L'Ontario se rallie au marché du carbone

Kathleen Wynne souhaite que le gouvernement fédéral accepte... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Kathleen Wynne souhaite que le gouvernement fédéral accepte au moins de financer toute action qu'on s'engagera à prendre lors de la réunion à Ottawa. La première ministre de l'Ontario était de passage à Québec lundi.

Le Soleil, Yan Doublet

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<p>Michel Corbeil</p>

(Québec) La province la plus populeuse du Canada, l'Ontario, fera désormais partie du marché du carbone nord-américain qui ne comptait que deux joueurs, le Québec et l'État de la Californie. Elle a ratifié l'entente sur fond de querelle avec Ottawa.

La première ministre ontarienne Kathleen Wynne en a fait l'annonce, lundi, avant de se rendre à Québec, où se tient à compter d'aujourd'hui la conférence des premiers ministres du pays pour discuter des changements climatiques.

En août, lors d'un point de presse, toujours à Québec, avec son homologue Philippe Couillard, Mme Wynne avait évité de répondre si son gouvernement envisageait d'adhérer à la formule. «Nous avons fait beaucoup déjà pour réduire les gaz à effet de serre», s'était-elle contenté de mentionner.

Le gouvernement ontarien s'oriente finalement sur un marché qui vise la réduction des gaz à effet de serre (G.E.S.) par l'échange de «crédits carbone» entre entreprises. Il écarte l'idée d'une simple taxe sur le carbone, la voie suivie par la Colombie-Britannique.

La décision ontarienne est tombée deux jours après que la ministre fédérale de l'Environnement ait écrit à ses vis-à-vis des provinces. Leona Aglukkak a signalé que les gouvernements provinciaux ne lui ont pas déposé leur plan de lutte aux gaz provoquant les changements climatiques et qu'elles n'atteindront pas les cibles de réduction des G.E.S.

En entrevue télévisée à la CBC, le ministre ontarien de l'Environnement a décrié l'attitude de Mme Aglukkak. Ottawa ne veut que «se chicaner avec les provinces. C'est tout ce que M. Harper a vraiment réalisé dans ce domaine.»

Le ton s'est adouci, en cours de journée. Devant les journalistes, Mme Wynne a soutenu que l'important est «d'améliorer la situation» pour démontrer au reste de la planète qu'il est possible d'agir.

«Le gouvernement fédéral peut travailler avec nous sans crainte d'être jugé», a-t-elle dit, en ajoutant qu'elle attend avec impatience de connaître la stratégie de réduction d'Ottawa. «C'est facile de dire aux provinces de faire ceci ou cela», a-t-elle cependant glissé en guise de reproche.

Son hôte Philippe Couillard s'est fait encore plus nuancé, «sur un mode positif». Le chef du gouvernement québécois a retenu que la ministre fédérale veut échanger des informations lorsqu'elle dit attendre «des renseignements pour l'après-2020».

Par contre, ces données sur la réduction des G.E.S. prévue par Québec ne seront disponibles qu'à l'automne. «On ne les écrira pas sur un coin de table!»

Contacté dans la capitale fédérale, un porte-parole de la ministre a nié qu'Ottawa cherche querelle. Il a insisté sur le ton cordial de la missive de Mme Aglukkak, qui n'aurait pour but, selon lui, que d'obtenir des renseignements déjà réclamés, en novembre.

Système d'avenir

Les politiciens de Québec et de l'Ontario ont défendu le système du marché du carbone. Contrairement à l'imposition d'une taxe, ce modèle garantit l'abaissement graduel du total de G.E.S. émis dans l'atmosphère, ont expliqué divers porte-parole.

Même s'il n'y a que trois gouvernements participants, a expliqué le ministre québécois des Finances Carlos Leitao, il ne faut pas oublier qu'avec «30 millions de personnes, l'économie de la Californie, est plus grande que celle du Canada tout entier».

Philippe Couillard a noté que l'adhésion de l'Ontario fait en sorte que «plus de la moitié de la population canadienne» vit sur un territoire ouvert au marché du carbone. Il s'attend à ce que cette signature agisse comme un catalyseur auprès de nombreux États américains et plusieurs provinces et territoires canadiens.

La décision de l'Ontario de se joindre au marché du carbone a été applaudie par Équiterre. «Ce faisant, 74 % de la population canadienne (le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique) ont maintenant un système de prix sur les émissions de gaz à effet de serre», a indiqué dans un communiqué de presse Steven Guilbeault. Le Conseil patronal de l'environnement du Québec de même que Greenpeace se sont notamment réjouis du nouvel adhérent au modèle mis de l'avant par Québec.

Absence remarquée du PM de l'Alberta

Trois premiers ministres ont fait l'impasse sur la rencontre à Québec pour discuter des changements climatiques. L'absence la plus remarquable? Celle de Jim Prentice, dont le gouvernement albertain est en campagne électorale dans la province par excellence du pétrole.

Même si le Parti progressiste-conservateur règne depuis 1971, son chef ne s'éloignera pas du territoire albertain. Il a plutôt délégué au sommet qui se tient à Québec deux hauts fonctionnaires.

Lors d'un point de presse commun, M. Couillard, l'initiateur de la réunion, et son homologue de l'Ontario, Kathleen Wynne, ont reconnu que la province de l'Ouest est au centre de la problématique, en tant que producteur pétrolier.

«Je suis très optimiste qu'une fois le scrutin terminé, quel que soit le premier ministre albertain, nous serons capables d'engager une conversation sur ce qu'il peut faire», a avancé la chef du gouvernement ontarien. «Parce que l'économie de l'Alberta est ce qu'elle est, parce qu'ils ont une dépendance à l'industrie des énergies fossiles, cela ne veut pas dire que des technologies ne peuvent être développées, que des progrès ne peuvent être réalisés.»

Réalisme optimiste

«Nous devons demeurer réalistes et optimistes sur ce qui est possible, a poursuivi Kathleen Wynne. C'est évident qu'il y aura une transition [hors d'une économie dominée par le pétrole]. Dans une province comme l'Alberta, c'est une situation encore plus tranchée.»

Philippe Couillard a insisté pour dire que «la richesse créée dans l'Ouest bénéficie à tous les Canadiens, ce qui nous inclut, nous, dans l'Est. Je crois, a-t-il ajouté, qu'il y a un désir en Alberta de s'attaquer au problème.

«Je ne vois pas pourquoi, a enchaîné le premier ministre québécois, pourquoi l'Alberta ne pourrait être la Norvège du Canada. Ils ont toute l'expérience, toute la technologie, toutes les universités, tous les talents nécessaires, pour orienter leur économie dans la bonne direction sans perdre leur richesse.»

Pour M. Couillard, la conférence qu'il préside n'a pas pour but d'identifier des bonnes provinces et d'autres qui seraient délinquantes dans la lutte contre les changements climatiques. Le message du chef du gouvernement québécois est «qu'il y a plusieurs façons de lutter contre les changements climatiques. Il y a plus qu'une façon de fixer un prix pour le carbone.»

Au Sommet qui s'ouvre mardi matin, l'Île-du-Prince-Édouard sera sans représentant politique. La province est aussi en campagne électorale. La première ministre de la Colombie-Britannique, Christy Clark, ne se rendra pas non plus à Québec. La ministre de l'Environnement Mary Polak devait la représenter. Un déversement de pétrole à Vancouver l'a contrainte à demeurer dans l'Ouest pour gérer la situation.  

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