblée populaire

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Filet de sécurité 

La société civile doit donc parfois prendre le relais. En 1993, une simple assistante juridique, Erin Brokovich, avait ainsi mis au jour une contamination de l'eau dans une ville californienne avant de voir son combat porté sur grand écran.

Aux États-Unis, les grandes lois environnementales (air, eau...) prévoient d'ailleurs expressément l'implication de simples citoyens en leur accordant le droit d'agir en justice.

«C'est un filet de sécurité essentiel», assure à l'AFP Robert Percival, professeur de droit de l'environnement à l'Université du Maryland. «Les agences gouvernementales sont la première ligne de défense mais quand elles échouent, la société civile intervient».

Ce mécanisme part d'un constat : le nombre d'inspecteurs ne pourra jamais égaler celui des entreprises à réguler. «Ce n'est pas possible même avec le plus généreux des budgets», affirme à l'AFP Cary Coglianese, son homologue de l'Université de Pennsylvanie. «Le gouvernement ne peut pas être partout».

Mais le fardeau peut toutefois s'avérer bien lourd pour de simples citoyens privés de moyens techniques et qui doivent par ailleurs parfois affronter la résistance des régulateurs qu'ils essayent d'alerter.

«Les régulateurs prennent parfois ça personnellement et voient ça comme une critique sur la manière dont ils font leur travail», déplore M. Coglianese, regrettant leur manque «d'humilité».

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