Une lutte timide contre les gaz à effet de serre

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L'auto et le transport routier sont la principale source de gaz à effet de serre (GES) de la ville de Québec.

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(Québec) Les villes joueront un «rôle central» dans la réduction des gaz à effet de serre, s'est réjouie l'Union des municipalités du Québec (UMQ) au lendemain de la conférence sur les changements climatiques à Paris.

J'aimerais me réjouir aussi. La réalité est cependant que les villes ont des moyens limités de «changer la trajectoire du réchauffement planétaire», pour reprendre les mots de l'UMQ.

Je doute surtout qu'elles soient prêtes à en payer le prix politique.

Pour la ville de Québec, cela voudrait dire s'attaquer à la principale source de gaz à effet de serre (GES) sur le territoire : l'auto et le transport routier.

Le plus récent inventaire (2010) montre que la circulation compte pour 45 % des GES à Québec. Loin devant le transport hors route (25 %), les activités des commerces et institutions (14 %) et le chauffage des maisons (9 %).

Si Québec voulait agir avec un maximum d'impact, elle ferait de la circulation la principale cible de son plan de lutte contre les GES. 

Elle mettrait tous les efforts à offrir un transport collectif qui puisse vraiment concurrencer l'auto et entraîner un transfert modal significatif. 

Vers un tramway, par exemple, que la ville a repoussé aux calendes grecques mais qui trouverait peut-être une oreille plus attentive maintenant que les gaz à effets de serre sont revenus dans l'air du temps.

Une ville ne peut pas s'aventurer seule dans un projet aussi coûteux, mais n'obtiendra rien si elle cesse de demander. 

Le projet de Service rapide par bus (SRB) dans des corridors réservés est une avancée intéressante, mais c'est une solution de compromis. Une solution qui tarde à aboutir, incidemment. 

On sent la ville timide sur le transport en commun. Elle l'était sous l'ancienne administration et elle l'est encore aujourd'hui.

On peut tout de même saluer les efforts de Québec pour freiner l'étalement urbain, densifier les quartiers et y diversifier les usages. Cela contribue à réduire les besoins de déplacement et l'émission de GES. L'administration Labeaume va ici plus loin que la précédente. 

Dommage que ce message soit brouillé par un discours politique ambigu sur l'élargissement des autoroutes. La preuve est pourtant faite : des voies plus larges n'aident pas à réduire la circulation et l'émission de GES. C'est le contraire.

Depuis 2004, la Ville de Québec s'est attaquée en priorité aux GES «corporatifs» sur lesquels elle estime avoir un réel pouvoir. 

Une cinquantaine de mesures ont ainsi ciblé les émissions provenant des immeubles municipaux, équipements motorisés et de la gestion des déchets, etc. 

Le résultat fut mitigé, c'est le moins qu'on puisse dire. Les GES «corporatifs» ont augmenté de 9 % entre 2006 et 2010 et de 14 % entre 1990 et 2010. Les émanations des sites d'enfouissement de déchets (Saint-Tite, Saint-Joachim) sont la principale cause de cette augmentation. 

Résultat incertain aussi pour la vingtaine de mesures qui ciblaient la collectivité. La Ville se dit incapable de bien en quantifier les bénéfices.

Le plan 2010-2020, adopté cet automne, a d'ailleurs laissé tomber toute mesure visant la collectivité. 

Ce n'est pas une mauvaise idée que Québec réduise ses propres émissions de GES, au contraire.

Une ville «verte» ne peut se permettre d'être parmi les cancres de la classe et laisser croître ses GES sans agir. 

Le plan 2010-2020 vise une réduction de 10 % en 2020 par rapport à 1990. 

La cible serait intéressante, si ce n'est que la majorité des réductions espérées dépendent d'une usine de biométhanisation qui ne sera pas construite avant 2022.

Cela dit, il importe de rappeler que les efforts corporatifs de la Ville, aussi nécessaires soient-ils, pèsent peu dans l'économie générale de la région.

Les émissions «ville» n'ont compté que pour 6 % des émissions totales de l'agglomération en 2010, soit 246 kilotonnes d'équivalent CO2 sur 4180 kilotonnes.

