Basse-ville de Québec: une chaleur accablante pour la santé

Le quartier Saint-Roch a été pris en compte... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Le quartier Saint-Roch a été pris en compte dans l'étude de l'Institut national de recherche scientifique portant sur les effets de la chaleur accablante sur la santé. Il fait partie des quartiers «les plus denses, les plus pauvres et ceux où il y a le moins de parcs», note le médecin Pierre Gosselin, coauteur de l'étude.

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(Québec) À 90 % sous l'influence d'îlots de chaleur, les quartiers de la Basse-Ville de Québec sont aussi les plus denses, les plus pauvres et ceux où il y a le moins de parcs sur leur territoire. Résultat : résidents et travailleurs y sont plus à risque de subir des effets négatifs sur leur santé. Et la capitale est loin d'être un chef de file pour contrer le phénomène.

Les effets de la chaleur accablante sur la santé sont avérés, surtout chez les populations à risque comme les personnes âgées ou les citoyens atteints de maladies chroniques.

Si des données existent sur le nombre d'hospitalisations et l'excès de mortalité en situation de chaleur extrême, peu ont été produites selon l'état de santé autorapporté des répondants. C'est ce vide qu'a voulu combler l'Institut national de recherche scientifique dans une étude dont le rapport final a été publié cet hiver.

Le groupe de chercheurs a axé ses travaux sur les quartiers défavorisés des neuf villes les plus populeuses de la province, dont Québec. Sur près de 3500 citoyens interrogés en 2011, 46 % ont admis ressentir des effets néfastes de la chaleur sur leur santé, souvent physiques, alors que 12 % ont affirmé avoir consulté leur médecin expressément en lien avec un épisode caniculaire.

Pierre Gosselin, coauteur de l'étude et médecin responsable de l'effet des changements climatiques à l'Institut national de santé publique (INSPQ), mentionne que ces résultats sont très probants, notamment à Québec, championne des îlots de chaleur dans ses quartiers centraux. «C'est majeur. C'est une des premières études qui se faisaient de ce type-là», a-t-il affirmé.

La proportion de consultations auprès d'un médecin peut sembler faible, à 12 %. Mais selon M. Gosselin, le fait que près de la moitié des répondants ait la perception d'être en moins bonne santé en raison de la chaleur est un signe à ne pas négliger. «Ça peut être précurseur à des problèmes plus graves dans deux ou trois ans. [...] Si quelqu'un ne se sent pas en bonne santé, c'est un des meilleurs prédicteurs de problème de santé. C'est ça, l'intérêt de notre étude», a-t-il expliqué.

Les quartiers Saint-Roch, Saint-Sauveur et certaines portions de Limoilou et de Vanier ont été pris en compte dans l'étude. «Ce sont les quartiers les plus denses, les plus pauvres et ceux où il y a le moins de parcs», note M. Gosselin.

Combinée aux conditions socioéconomiques des quartiers défavorisés, la chaleur peut amplifier les problèmes de santé déjà existants chez certains groupes plus vulnérables, ajoutent les chercheurs. «L'ajout d'un stress thermique à des organismes déjà stressés pourrait donc être suffisant pour que les personnes éprouvant un stress quotidien élevé perçoivent davantage d'impacts sanitaires dans un contexte de chaleur.» Les femmes de 45 à 64 ans ont été identifiées comme le groupe le plus à risque.

Toutefois, Pierre Gosselin affirme que toutes les tranches de la population peuvent souffrir de la chaleur, et ce, à tout moment. «La seule autre étude [du genre] a été faite au Canada. Ils avaient noté le même pattern que les impacts se passent à tout âge. [...] Ça a des effets importants sur les travailleurs qui travaillent à l'extérieur. Ils en souffrent pas mal. [...] Même les jeunes. Ils doivent aller travailler, doivent continuer d'être actifs.»

Québec, «pas un chef de file»

Concernant la Ville de Québec, M. Gosselin admet que l'administration en place n'a pas démontré qu'elle souhaitait lutter efficacement contre les îlots de chaleur.

«Non, ce n'est vraiment pas un chef de file», lance-t-il sans hésitation. Même que la capitale va plutôt dans le sens inverse. «C'est clair que ce qu'ils font en termes de mode de densification, ils créent des îlots de chaleur en ce moment.» Une tour de 20 étages est notamment en construction dans le quartier Saint-Roch.

«Le Phare, c'est un autre îlot de chaleur... (Photo fournie par le Groupe Dallaire) - image 2.0

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«Le Phare, c'est un autre îlot de chaleur qui s'en vient», prévient Pierre Gosselin, de l'Institut national de santé publique du Québec. 

Photo fournie par le Groupe Dallaire

Le même problème à venir dans Sainte-Foy

En plus des quartiers centraux, la Ville de Québec est en train de voir pousser un autre immense îlot de chaleur à l'ouest, dans Sainte-Foy. Le Phare, le projet de tour de 65 étages du promoteur Michel Dallaire, ne ferait pas exception. «Le Phare, c'est un autre îlot de chaleur qui s'en vient», prévient Pierre Gosselin, de l'Institut national de santé publique du Québec. «Il est clair qu'il sera climatisé 100 %, on va aller là en auto. On a 20 secondes pour traverser huit voies...», a-t-il énuméré. «On ne voit pas de mesures de compensation pour le piéton.»

Même sans l'immense tour, le secteur du boulevard Laurier et de la route de l'Église constitue déjà un développement inadapté aux éventuels changements climatiques et à une augmentation de la température, précise M. Gosselin. «Tous les nouveaux bâtiments sur de l'Église, les parkings arrivent au trottoir. Il n'y a plus de place pour planter un seul arbre.»

Selon le médecin, dans l'état actuel des choses, la Ville et les promoteurs développent «à l'ancienne», comme l'ont fait remarquer plusieurs critiques du mégaprojet. «Là, on ne pense pas à ça [le réchauffement climatique], mais néanmoins, on s'en va vers ça. Un arbre qu'on coupe, il ne sera plus là pour servir. Si on plante des petits, ils ne seront pas très utiles», a-t-il expliqué, soulignant que le nombre de journées chaudes par été augmentera considérablement d'ici 2050.

Pierre Gosselin rappelle finalement que dans les îlots de chaleur, au centre-ville comme dans Sainte-Foy, la température ressentie peut être de 10 °C supérieurs à celle enregistrée à l'aéroport de Québec. «S'il fait 30 °C, il fait 40 °C.»

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