Un professeur en océanographie chimique «fâché» contre Montréal

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Le maire de Montréal, Denis Coderre, projette que sa ville déverse huit milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent.

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(Québec) Que le gouvernement fédéral refuse pour l'instant de donner son feu vert à Montréal pour déverser ses eaux usées n'y change rien : le professeur en océanographie chimique Émilien Pelletier est «fâché». Fâché contre la décision initiale de déverser huit milliards de litres d'eau souillée. Une décision qui banalise les efforts pour assainir les eaux du Saint-Laurent et envoie un bien drôle de message à la population.

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Les huit milliards de litres d'eaux usées représentent le tiers des égouts de Montréal.

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

«Je suis fâché de ça», lance le chercheur de l'Institut des sciences de la mer à l'Université du Québec à Rimouski.

«On éduque nos enfants en disant de ne pas gaspiller l'eau et la Ville de Montréal veut envoyer des eaux usées dans le fleuve pendant une semaine. Ce n'est pas acceptable», poursuit M. Pelletier en entrevue au Soleil.

M. Pelletier reconnaît que le volume que Montréal prévoit déverser dans le fleuve ne représente pas de danger pour la qualité de l'eau des villes riveraines. Son indignation, elle vient plutôt du symbole. De cette impression qu'on peut encore en 2015 utiliser le fleuve comme poubelle.

«Le fleuve, il est propre», tranche le chercheur. «Il n'est pas contaminé. Mais le problème est cette mentalité de dire ce n'est pas grave, que c'est déjà pollué et qu'on peut bien en rajouter un peu», dit-il.

Des millions pour la santé du fleuve

Le chimiste rappelle que depuis 30 ans, des centaines de millions ont été dépensés par les citoyens du Québec, de l'Ontario pour améliorer la santé du Saint-Laurent.

Émilien Pelletier réfute aussi l'argument de la Ville de Montréal selon qui une solution de rechange au déversement coûterait 1 milliard $. 

«Franchement! Il doit bien y avoir des firmes d'ingénieurs à Montréal», lance-t-il.

«Pas besoin d'un gros diplôme pour penser à isoler la zone où il faut travailler. Et ça ne coûtera pas un milliard. J'aimerais ça que la Ville démontre ses coûts», poursuit le professeur qui s'interroge sur le feu vert donné par le ministère de l'Environnement du Québec. «Ça arrive jamais. Une petite municipalité aurait demandé une permission pareille et elle se serait fait planter», tranche M. Pelletier.

«Une petite municipalité aurait demandé une permission pareille et elle se serait fait planter»

Émilien Pelletier
Professeur en océanographie chimique à l'Institut des sciences de la mer à l'UQAR

Lévis et Québec

Mardi, tant le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, que celui de Québec, Régis Labeaume, n'ont pas commenté ce nouvel épisode maintenant qu'Environnement Canada freine Montréal. Lundi, M. Lehouillier s'était toutefois dit inquiet des conséquences potentielles d'un tel déversement alors qu'environ 60 % des Lévisiens s'abreuvent dans le fleuve Saint-Laurent. On se disait toutefois moins inquiets du côté de la Ville de Québec alors que lundi soir, le directeur de la Division de la qualité de l'eau, François Proulx, a assuré qu'on «ne s'attend à aucune modification à la qualité de l'eau à Québec».

Des propos corroborés par le professeur honoraire à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), Pierre Payment. «La station d'épuration de Montréal déverse une eau partiellement traitée dans le Saint-Laurent, ce qui les dilue à un niveau tel que sa qualité soit acceptable après quelques kilomètres», a-t-il indiqué dans un courriel au Soleil. «Les effets ne devraient donc certainement pas être ressentis à Trois-Rivières et surtout pas à Québec.»

M. Payment a aussi expliqué que les usines de traitement des eaux potables sont équipées pour traiter des niveaux beaucoup élevés de contaminants que ce qui pourrait voyager aussi loin. «Votre eau potable n'en souffrira donc pas», conclut l'expert de l'INRS.

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