On peut trouver que Québec tarde à réduire ses émissions de GES et n'y met pas toute l'énergie qu'elle pourrait. Mais quand on se compare, on se console.

En 2010, l'agglomération de Québec avait un taux moyen d'émissions par habitant de 7,6 tonnes. C'est bien moins que la moyenne du Québec (10,4 tonnes) et loin de la moyenne du Canada (20,3 tonnes).

Québec dépasse cependant la moyenne provinciale et est dans la moyenne canadienne lorsqu'on retient uniquement les émissions de GES provenant du transport. 

L'administration Labeaume estime que le problème de l'eau potable est plus urgent que le «buzz word à la mode» des gaz à effet de serre.

Peut-être, mais il y a aussi un lien. Le climat qui se réchauffe fait monter le niveau des océans et baisser celui des Grands Lacs. 

Ça veut dire que l'eau salée va remonter plus haut dans le fleuve et éventuellement atteindre la prise d'eau de Sainte-Foy. Ce n'est pas juste l'eau, c'est aussi la facture qui risque d'être plus salée.

Les villes joueront un «rôle central» dans la... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Infographie Le Soleil

Des doutes sur la fiabilité des chiffres

Contrairement à Kyoto en 1997, l'accord de Paris ne fixe pas de cible précise de réduction des gaz à effet de serre. 

On y identifie plutôt une limite de réchauffement à ne pas franchir et des moyens pour y parvenir.

La mesure des émissions de GES demeure cependant au centre de la lutte contre le réchauffement climatique.

Le marché nord-américain du carbone (principe du pollueur-payeur) s'appuie d'ailleurs sur la mesure de ces émissions.

On tient généralement pour acquis que les données sur les émissions de GES sont «scientifiques» et décrivent fidèlement l'état des lieux.

Une étude publiée en 2013 dans la revue scientifique Energy Policy, met cependant en garde sur leur fiabilité. 

L'enquête des chercheurs David Talbot et Olivier Boiral (Département de management, Université Laval) portait sur une dizaine de compagnies canadiennes considérées comme de gros pollueurs et sur des firmes chargées d'auditer les émissions de gaz.

Les chercheurs y constatent qu'il y a de l'incertitude dans la mesure des gaz à effet de serre et un manque de transparence dans la divulgation des résultats. 

En entrevue au Soleil, M. Talbot a dit croire que les données ne sont «pas plus fiables» pour les émissions des organisations publiques, dont les villes. 

Leurs constats font réfléchir. Je les résumerais comme suit :

1 La mesure des GES est compliquée et les instruments de mesure ne sont pas aussi précis qu'on le voudrait. Ceux qu'on utilise aujourd'hui sont plus perfectionnés et fiables qu'avant, mais il y a des doutes sur les données passées plus celles-ci datent.

2 Les entreprises n'utilisent pas toutes les mêmes instruments, ce qui rend difficiles les comparaisons.

3 On ne mesure pas toujours les mêmes choses selon les endroits et les années.

4 Il n'y a pas toujours d'instruments de mesure à la sortie des cheminées. Il faut souvent se contenter d'estimations plutôt que de mesures factuelles.

5 Le manque de compétence et d'indépendance des entreprises chargées d'auditer les émissions de GES mine la crédibilité des données. 

En entrevue, M. Talbot parle de rapports «incestueux» qui augmentent le risque, comme dans le scandale financier Enron où des opérations avaient été maquillées par des comptables.

Une firme d'audit sera toujours à la merci des informations que lui fournit le donneur d'ouvrage, rappelle M. Talbot. 

Certains peuvent avoir intérêt à gonfler le chiffre de leurs émissions pour obtenir des subventions ou pour profiter ensuite de crédits liés à la réduction.

D'autres peuvent au contraire vouloir cacher des émissions pour ne pas être pénalisés ou mieux paraître aux yeux du public.

Des entreprises peuvent aussi vouloir cacher les vrais chiffres pour ne pas dévoiler d'informations sensibles à leurs concurrents.  

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