Saint-Hyacinthe et la biométhanisation: les citoyens dans le coup

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Les gens ont été nombreux à visiter les installations de l'usine de biométhanisation de Saint-Hyacinthe, lors d'une journée portes ouvertes le 7 juin.

Le Soleil, Frédéric Matte

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(Québec) Monique composte dans sa cour depuis 30 ans. Cette pionnière, qui était perçue comme une «marginale» et une «sorcière», se réjouit maintenant de voir que sa ville s'est lancée dans l'aventure de la biométhanisation.

«Ça fait 30 ans que je fais mon compost. C'est beau de voir que la Ville le fait maintenant à grande échelle», explique la dame de Saint-Hyacinthe.

Gilles St-Arnauld, lui, valorise aussi ses restes de table, qu'il envoie toutefois au bac brun plutôt que dans sa cour arrière. «Je mets ça dans un petit bac tous les jours et dans le bac brun le jour de collecte. On a pris l'habitude», dit-il.

Il faut dire que l'habitude du bac brun est ancrée à Saint-Hyacinthe, où la collecte des aliments, mais aussi du gazon et des feuilles, se fait depuis 2007.

La collecte est effectuée dans 23 municipalités environnantes, pour un potentiel de 32000 foyers et 93000 habitants.

Du nombre, 70 % participent à la collecte des matières, selon une récente compilation de la Régie intermunicipale d'Acton et des Maskoutains. Jusqu'à récemment, le contenu des bacs prenait la route d'un centre de compostage. Mais, depuis novembre, Saint-Hyacinthe est devenue la première ville au Québec à envoyer le tout à la biométhanisation, dans son Centre de valorisation des matières organiques (CVMO) inauguré en novembre. Coeurs de pommes, pelures de patates et os de poulet sont dorénavant «digérés» par les bactéries dans des biodigesteurs et transformés en gaz naturel, en terreau et en engrais.

Les nouvelles installations ont intéressé Monique et Gilles, qui ont pris part le 7 juin à une journée portes ouvertes pour visiter les différentes installations de biométhanisation dont Le Soleil faisait état dans son édition de samedi.

Bonne nouvelle

«Les gens ont des questions, ils sont contents et seront porteurs avec nous de cette bonne nouvelle», a dit le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil, à propos du caractère pionnier de la municipalité, la première au Québec a avoir pris le virage de la biométhanisation avec son usine de 48 millions $.

Mettre les citoyens dans le coup et les tenir informés des plans de la Ville au rayon de la biométhanisation a été essentiel, estime le maire Corbeil.

«On en a la preuve avec l'intérêt pour la visite aujourd'hui», estime-t-il. Au total, 355 personnes ont visité l'usine qui produit du biogaz avec les bacs bruns et les restes des entreprises agroalimentaires de la région.

Du groupe, des têtes grises, des familles, des gens visiblement bien au fait de la biométhanisation, d'autres moins. Les questions sont intéressées et intéressantes. Quand ces millions d'investissements seront-ils remboursés? Combien la Ville paiera-t-elle son litre d'essence? Est-ce que ça pue?

Dans l'autobus scolaire qui nous transporte d'un lieu à l'autre, le maire Claude Corbeil répond du tac au tac, lance chiffres, pourcentages et données techniques.

«Les gens apprécient ce qui est fait à Saint-Hyacinthe pour l'environnement; ils y participent de plus en plus», dit-il.

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Conseiller technique en traitement de l'eau, Pierre Mathieu est celui à qui tous attribuent en grande partie le succès de la biométhanisation. 

Le Soleil, Frédéric Matte

Pierre Mathieu, «rêveur» de la biométhanisation

Pierre Mathieu se lève la nuit pour penser à la biométhanisation. Déniché par la municipalité de Saint-Hyacinthe en 2008, il parle de bacs bruns, de biogaz et de boues municipales avec autant de passion qu'un artiste parle de son oeuvre.

«Pierre, c'est le cerveau de la biométhanisation. Sa femme dit qu'il en rêve la nuit», lance avec humour le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil.

Conseiller technique en traitement de l'eau, Pierre Mathieu est celui à qui tous attribuent en grande partie le succès de la biométhanisation sur le territoire de la ville de 53 000 habitants et de 23 autres municipalités des environs. La clé a été d'avoir nommé ce porteur de ballon à l'interne, estime le directeur général de la Ville de Saint-Hyacinthe, Louis Bilodeau.

Il faut dire que M. Mathieu a poussé le projet auprès d'un conseil municipal largement renouvelé en 2009. Il a aussi fait monter dans le train de la biométhanisation le maire Corbeil, arrivé en 2013.

«Les élus ont fait confiance à l'administration et notre meilleur vendeur a été notre Beauceron, Pierre Mathieu. Quand il a été convaincu, il a su convaincre les autres», explique M. Bilodeau.

