La tendance au bac et non au sac

Québec imposera, dès avril, le retrait des bacs... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Québec imposera, dès avril, le retrait des bacs bleus et le retour aux sacs de plastique à de nombreux résidents du centre-ville.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) La Ville de Québec fera rouler ses bennes à contre-courant : le retour à la collecte des ordures et des matières recyclables en sac n'est pas en vogue. La capitale ajoutera ainsi des déchets plastique dans l'environnement et risque fort de réduire la quantité de rebuts soustraits à l'enfouissement. Sans nécessairement économiser.

«L'utilisation de sacs n'est pas la tendance actuelle», fait remarquer l'attaché de presse de Recyc-Québec, Rébecca Salesse. «[Québec] est une des seules municipalités qui le fait.»

Le Soleil annonçait vendredi que la capitale avait décidé d'imposer, dès avril, le retour au sac plastique à de nombreux résidents du coeur de la cité. Autant pour les détritus qu'on destine à la décharge que pour les détritus qu'on espère recycler. Un sac opaque pour le dépotoir, un sac transparent pour le centre de tri.

Ainsi, surtout dans le Vieux-Québec, le Vieux-Limoilou, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch et Saint-Sauveur, les citoyens et les commerçants recevront sous peu un avis de la Ville. Des dizaines de milliers d'entre eux devront remiser leurs bacs pour n'utiliser que des sacs.

«Je ne comprends pas.» Le directeur général du Conseil régional de l'environnement, Alexandre Turgeon, est sous le choc. Il ne s'attendait pas du tout à un tel recul. «À mon avis, ce n'est pas la voie à prendre. [...] Ça ne m'apparaît pas comme une solution intelligente.»

Au premier chef, il juge la mesure discriminatoire pour les habitants du centre-ville, qui devront payer pour des sacs alors que leurs concitoyens des autres arrondissements reçoivent gratuitement des bacs bleus. «Elle est où, l'équité, pour les citoyens?»

Même chose pour les commerçants, les entrepreneurs, qui devront dépenser davantage : «Ça finit par coûter cher, la gestion des déchets.» S'il faut remplacer les nombreux bacs roulants par des sacs, un employé devra s'atteler à la tâche... «Est-ce que la Ville pense aux coûts pour les entreprises?»

Sacs à acheter soi-même

«On pense qu'il va y avoir des impacts négatifs», ajoute-t-il. «Il y a des gens qui vont commencer à être pas mal moins attentionnés.» Des matières recyclables dans le sac noir, des cochonneries dans le sac transparent. «Qu'on t'oblige à l'acheter en plus... Je vais jeter ça aux déchets?»

Et il n'est pas encore question de la collecte éventuelle des restes alimentaires, des matières compostables...

Une étude réalisée par Recyc-Québec donne raison à M. Turgeon. Dans le document publié en 2006, on observait que les citoyens recyclent moins lorsqu'ils utilisent le sac plastique.

Aussi, la pratique est complètement à l'opposé des normes promues en matière de gestion des poubelles. «La réduction à la source a une place prédominante. C'est le premier principe», souligne Rébecca Salesse, de Recyc-Québec. Ajouter des sacs dans la chaîne va à l'encontre de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles. Même si on se targue de les recycler par la suite. «Nous, on va préconiser les bacs.» L'organisme étatique se dit néanmoins «compréhensif» et «réaliste» face aux défis que doivent relever les municipalités.

À Montréal, quelques arrondissements tolèrent aussi les sacs. «Ce n'est pas ce qui est le plus répandu», note une porte-parole, Geneviève Dubé. Mais le Plateau-Mont-Royal, notamment, demande le sac transparent ou bleu pour le recyclage. Les édifices de neuf logements et plus ont néanmoins droit au bac roulant.

Au fait, la Ville n'entend pas économiser gros avec l'imposition des sacs dans les secteurs densément peuplés. Elle devra maintenant y envoyer quotidiennement des camions pour cueillir ces sacs. Les voitures et autobus circuleront toutefois plus aisément si les bennes s'arrêtent moins longtemps, escompte-t-on. Et les bacs n'entraveront plus le passage des piétons.

Il y aura un effort à faire pour le citoyen. La première semaine, quelque 40 000 sacs pour le recyclage seront distribués gratuitement de porte en porte, annonce Steeve Verret, conseiller municipal responsable du dossier de l'environnement au conseil exécutif. Par la suite, il faudra visiter son bureau d'arrondissement pour s'en procurer. Rapidement, il ne sera plus possible d'en obtenir sans frais; il faudra les acheter.

Pas un retour en arrière, dit Verret

Est-ce qu'on ne retourne pas un peu en arrière en revenant aux sacs de plastique ? «Non pas du tout», assure le responsable de l'environnement au conseil exécutif de la mairie, Steeve Verret.

Le «processus» de collecte des matières résiduelles est en «révision» depuis 2013, explique le conseiller municipal. On aurait constaté que les besoins ne sont pas les mêmes dans les différents quartiers, dit-il. «Donc on est venu à la solution qui fallait aller, à l'intérieur des murs [du Vieux-Québec] avec un retour au mode en sac autant pour la collecte des déchets et le recyclage. Donc, deux sacs différents qui vont être utilisés à l'intérieur des murs.»

Toujours au centre-ville, mais dans les secteurs légèrement moins denses, les citoyens auront le choix entre leurs bacs ou des sacs. Plus loin du coeur historique de la capitale, le bac gardera son trône, explique le conseiller. Sauf que la collecte ne sera réalisée qu'aux deux semaines, plutôt que sur une base hebdomadaire.

Une économie?

Sur les artères commerciales et dans les quartiers les plus populeux, les sacs seront ramassés les soirs, six fois par semaine. Tous les jours ? «À tous les jours les sacs seront ramassés à partir du mois d'avril.»

Au fait, des économies seront réalisées ? Pas dans le secteur La Cité, puisque les camions sillonneront les rues chaque soir. «Mais quand on prend le projet global, on a eu des résultats assez impressionnants.» 

Le gain le plus substantiel est obtenu en réduisant la fréquence de la collecte dans les secteurs périphériques, dans les arrondissements Les Rivières et La-Haute-Saint-Charles. Le rabais consenti par les entreprises est d'environ 20 %, selon M. Verret. On espère épargner environ 1 million $ cette année.  Baptiste Ricard-Châtelain avec Stéphanie Martin

Bac ou sac ?

Petit bac ouvert

RAM*: environ 131 kilos

CC**: autour de 147 $/tonne

Gros bac roulant

RAM*: environ 165 kilos

CC**: autour de 151 $/tonne

Sac en plastique

RAM*: environ 100 kilos

CC**: autour de 168 $/tonne

*Rendement annuel par ménage

** Coût de collecte

Source: Guide sur la collecte sélective des matières recyclables, Recyc-Québec (2006)

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