Sources d'eau potable: Labeaume remonte au front

Des menaces pèsent sur les sources d'eau potable... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Des menaces pèsent sur les sources d'eau potable de Québec, principalement la dégradation continue de l'eau du lac Saint-Charles et la remontée appréhendée de l'eau salée dans le fleuve à cause du réchauffement de la planète.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le maire Régis Labeaume remonte au front dans le controversé dossier de la protection des sources d'eau potable de Québec. Non seulement veut-il empêcher que de futurs développements résidentiels n'aggravent le problème, mais il entend aussi, cette fois-ci, «corriger les erreurs du passé», même s'il s'attend à ce que la facture soit très salée et que «cela fasse grincer des dents».

«Ne nous leurrons pas, on parle de millions et de millions, ici», a déclaré dimanche M. Labeaume lors d'une présentation devant des élus municipaux de la région de Québec. Mais les menaces qui pèsent sur les sources d'eau potable de Québec - principalement la dégradation continue de l'eau du lac Saint-Charles et la remontée appréhendée de l'eau salée dans le fleuve à cause du réchauffement de la planète - ne laissent pas le choix, plaide-t-il.

Au lac Saint-Charles, où 55 % des habitants de Québec prennent leur eau, le problème est essentiellement que ses environs ont été trop densément urbanisés, a expliqué un expert du consortium scientifique Ouranos, François Morneau. Ainsi, la forêt qui retenait les eaux de ruissellement et les nutriments qu'ils charrient a été remplacée par des quartiers de banlieue où de grandes surfaces étanches (les rues, notamment) accélèrent le ruissellement vers le lac. Les engrais et les pesticides utilisés sur les pelouses et en agriculture, de même que les rejets de fosses septiques, viennent alors s'ajouter à ce que l'eau de pluie charrie déjà, ce qui enrichit les eaux du lac. Les algues et les cyanobactéries y trouvent donc plus de nutriments pour y pousser, et la qualité de l'eau en souffre.

Depuis 2007, quand des éclosions de cyanobactéries dans le lac Saint-Charles ont alerté la Ville, diverses mesures ont été prises, notamment l'obligation pour les riverains de reboiser leurs berges. La décision, on s'en souvient, avait causé beaucoup de mécontentement, les propriétaires touchés rechignant à l'idée de sacrifier leur «vue» sur le lac - certains ont même tenté de contester les nouveaux règlements jusqu'en Cour suprême, sans succès. Il y a même eu un moratoire sur tout nouveau développement dans le bassin versant du lac Saint-Charles entre 2010 et 2012. Mais malgré tout, l'«état de santé» du lac a continué de se détériorer. Entre 2007 et 2012, le couvert de plantes aquatiques y a crû de 40 %, signe que les apports excessifs en nutriments se poursuivent.

Cyanobactéries

Ce phénomène a des coûts, a indiqué M. Morneau. Ainsi, des améliorations de plus de 20 millions $ ont dû être ajoutées récemment à l'usine du lac Saint-Charles pour faire face aux cyanobactéries, qui sécrètent des toxines et qui font maintenant autour de 17 éclosions par année.

Mais, avertit M. Labeaume, cela ne règle pas les problèmes créés dans le passé - par exemple, un cimetière d'autos dans une zone inondable au lac Saint-Charles, une usine de traitement d'eaux usées en plein marécage à Lac-Delage, et plusieurs quartiers résidentiels qui continuent de «percoler» jusque dans le lac.

«Le temps n'est pas aux reproches. On n'a pas à blâmer les gens qui nous ont précédés, on ne cherchera pas de coupables, parce que les règles et les connaissances n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui.»

Régis Labeaume
Maire de Québec

Pas de chasse aux sorcières

«Le temps n'est pas aux reproches. On n'a pas à blâmer les gens qui nous ont précédés, on ne cherchera pas de coupables, parce que les règles et les connaissances n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui», a indiqué M. Labeaume. Mais il n'en faut pas moins agir, poursuit-il, et les mesures à prendre risquent de «faire grincer des dents» : renoncer carrément à des projets de développement, et donc à des revenus de taxes, s'ils risquent d'empirer la problématique, possiblement construire des tranchées et des réservoirs pour retenir le ruissellement en aval de quartiers existants depuis longtemps, etc.

