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Eau potable: toutes les voisines de Québec devront s'investir

Le plan de la Ville de Québec pour... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Le plan de la Ville de Québec pour protéger ses sources d'eau potable sera plus vaste que la protection du lac Saint-Charles

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) D'ici un mois, la mairie de Québec présentera (finalement) son plan de protection de l'eau potable, un plan qui dépassera largement le seul sauvetage du lac Saint-Charles, selon les informations grappillées par Le Soleil. Toutes les municipalités de la périphérie seront mises à contribution pour protéger les nombreuses sources d'eau, autant les leurs que celles de la capitale.

Les détails seront connus incessamment, nous confirme l'attaché de presse du maire, Paul-Christian Nolin. «D'ici la fin novembre, il y aura une rencontre avec les différents élus.» La diffusion publique suivra : seront dévoilés «et le diagnostic, et les pistes de solution pour les années à venir».

Voilà longtemps que Régis Labeaume se fait désirer. Au printemps 2014, Le Soleil révélait que le lac Saint-Charles, première source d'eau de la capitale, a encaissé un choc écologique : urbanisation au nord, rejets de stations d'épuration dans ses affluents, érosion dû aux travaux sur la route 71/175, déboisement, fosses septiques... Des scientifiques ajoutaient que l'état de santé du réservoir se dégrade continuellement. Ils invitaient les élus à des actions rapides.

Aussi, depuis plus de deux ans, la Ville a en main un rapport sur l'affaiblissement du plan d'eau. M. Labeaume a repoussé sa publication à plusieurs reprises. Il préférait obtenir de nouvelles expertises et développer le traitement-choc à appliquer avant d'interpeler ses homologues des municipalités voisines. «On ne veut pas que les autres villes contestent les rapports. Parce que ça se pourrait qu'on demande des mesures correctrices assez drastiques», expliquait-il.

«On sait que c'est probablement pas très rose», avertit aujourd'hui Paul-Christian Nolin. «Même le premier [rapport] était assez préoccupant. C'est pour ça qu'on voulait être sûr. Et c'est pour ça qu'on travaille sur les solutions.»

Au coeur de la stratégie, il y aura bien sûr le lac Saint-Charles. Il est le principal réservoir de la ville. Le bassin abreuve également les municipalités de Wendake, Saint-Augustin-de-Desmaures et L'Ancienne-Lorette.

M. Nolin souligne cependant que ce plan d'eau ne sera pas le seul visé. «Ce sont "les" prises d'eau. [...] Il faut le voir de façon régionale. L'objectif, c'est de travailler sur des solutions tout le monde ensemble.»

Labeaume fourbit ses arguments

Depuis quelques mois, le maire de Québec Régis Labeaume fourbit ses arguments pour convaincre ses voisins de le suivre, avons-nous constaté.

Plusieurs sources ont récemment vu le maire naviguer sur le lac Saint-Charles; il aurait réalisé des capsules vidéo de persuasion. Selon les informations que nous avons recueillies, il était accompagné de personnes qui surveillent le plan d'eau depuis longtemps. 

«Effectivement, le maire est allé sur le lac Saint-Charles», concède Paul-Christian Nolin. «Le maire est allé constater des choses.»

Des scientifiques ont aussi été aperçus sur le lac par les riverains durant les beaux mois. Ils auraient effectué du «carottage» dans le fond. Ils pourront ainsi analyser les dépôts, leur composition, la contamination.

Du côté de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), un employé a été embauché spécifiquement pour travailler sur le dossier. «C'est pour l'ensemble de l'eau sur le territoire de la CMQ. [...] C'est pour l'ensemble des prises d'eau», commente l'adjointe à la direction générale, Me Marie-Josée Couture.

À l'Association pour la protection de l'environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL), les troupes sont également au travail. Depuis le grand bilan de santé du plan d'eau remis à la mairie il y a deux ans, des rapports de suivi ont été livrés.

Et une délégation vient de visiter Munich, en Allemagne, afin de constater comment cette cité préserve son eau. La directrice générale, Mélanie Deslong-champs, affirme que l'eau n'y a pas besoin d'être traitée; l'achat de terres naturelles, la conversion à l'agriculture biologique auraient notamment permis de préserver la ressource.

Notons que dans son dernier Plan triennal d'immobilisation, la Ville de Québec a en outre réservé quelque 900 000 $ sur trois ans pour des études scientifiques relatives aux sources d'eau potable.

Des maires dans l'expectative

Les maires du nord de Québec sont dans l'expectative : ils attendent une convocation pour savoir quels efforts leur demandera la capitale afin de préserver ses prises d'eau potable.

À Lac-Beauport, le directeur général Richard Labrecque indique avoir reçu des bribes d'informations. On leur annonce la formation de comités régionaux intermunicipaux pour mettre en place une stratégie de protection de toutes les prises d'eau; autant les puits artésiens privés que les sites de captation municipaux, dit-il. «C'est supposément un plan global de protection "des" prises d'eau.»

Un grand diagnostic de l'état de santé des cours d'eau des bassins versants du nord serait aussi en préparation. Mais M. Labrecque n'en saurait pas plus. Il attend une convocation. «On n'a rien reçu.»

Il profite cependant de l'occasion pour avancer quelques pions en prévision de la joute qui s'annonce. Il fait valoir le bilan vert de sa municipalité. «Ici, ça fait pratiquement deux décennies qu'on protège les nappes d'eau.» Moins de déglaçant sur les routes l'hiver, bassins le long des routes pour récupérer les sédiments, gestion municipale des fosses septiques...

Les voisins de M. Labrecque sont moins loquaces. La municipalité de Lac-Delage devra moderniser à grands frais sa station d'épuration des égouts qui se déverse dans le lac Saint-Charles. La mairesse, Dominique Payette, n'a pas voulu en discuter, attendant de prendre connaissance du dossier. On sait néanmoins qu'elle demande environ 1 million $ au gouvernement provincial pour ce chantier.

À côté, Stoneham-et-Tewkesbury devra aussi améliorer les performances de son usine de traitement des eaux usées qui se vide dans un affluent du lac Saint-Charles. «Le maire va attendre de voir la présentation de M. Labeaume», note la directrice générale, Lisa Kennedy.

Reste Wanita Daniele, à Sainte-Brigitte-de-Laval. La municipalité se trouve dans le bassin versant de la rivière Montmorency. On y compte deux prises d'eau de la capitale. La mairesse ne nous a pas rappelés.

Trouver une nouvelle réserve d'eau

Il est temps pour la Ville de Québec de se dénicher une nouvelle source d'eau potable, évalue Guy Noël, président de l'Association des riverains du lac Saint-Charles. Ce réservoir abreuve plus de la moitié de la capitale. M. Noël se demande si le pompage y est trop intensif. «Peut-être qu'il faut alléger la quantité d'eau prélevée. [...] Le lac Saint-Charles, il a des limites. [...] Il va falloir penser à d'autres endroits pour aller chercher l'eau.» M. Noël aimerait aussi que la capitale analyse sa gestion du niveau du lac : lorsqu'il est trop bas, cela favoriserait le réchauffement et la prolifération des algues qui l'asphyxie; lorsqu'il est trop haut, cela grugerait les sédiments des berges qui alimentent les algues.

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