L'agriculture bio peut être aussi productive que la conventionnelle

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Les comparaisons entre l'agriculture biologique et l'agriculture traditionnelle continuent de diviser les scientifiques.

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(Québec) Moins productive, l'agriculture «bio»? Moins payante pour les fermiers? Moins prévisible que la culture conventionnelle, qui peut compter sur des engrais et des pesticides, «au cas où»? Ces questions sont encore très controversées en science, mais pour faire lui-même la comparaison depuis des décennies, Jeff Moyer croit bien connaître la réponse : non, l'agriculture bio, quand elle est bien faite, n'a rien à envier aux techniques conventionnelles.

De passage cette semaine au Québec, où il prononcera une conférence à l'invitation de l'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement, un groupe de recherche de Québec, M. Moyer est directeur de ferme à l'Institut Rodale, en Pennsylvanie, où se déroule depuis 1981 la plus longue expérience scientifique de comparaison entre les méthodes industrielles et biologiques de production agricole.

«Il faut que les fermiers soient conscients des gestes qu'ils posent et de leurs impacts sur les sols, l'eau, la santé. [...] Alors à l'Institut, on regarde la chimie des sols, leur microbiologie, les émissions de gaz à effet de serre, la qualité et l'eau et les avantages économiques, parce que rien ne pourra se faire en agriculture bio s'il n'y a pas d'avantage économique. Et ce qui ressort, c'est que oui, on peut obtenir les mêmes rendements avec le bio, tout en consommant moins d'énergie, en émettant moins de GES, en polluant moins et en faisant plus d'argent», tranche-t-il.

Penser qu'une terre puisse produire autant sans engrais chimiques peut sembler aller contre le bon sens le plus élémentaire, mais l'idée, plaide M. Moyer, est que le sol a une vie qui aide la croissance des plantes. Or cette vie est anéantie par les engrais, les herbicides et les insecticides si bien que tous ces produits chimiques ne feraient essentiellement, au bout du compte, que compenser pour la vie qu'ils détruisent.

Études contradictoires

Quelques groupes de recherche autres que l'Institut Rodale ont eux aussi conclu que le «bio» peut être tout aussi productif que l'agriculture industrielle, mais c'est une position qui semble minoritaire dans la communauté scientifique. Deux importantes études publiées ces dernières années dans Nature et dans les Annales de la Société royale - Biologie indiquent plutôt que l'agriculture biologique est de 20 à 25 % moins productive - encore que l'écart est beaucoup plus mince dans certaines cultures comme les légumineuses.

M. Moyer en est bien conscient, mais cet écart s'explique selon lui «par ceux qui ont fait ces études et la façon dont ils s'y sont pris. En général, les fermiers obtiennent les mêmes résultats que nous. La transition de l'agriculture conventionnelle au bio est comme n'importe quelle autre transition : il y a un apprentissage à faire, que ce soit pour les fermiers ou pour les chercheurs. En bio, vous ne pouvez plus compter sur l'ajout d'intrants (engrais, pesticides), mais devez les remplacer par vos connaissances des sols, de la biologie des plantes, des insectes, etc.»

D'ailleurs, admet-il, l'Institut Rodale a lui-même connu une baisse de rendement au début des années 80, quand il a converti sa ferme au bio. Cette baisse initiale peut toutefois être évitée avec les bonnes rotations de culture, dit M. Moyer.

Mais... Mais si le bio a tant de si beaux avantages, alors pourquoi les fermiers ne se ruent-ils pas littéralement sur cette filière? Il y a bien quelques «conversions» chaque année, mais «vraiment pas assez», reconnaît M. Moyer, qui explique ce relatif manque d'engouement par un «système» de subventions qui incitent les agriculteurs à maintenir leurs manières de faire, ainsi que par des facteurs sociaux et culturels. 

«Si vous êtes un jeune fermier et que vous voulez faire le saut vers le bio, les fermiers plus âgés autour de vous ne le prendront pas nécessairement comme une bonne chose. À leurs yeux, ça peut vouloir dire qu'ils s'y prennent mal depuis des décennies. Dans des communautés rurales tissées serré, c'est une question difficile.»

M. Moyer prononce sa conférence ce matin à l'occasion de l'assemblée générale annuelle de l'IRDA, à Saint-Bruno-de-Montarville.

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