Autant de choses qui peuvent être au-dessus des moyens des petites municipalités du nord de Québec. Il est également question de raccorder les égouts de Stoneham-et-Tewkesbury et de Lac-Delage au réseau de Québec, mais encore ici, la facture s'annonce lourde.

Proposition de créer un fonds régional

Le maire Labeaume propose la création d'un fonds régional dans lequel la Ville de Québec, qui a nettement plus de moyens que ses voisines, contribuerait davantage qu'elles. Les gouvernements provincial et fédéral seront également sollicités.

Notons enfin que le lac Saint-Charles ne sera qu'un des plans d'eau concernés par le «chantier» que vient d'ouvrir le maire Labeaume. Un comité se penchera également sur la rivière Montmorency et un autre sur le fleuve Saint-Laurent, où Québec a une prise d'eau.

En abaissant le niveau des Grands Lacs et en élevant celui de la mer, le réchauffement planétaire déplacera vraisemblablement la limite de l'eau salée de la pointe est de l'île d'Orléans, où elle se trouve actuellement, vers Québec. À la prise d'eau que la ville a dans le fleuve, à Cap-Rouge, on le sent d'ailleurs déjà. «Quand il faut que tu appelles les hôpitaux pour leur dire qu'ils ne peuvent pas faire de dialyse [nettoyage du sang pour les patients dont les reins ne fonctionnent pas] cette journée-là parce que l'eau est trop salée, ça veut dire que tu commences à t'approcher de ton point de bascule», illustre-t-il.

Dimanche, les élus municipaux de la région qui étaient présents au Centre de foire ont semblé accueillir favorablement l'exposé de M. Labeaume. Mais les demandes de «sacrifices» concrets restent à venir...

Lévis (et la Beauce) aussi...

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, compte lancer sur la Rive-Sud le même genre d'exercice que celui que vient d'entamer Régis Labeaume. Sa municipalité tire une partie de son eau de la rivière Chaudière, qui prend sa source dans le lac Mégantic et qui coule dans plusieurs municipalités très agricoles. «Il y a déjà un organisme de bassin versant de la rivière Chaudière. Alors on va travailler avec eux et avec les municipalités de la Beauce et de Bellechasse pour qu'on crée un front commun. [...] Quand l'accident de Lac-Mégantic est arrivé, toutes ces municipalités-là ont travaillé ensemble. Mais effectivement, tout ça veut dire que le comité de la Chaudière va aller jusqu'en Beauce. Et c'est là que ça devient intéressant, parce qu'on se rend compte que les solutions sont collectives.» La qualité de l'eau de la Chaudière s'est nettement améliorée au cours des dernières années, souligne par ailleurs M. Lehouillier.

Une croix sur les sels de déglaçage?

Il n'y a pas que les engrais et les pesticides qui détériorent la qualité de l'eau du lac Saint-Charles. Les sels de déglaçage épandus sur le boulevard Talbot et, surtout, la 175 à la hauteur de Stoneham sont en train de littéralement tuer le lac Clément, à Stoneham, et l'on en sent les effets jusqu'à la prise d'eau potable de Québec. Une solution possible avancée par l'expert embauché par la Ville, François Morneau, serait d'éliminer, ou au moins réduire drastiquement l'utilisation des sels de déglaçage dans le secteur. «Il faudra peut-être accepter des routes blanches [déblayées, mais pas «salées»] comme ça se fait depuis longtemps en Norvège et en Suède. Là-bas, ils vendent des pneus [spéciaux], on met ça sur l'auto, on accepte de rouler sur la neige et un peu de glace, et on roule moins vite, mais on protège nos sources d'eau. Ça va être un virage majeur. On n'en est pas là au Québec, mais la qualité de l'eau en dépend», dit-il.

Discrète cellule de crise en 2010

À la suite d'un accident impliquant un camion-citerne qui avait déversé 23 000 litres d'hydrocarbures à Stoneham, en janvier 2010, la Ville de Québec avait créé une «cellule de crise» mais avait gardé son existence secrète pour ne pas créer de panique inutile, a relaté dimanche le maire Régis Labeaume. Les concentrations étaient insuffisantes pour avoir des effets toxiques, mais les ingénieurs de Québec ont cru pendant un certain temps qu'elles pourraient donner une odeur d'essence à l'eau du robinet, et la Municipalité craignait que cela n'affole la population. Des événements météo survenus par la suite ont toutefois assez dilué la contamination pour que le problème ne se pose pas, finalement.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer