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La dégradation du lac Saint-Charles se poursuit

Source d'eau potable de la moitié de la... (Photo Pascal Ratthé, archives Le Soleil)

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Source d'eau potable de la moitié de la population de Québec, le lac Saint-Charles continue de vieillir prématurément.

Photo Pascal Ratthé, archives Le Soleil

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(Québec) Le vieillissement accéléré du lac Saint-Charles, source d'eau potable de la moitié de la capitale, se poursuit : «Il n'y a pas eu de plan d'action, il n'y a pas eu d'action majeure, il n'y a pas eu d'investissement majeur, donc c'est sûr qu'il n'y a pas eu d'amélioration.»

L'Association pour la protection de l'environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL) est mandatée par la Ville de Québec pour surveiller le réservoir. La directrice générale, Mélanie Deslongchamps, refuse de révéler les résultats de leurs travaux, ceux-ci appartenant à la mairie.

Il y a un an, Le Soleil avait publié les constats troublants d'universitaires qui indiquaient que le lac Saint-Charles doit recevoir un traitement-choc pour se relever. Au cours des dernières années, il a encaissé de nombreux coups qui l'ont grandement affecté : urbanisation au nord, écoulement de fosses septiques non conformes, stations des eaux usées qui y déversent leurs rejets traités, agrandissement de l'autoroute 73/175...

Nous avons demandé à Mme Deslongchamps si ces constats demeurent valides. «C'est la même chose. [...] Il n'y a rien qui est fait. Donc, s'il n'y a rien qui est fait, qu'est-ce que ça égale dans le lac...»

Elle constate au surplus que les municipalités du nord, Stoneham-et-Tewkesbury notamment, poursuivent leur expansion. «C'est sûr que quand il y a du développement, ça n'améliore pas la qualité de l'eau. [...] Ça a un impact, c'est sûr, sur la qualité de l'eau.»

L'APEL est aux premières loges. Chaque année, elle réalise un document permettant de suivre l'évolution du lac Saint-Charles. Et tous les quatre ans, l'association accouche d'un volumineux bilan de santé du plan d'eau... Voilà près de deux ans que la dernière version est dans les mains de la Ville de Québec.

Mme Deslongchamps repousse fermement nos questions au sujet du contenu du document; elle nous réfère au maire, qui ne veut pas le rendre public. Soulignons néanmoins que Régis Labeaume avait piqué une petite colère médiatique quand il en avait pris connaissance : «Le rapport que nous avons est que le lac se détériore.» Il envisageait des «mesures draconiennes» pour freiner le développement urbain au nord du réservoir.

Mélanie Deslongchamps, espère que la capitale livrera bientôt son plan pour rescaper le lac Saint-Charles. «Le plan d'action, il a été retardé de nombreuses fois. Je ne sais pas pourquoi ça tarde comme ça.» Au conseil municipal de lundi, le maire a annoncé un projet de sauvetage impliquant toute la région pour l'automne.

Il y a quand même une bonne nouvelle : l'APEL n'a pas observé de cyanobactéries dans le lac Saint-Charles cet été. «Mais il y en a au lac Delage», tempère Mme Deslongchamps.

Au fait, les citoyens ne doivent pas craindre l'eau du robinet. Le lac Saint-Charles fournit 50 % de l'eau potable de la capitale et abreuve également les résidents de Saint-Augustin-de-Desmaures, de Wendake et de L'Ancienne-Lorette. Son eau est toutefois traitée avant d'être livrée à domicile, insiste Mélanie Deslongchamps.

Sauf que plus l'eau du lac est de mauvaise qualité, plus son traitement pour la rendre potable est dispendieux. Il serait beaucoup moins cher de prévenir la contamination que d'investir dans des usines de traitement.

Croissance continue à Stoneham-et-Tewkesbury

Au nord du lac Saint-Charles, Stoneham-et-Tewkesbury continue de croître. Un développement qui menacerait le lac Saint-Charles, source d'eau potable de Québec.

«On a une croissance qui est continue depuis 2003», indique le maire, Robert Miller, aussi préfet de la MRC de La Jacques-Cartier. La population grossit de 2 à 3 % par année; la «ceinture verte» entourant la capitale attirerait les jeunes familles. 

«On maintient le rythme. J'appelle ça un développement qui n'est pas exagéré, qui n'est pas rapide non plus, qui est constant.» M. Miller se dit «très, très à l'aise» avec l'octroi d'une centaine de permis de construction par année. «On avance à un rythme que je juge très modéré. [...] On trouve que c'est raisonnable.»

Le lac Saint-Charles alimente quelque 280 000 foyers de la capitale, ainsi que toutes les maisons de Saint-Augustin-de-Desmaures, de Wendake et de L'Ancienne-Lorette. Le vaste réservoir est lui-même alimenté principalement par la rivière des Hurons qui sillonne les terres de Stoneham-et-Tewkesbury. La construction de nouvelles habitations dans cette cité du nord met donc de la pression sur le lac.

Dans un dossier publié dans Le Soleil il y a un an, des universitaires révélaient que la santé du lac Saint-Charles se détériore, qu'il a encaissé un choc écologique. Parmi les causes, l'érosion des sols causée par la coupe des arbres afin d'ériger des maisons. On pointait aussi l'agrandissement de l'autoroute 73/175.

«Ils ont bulldozé des vallées entières là d'où viennent les rivières qui alimentent le lac Saint-Charles. Et il y a beaucoup d'activités de construction résidentielle. [...] C'est ça, le vrai problème», dénonçait notamment le professeur Reinhard Pienitz. Biogéographe à l'Université Laval, il est entre autres spécialiste de l'étude des lacs.

Les sols drainés au nord suivent les rivières jusqu'au lac Saint-Charles, expliquait-il. Là, les plantes aquatiques, dont les algues bleu-vert toxiques, raffolent de cette nourriture. Les végétaux croissent et accaparent l'oxygène essentiel à la vie. En plus, les sédiments brouillent l'eau et remplissent le lac. Résultat, il vieillit précipitamment.

Warwick Vincent, professeur au Département de biologie de l'Université Laval et directeur scientifique du Centre d'études nordiques, faisait en outre remarquer que les stations d'épuration de Lac-

Delage et Stoneham-et-Tewkesbury déversent leurs eaux traitées dans les affluents du lac Saint-Charles. «Inhabituel», soulignait-il.

Le maire de Stoneham-et-Tewkesbury, Robert Miller, ne pense pas que la solution passe par l'étranglement de sa municipalité, par l'arrêt de sa croissance. Il dit respecter les paramètres fixés par la Communauté métropolitaine de Québec. Aussi, il rappelle que 136 résidences du secteur de la rivière des Hurons seront branchées au réseau des eaux usées d'ici un an.

«Ce qu'on a toujours dit à M. Labeaume que comme municipalité on fait partie de la solution et non du problème.»

Rencontre des maires 

Demain, les maires seront justement en rencontre au sujet du lac Saint-Charles, ajoute M. Miller. «C'est pour échanger sur l'eau potable dans la région.»

Au final, il sera question d'argent. De millions de dollars. Un rapport produit par la firme Roche indique que les stations d'épuration de Lac-Delage et de Stoneham-et-Tewkesbury traitent bien les égouts. Mais qu'elles ne pourront supporter la croissance démographique. Et qu'elles ont atteint leur limite d'efficacité. Quelqu'un devra payer la note.

Stoneham-et-Tewkesbury compte environ 7700 habitants. À côté, l'autre municipalité riveraine du lac Saint-Charles, Lac-Delage, ne compte que 640 habitants. Si on leur interdit de grossir, quelqu'un devra assumer les factures municipales...  

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