Stoneham et Lac-Delage exigent de l'aide pour rénover leurs usines d'épuration

En raison du vieillissement prématuré du lac Saint-Charles,... (Le Solei, Pascal Ratthé)

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En raison du vieillissement prématuré du lac Saint-Charles, le ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire accorde un délai d'un an et demi aux municipalités de Stoneham-et-Tewkesbury et de Lac-Delage afin rendre leurs usines de traitement des eaux usées conformes aux nouvelles normes.

Le Solei, Pascal Ratthé

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(Québec) Québec a refusé les demandes de subventions de Stoneham-et-Tewkesbury et Lac-Delage afin de moderniser leurs stations de traitement des égouts dont les rejets aboutissent dans le lac Saint-Charles, principale source d'eau potable de la capitale, a appris Le Soleil. Les deux municipalités exigent l'intervention du ministre Pierre Moreau.

«On trouve ça déplorable. [...] Vous nous donnez de nouvelles normes. Donnez-nous les moyens de les respecter!» Le maire de Stoneham-et-Tewkesbury, Robert Miller, ne digère pas que le ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire (MAMOT) ait refusé sa demande de financement pour les travaux exigés par le gouvernement. Il a demandé une rencontre rapide en haut lieu; il attend la réponse.

Sa voisine, la mairesse de Lac-Delage Dominique Payette, est dans le même bourbier. Le 31 décembre 2016, dans un an et demi, son usine devra avoir été rénovée. Le lac Saint-Charles vieillit prématurément. Pour aider au sauvetage du plan d'eau potable, l'État a imposé des normes plus sévères afin d'améliorer la qualité du traitement des eaux usées des deux municipalités du nord. Mais le budget n'a pas suivi. 

«Ni moi ni M. Miller, on a dit notre dernier mot», laisse tomber Dominique Payette. «Mme Payette et moi, on va se montrer insistants», tonne à son tour l'allié de Stoneham, Robert Miller.

Bien sûr, il est ici question d'argent. Surtout de savoir qui ramassera la facture. Pour les deux maires, la cause est entendue : Québec exige qu'elles améliorent le traitement de leurs égouts, Québec doit payer. 

Le MAMOT a cependant déjà tranché : c'est non! confirme Audrey Gagnon, conseillère en communication stratégique. Il existe bien un Programme d'infrastructures municipales d'eau (PRIMEAU) «qui vise à soutenir les municipalités dans la réalisation de travaux de construction, de réfection ou d'agrandissement d'infrastructures d'eau potable et d'eaux usées, notamment dans le cadre de la mise aux normes des infrastructures». Le gouvernement n'a toutefois pas voulu y puiser

2,4 millions $ afin de financer les projets de Lac-Delage et Stoneham.

Pourquoi? Parce que Québec a signé un pacte fiscal avec les municipalités. Il leur verse une partie des revenus générés par les taxes sur l'essence. Les libéraux disent donc à Mme Payette et M. Miller de puiser dans cette nouvelle enveloppe : «J'avais d'autres projets à faire avec cet argent-là», réplique Dominique Payette.

Système de filtration

Il y a un autre point de discorde... Autant à Stoneham qu'à Lac-Delage, les ingénieurs auraient recommandé l'ajout d'un système de filtration supplémentaire afin d'améliorer significativement la qualité des rejets qui sortent de leurs usines de traitement. 

Le gouvernement pense qu'il serait possible de s'en tirer pour moins cher en additionnant un produit chimique industriel aux eaux usées : le sulfate d'aluminium ou «alun» pour les intimes. Cette méthode a toutefois des défauts, selon le ministère de l'Environnement. «Bien que le surdosage d'alun permet de rencontrer les exigences en phosphore, il abaisse le pH des eaux traitées qui doit être ajusté avant le rejet de celles-ci dans l'environnement. Le surdosage d'alun génère aussi de plus grandes quantités de boues [dans les usines de traitement], nécessitant des vidanges d'étangs plus fréquents», nous écrit le responsable des communications Frédéric Fournier.

Dominique Payette n'en veut pas : «Sur le plan environnemental, ce n'est pas acceptable.»

Intervention «prioritaire» requise

Le lac Saint-Charles est classé parmi les plans d'eau qui exigent un traitement d'urgence, selon un classement produit par le ministère de l'Environnement... en 2009. À l'époque, le Québec tremblait devant un nouvel ennemi : les cyanobactéries. L'État a donc identifié les lacs les plus menacés, soit parce qu'on y a trouvé des algues bleu-vert, soit parce qu'une usine de traitement des eaux usées y déverse ses rejets.

Le lac Saint-Charles est tombé dans la catégorie «prioritaire» : on y trouve des algues bleu-vert et deux stations y évacuent leurs égouts traités.

Selon le relevé du Ministère, une quarantaine d'équipements d'assainissement des eaux sont en amont d'un lac prioritaire au Québec, dont deux sont plantés au-dessus du lac Saint-Charles, source d'eau potable de la capitale : à Lac-Delage et Stoneham-et-Tewkesbury. Leurs usines répondent aux normes actuelles. Elles devront cependant être modernisées avant la fin 2016 afin de réduire significativement le phosphore dans leurs rejets.

On veut éviter que cet apport nutritif favorise la croissance des végétaux dans le lac Saint-Charles. Les plantes aquatiques raffolent de cette nourriture. Elles prennent donc de l'expansion et absorbent l'oxygène.

Lac au vieillissement prématuré

Le lac Saint-Charles sert de réservoir d'eau potable. Il alimente la moitié des résidents de la capitale ainsi que tous les habitants de Saint-Augustin-de-Desmaures, de Wendake et de L'Ancienne-Lorette. Et il est malade, il vieillit prématurément.

Il y a un an, Le Soleil avait publié les constats troublants d'universitaires qui indiquaient que le lac Saint-Charles doit recevoir un traitement-choc pour se relever. Au cours des dernières années, il a encaissé de nombreux coups qui l'ont grandement affecté : urbanisation au nord, écoulement de fosses septiques non conformes, stations des eaux usées qui y déversent leurs rejets traités, agrandissement de l'autoroute 73/175...

Récemment, l'Association pour la protection de l'environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL) confirmait au Soleil que le malade ne va pas mieux : «Il n'y a pas eu de plan d'action, il n'y a pas eu d'action majeure, il n'y a pas eu d'investissement majeur, donc c'est sûr qu'il n'y a pas eu d'amélioration», regrettait la directrice générale, Mélanie Deslongchamps.

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