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L'algue didymo nuirait à la croissance des jeunes saumons

La biologiste Carole-Anne Gillis a constaté que les... (Photothèque Le Soleil)

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La biologiste Carole-Anne Gillis a constaté que les juvéniles qui vivaient dans un secteur envahi par didymo ne «déménageaient» pas, y restant fidèles malgré tout.

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(Québec) Depuis que l'algue didymo est apparue dans les rivières de Gaspésie, en 2006, tout le monde craint qu'elle nuise au «roi» de l'endroit, le saumon atlantique. Or jusqu'à maintenant, aucune étude n'avait encore vraiment trouvé d'effets négatifs. Mais la biologiste Carole-Anne Gillis croit bien avoir mis le doigt sur le bobo : d'après les données préliminaires qu'elle a recueillies dans un tributaire de la Matapédia, les saumons juvéniles croissent moins vite en présence de l'algue.

Didymo est une algue microscopique, mais qui forme des tapis pouvant avoir plusieurs centimètres d'épaisseur au fond des rivières où elle s'installe. «Il y avait eu des études en Islande et en Norvège, ainsi que dans l'île de Vancouver, qui avaient regardé la densité de saumons qui repartaient vers la mer [après deux années de croissance en eau douce, NDLR]. Et les résultats n'étaient pas concluants, ça ne démontrait pas que l'arrivée de didymo avait diminué le nombre de saumons qui ressortaient des rivières», dit Mme Gillis.

Fidèles malgré tout

La petite algue ne signe donc pas l'arrêt de mort d'une rivière à saumon. Mais la chercheuse a capturé, étiqueté et relâché 214 alevins dans la rivière Milnikek au début de l'été 2012; du nombre, 80 ont pu être suivis, et 47 ont même été recapturés à la fin de l'été. Cela lui a permis, d'abord, de constater que les juvéniles qui vivaient dans un secteur envahi par didymo ne «déménageaient» pas, y restant fidèles malgré tout. Mais cela a surtout permis de constater qu'en présence de tapis d'algue, les tacons grandissent moins vite.

«L'effet peut sembler minime en termes de grammes. [...] Ça fait environ un gramme de différence sur le poids corporel en fin de saison, mais on parle de juvéniles qui pèsent en moyenne 9,5 g. Donc, 1 g là-dessus, c'est sûr que c'est considérable», dit-elle.

À l'échelle humaine, c'est l'équivalent d'une différence d'à peu près huit kilogrammes (de 15 à 20 livres) sur un adulte. Significatif, donc...

Mme Gillis a présenté ces résultats lors d'une conférence du Groupe de recherche inter-universitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL), mais elle tient à souligner qu'il s'agit là de données et d'interprétations encore préliminaires.

Des analyses sur la disponibilité des proies, que Mme Gillis a menées en 2010, lui suggèrent tout de même une piste d'explication. «On regarde beaucoup la densité des proies [dont se nourrissent les jeunes saumons] et la proportion de divers types de proies. En présence de didymo, on a noté qu'il y avait beaucoup plus de petites proies, et on pense que ces proies-là n'ont pas une grande valeur calorique. Mais c'est spéculatif pour l'instant. Mais une autre étude faite au Colorado [sur la truite, pas encore publiée, NDLR] avait aussi trouvé que la taille des proies est plus petite quand il y a des tapis de didymo», explique Mme Gillis.

Maintenant, si le nombre de jeunes saumons qui quittent leur rivière natale semble rester le même, quelles sortes de conséquences un poids plus faible à l'arrivée en mer peut-il avoir? Il est encore trop tôt pour le dire, indique la chercheuse. Et bien que l'année 2014 a été «désastreuse» pour le nombre de saumons adultes qui ont remonté les rivières gaspésiennes, il y a trop de facteurs à l'oeuvre (climat, prédation en mer, etc.) pour faire un lien.

Depuis plusieurs siècles

Rappelons que, contrairement à ce qu'on a longtemps pensé, didymo n'est pas une espèce envahissante importée en Gaspésie dans les années 2000 par des pêcheurs imprudents. Une autre étude menée par Mme Gillis et publiée l'an dernier a en effet trouvé des algues didymo dans des sédiments gaspésiens remontant à plusieurs siècles, possiblement jusqu'à 700 ans. Ces résultats (et d'autres) accréditent la thèse selon laquelle il s'agit plutôt d'une algue présente pratiquement partout sur Terre, mais qui, dans certaines conditions, peut se mettre à proliférer - et ces conditions semblent apparaître plus souvent sous nos latitudes à la faveur des changements climatiques.

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