Débordant d'enthousiasme

Sur le terrain, M. Mathieu déborde d'enthousiasme pour le Centre de valorisation des matières organiques inauguré en novembre. Lors du passage du Soleil à Saint-Hyacinthe la semaine dernière, il animait les visites de groupes de citoyens venus en apprendre sur l'usine de biométhanisation. «C'est extraordinaire», a lancé au Soleil celui qui a multiplié les initiatives pour «vendre» la biométhanisation.

Dès 2010, M. Mathieu a été à l'origine de la construction de trois biodigesteurs pour traiter les boues municipales. En septembre 2011, il a aussi entamé, avec le directeur du service de génie de l'époque, Pierre Gabrielli, une tournée de 10 jours en Europe. En France, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, ils ont cherché la meilleure façon de traiter le contenu des bacs bruns des citoyens et les restes des entreprises agroalimentaires locales. «Ils ont vu une quantité phénoménale d'installations. Ils ont compris que là-bas, la matière organique a une valeur et qu'il y a possibilité de produire une énergie renouvelable», poursuit M. Bilodeau.

Pierre Mathieu a aussi été nommé personnalité de l'année 2014 de l'Association pipeline du Québec qui récompense une personne du domaine de l'énergie. Il s'agissait d'une première pour un technicien municipal, le prix ayant été par le passé surtout décerné à des dirigeants comme Sophie Brochu de Gaz Métro en 2009 ou des chercheurs comme Antoine Ayoub de l'Université Laval en 2008.

Pour le directeur des travaux publics de Saint-Hyacinthe, Yvan De Lachevrotière, le fait d'avoir conservé à l'interne toutes les étapes de la biométhanisation a contribué au succès du projet.

Le système pour acheminer du gaz naturel vers des bornes pour alimenter les véhicules municipaux convertis a notamment été conçu par des employés municipaux, permettant ainsi d'épargner sur des contrats qui auraient autrement été octroyés à des firmes privées.

«La station de ravitaillement, par exemple, toute la conception et la construction a été réalisée par des ressources à l'interne», explique-t-il. «Donc on a sauvé des centaines de milliers de dollars.»

Une usine unique en son genre en chantier à Rivière-du-Loup

Même si elle est encore en chantier, l'usine de biométhanisation de Rivière-du-Loup a commencé, début juin, à produire du biométhane, ou gaz naturel liquéfié. Ce qui la distingue, selon ses porte-parole, c'estqu'elle s'approvisionne à deux sources différentes : les gaz des résidus de table provenant des bacs bruns et les gaz dégagés par le dépotoir de Cacouna, où elle a été construite.

«On est les premiers au Québec et même en Amérique du Nord à combiner deux types de gaz provenant de deux sources différentes pour en faire un seul produit utilisable pour le transport», décrit le directeur de l'environnement et du développement durabledelaVille de Rivière-du-Loup, Éric Côté. L'usine requiert des équipements plus robustes afin d'être en mesure de recevoir les gaz du dépotoir, qui sont davantage contaminés.

Le projet a germé dès 2008. L'année suivante, la Société d'économie mixte d'énergie renouvelable de la région de Rivière-du-Loup (SEMER) était formée. Le projet est évalué à 28 millions $, dont 15,5 millions $ proviennent du gouvernement du Québec. La Fédération canadienne des municipalités contribue pour un prêt de 7,5 millions $, assorti d'une subvention de 1 million $. Le reste du financement est assumé par les trois partenaires, soit la Ville de Rivière-du-Loup pour une participation de 40 %, la MRC du même nom pour une participation équivalente et un partenaire privé, Térix-Envirogaz, pour 20 %.

L'usine accueille les matières organiques de cinq MRC : Rivière-du-Loup, Kamouraska, Les Basques, La Mitis et La Matapédia, pour une population totale de plus de 100 000 habitants.

30 000 tonnes

«On a construit une usine qui est en mesure de traiter 30 000 tonnes de matières organiques, explique Éric Côté. On parle d'une production de trois millions de mètres cubes par année. C'est l'équivalent de trois millions de litres de diesel. Ça pourrait faire fonctionner 1200 véhicules de promenade en un an ou 100 camions à ordures.»

L'usine de Rivière-du-Loup est liée par une entente avec Gaz Métro Solutions Transport, qui achète une bonne partie de sa production. La balance du marché est à développer. Le prix du biométhane convenu dans l'entente est confidentiel, mais on sait que la molécule de méthane a une valeur établie sur le marché actuel qui équivaut à environ 75 % de la valeur du litre de diesel.

«Ça va bien, mais on démarre, fait savoir le directeur général de la SEMER. Nos équipements ne sont pas encore tous installés.» Selon Serge Forest, l'usine créera entre trois et cinq emplois. «C'est tout automatisé», précise-t-il. Johanne Fournier, Collaboration spéciale

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