Marché du carbone: pas encore les effets escomptés

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Selon Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal, si les automobilistes québécois n'adaptent pas leur consommation d'essence, ils risquent de subir un choc important d'ici 2017 ou 2018.

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(Québec) Un an après l'implantation historique d'un marché du carbone entre le Québec et la Californie dans le domaine du transport, l'effet ne se fait pas sentir sur la consommation d'essence des automobilistes québécois.

«Au niveau de la mécanique de la bourse du carbone, ça fonctionne très bien. Mais pour les consommateurs, le message n'est pas là. C'est donc difficile de changer leur comportement», explique Pierre-Olivier Pineau, professeur de HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, à propos de la mesure visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Depuis janvier 2015, les automobilistes payent quelques sous de plus à la pompe en raison du marché du carbone, mais cette hausse se noie dans les nombreuses et imprévisibles variations du prix du baril. Le consommateur ne se rend tout simplement pas compte qu'il paye une «taxe carbone», et personne n'est là pour le lui rappeler. Comment pourrait-il alors comprendre que s'il réduit sa consommation, le prix de son plein cessera d'augmenter?

«Il y a une déficience au niveau de la communication gouvernementale à la population dans la lutte au GES, ce n'est pas nouveau. Les gens ne sont pas avisés qu'ils doivent adapter leur consommation. Les citoyens et les entreprises ne connaissent pas bien le marché du carbone», explique M. Pineau, qui dresse le parallèle avec la Californie, où on sent de réels changements dans la consommation d'essence depuis un an. «En Californie, ils avaient d'abord fait des analyses pour déterminer comment ils allaient réduire leurs émissions et ils ont communiqué un plan à la population.»

Ce fameux plan, c'est ce que le Québec n'a pas, selon Pierre-Olivier Pineau. «C'est comme si on s'était acheté en avance des pantalons moins larges en espérant que d'ici un an, on va rentrer dedans, mais on ne fait rien pour perdre du poids.»

Hausse de prix drastique à l'horizon

«Si on n'est pas un peu proactif et qu'on ne prévient pas les consommateurs, il va arriver un choc. Pas en 2016, mais en 2017 ou 2018, le marché du carbone pourrait engendrer une hausse drastique dans le prix payé à la pompe, de plus que quelques sous», prévient le professeur de HEC.

Pourquoi? Parce que le mécanisme du marché du carbone est ainsi fait que le nombre de crédits d'émissions de GES disponibles pour les distributeurs de pétrole durant les enchères est réduit d'année en année (lire l'encadré). En 2016, le gouvernement québécois mettra deux millions de crédits d'émissions de moins sur le marché, selon Pierre-Olivier Pineau, une baisse d'environ 6 %.

Si la consommation des automobilistes et des entreprises, elle, reste la même, les distributeurs se batailleront ces crédits de plus en plus rares avec vigueur pour continuer de vendre à plein régime. Et quand tout le monde s'arrache quelque chose lors d'une enchère, le prix monte. Ce qui se reflétera sur la facture d'essence des consommateurs.

Rien pour atténuer le choc, l'Ontario pourrait se joindre au marché du carbone dès janvier 2017. Pour le moment, comme la demande d'essence est à la baisse en Californie, les distributeurs pétroliers américains ne sont pas très agressifs dans les enchères. Ils ne font pas monter le prix. À l'inverse, estime Pierre-Olivier Pineau, les distributeurs ontariens seront agressifs, puisque les automobilistes ontariens sont aussi avides d'essence que les Québécois. Plus d'acheteurs dans une même enchère, le prix du crédit d'émissions de GES continuera de monter.

C'est, en un sens, exactement le but du marché du carbone. Le pollueur paye de plus en plus s'il ne diminue pas ses émissions de gaz à effet de serre. Mais l'idée de base n'est pas que ce dernier frappe un mur, davantage qu'il change ses habitudes pour l'éviter, plaide M. Pineau.

Le marché du carbone, c'est quoi?

Première mondiale dans le domaine du transport, le marché du carbone est en vigueur depuis le 1er janvier dernier. Les gouvernements québécois et californien avaient conclu une entente en juin 2014 pour la mise en place du projet visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Les distributeurs pétroliers ont l'obligation de calculer les émissions de GES créées par les litres de pétrole qu'ils vendent. Pour vendre au-delà d'un certain quota, les distributeurs doivent s'acheter des droits d'émission de GES supplémentaires dans des enchères organisées conjointement par le Québec et la Californie, quelques fois par année.

Chaque année d'ici 2020, le gouvernement augmente le prix plancher des crédits d'émission de GES et diminue le nombre de crédits d'émissions disponibles. L'offre baisse, donc, et si la demande ne suit pas, le prix des crédits s'envole de plus en plus haut dans les enchères. Cette hausse est refilée aux consommateurs.

Où va l'argent payé par les distributeurs aux enchères? Au Québec, l'argent des ventes de crédits d'émission de GES va directement dans les coffres du Fonds vert.

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