Les Îles-de-la-Madeleine s'effritent peu à peu

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Certaines résidences des Îles-de-la-Madeleine, comme ici à Havre-Aubert, se trouvent dans une situation vulnérable à cause du phénomène d'érosion.

Fournie par le laboratoire de dynamique et de gestion intégrée des zones côtières de l'UQAR

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<p>Johanne Fournier</p>
Johanne Fournier

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Îles-de-la-Madeleine) Depuis la nuit des temps, la mer ronge inexorablement le littoral et les côtes des Îles-de-la-Madeleine. Des études estiment que de 0,5 à 1 % de l'espace habitable de l'archipel disparaît tous les 10 ans. Depuis quelques années, cette tendance s'accélère. L'inquiétude des Madelinots aussi. Si rien n'est fait, des bâtiments pourraient tomber des falaises et des routes pourraient être submergées.

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Des routes ont dû être déviées, comme en témoigne cet ancien chemin de l'Anse-au-Plâtre.

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Si les insulaires ne peuvent rien contre le phénomène, ils peuvent cependant éviter de se retrouver dans des situations vulnérables, comme c'est arrivé, il y a quelques années, dans le secteur de La Martinique. «On a eu une grosse tempête, et il y a deux chalets qui sont partis à la mer», raconte une résidente du secteur, Katia Grenier. Ces chalets-là étaient là depuis une cinquantaine d'années au moins. Il y avait même une dune devant les chalets. En une dizaine d'années, oups! Les gens ont perdu leur dune, et la mer est venue chercher leur chalet. Il y a une accélération de l'érosion.»

24 centimètres par année

Depuis 2005, le professeur titulaire de la chaire de recherche en géoscience côtière de l'Université du Québec à Rimouski s'intéresse à la question. Pascal Bernatchez et son équipe de recherche estiment que, de 1963 à 2008, le littoral des Îles a migré, en moyenne, de 24 centimètres par année. Dans certains secteurs, le recul a atteint d'un à deux mètres par année.

Les chercheurs ont placé 867 stations de mesure dans le pourtour des Îles-de-la-Madeleine. D'ici 2060, on prévoit que le recul moyen sera de 38 mètres. Dans les dunes, il pourra atteindre 80 mètres.

Deux facteurs liés au dérèglement climatique accentuent le phénomène d'érosion : l'absence de couvert de glace et la hausse du niveau de la mer. «Dans les 600 dernières années, la hausse aux Îles-de-la-Madeleine était de 16 centimètres par siècle, indique Pascal Bernatchez. Dans le dernier siècle, on était rendus à 35 centimètres. La croûte terrestre s'enfonce. Ça, c'est davantage lié à la dernière période glacière. Donc, les îles s'affaissent de quelques millimètres par année. C'est une des régions du monde où on mesure les vitesses les plus importantes de hausse du niveau de la mer.»

Une autre étude réalisée par l'équipe de M. Bernatchez, en collaboration avec l'Institut des sciences de la mer de Rimouski, prédit l'absence totale de glace pendant 40 à 50 jours par hiver, dans un horizon fixé à 2055. Par conséquent, les falaises de grès rouge très friable n'auront plus aucune protection contre l'assaut des vagues. Aussi, l'alternance du gel et du dégel en quelques heures entraîne l'éclatement de la roche. «C'est directement lié au réchauffement des températures», indique le professeur.

L'érosion vue par une riveraine

Originaire de Sherbrooke, Katia Grenier a choisi de venir s'établir aux Îles-de-la-Madeleine, la région natale de son conjoint. En 10 ans, le paysage autour de sa maison a complètement changé.

«Dès la première année où j'ai habité ici, une petite dune d'environ cinq pieds est partie, observe-t-elle. Les vagues et les tempêtes d'automne sont plus agressives. On est à peu près à une centaine de pieds de la mer. Les vagues sont déjà venues jusqu'au gazebo, devant la maison. Aussi, de chaque côté de notre plage, il y a de l'enrochement et un cap qui causent un phénomène d'effet de boue, ce qui fait que ça érode encore plus notre plage.»

Des voisins de Mme Grenier, dont la résidence est construite sur une pointe, ont dû enrocher leur terrain à cause de l'érosion. Sinon, ils perdaient leur terrain. «On se rend compte que la mer est plus forte que nous, est forcée de constater Katia Grenier. Les changements climatiques sont aussi plus rapides.»

La Madelinienne d'adoption voit aussi la mer se rapprocher de plus en plus de la forêt d'épinettes située à proximité de sa résidence. «À cause de l'air salin, les épinettes meurent et le cap se fait manger», constate-t-elle. C'est alors qu'elle et son conjoint récupèrent les arbres pour en faire des capteurs de sable. Avec la collaboration d'André Bécu

Nouvelles restrictions pour la construction

Depuis 2004, la municipalité des Îles-de-la-Madeleine interdit toute construction dans une bande riveraine de 30 mètres. Mais cette distance n'est plus suffisante. «On sait que, dans tels secteurs, il y a des maisons qui vont être dans une situation vulnérable, prédit le directeur de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire de la municipalité, Serge Bourgeois. Il y a des routes municipales où la municipalité va devoir envisager des scénarios d'adaptation. Mais, souvent, la meilleure façon de s'adapter, c'est de se reculer et de pas essayer de combattre le monstre.» Déjà, au moins trois ou quatre résidences ont été déménagées. De plus, la municipalité a dépensé un demi-million de dollars pour protéger ses bassins d'épuration de Cap-aux-Meules, dont les installations étaient menacées. Le ministère de la Sécurité publique demande aux autorités municipales de se doter de nouvelles normes. Québec donne 90 jours à la municipalité pour modifier son schéma d'aménagement. Le nouveau règlement relatif à la construction tiendra compte des types de sol, des particularités du secteur et des risques de submersion. «Ce sera plus collé à la réalité», estime M. Bourgeois.

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