Freezway: patiner jusqu'au boulot à Edmonton

Cette maquette tirée du travail de maîtrise en... (Images fournies par Matthew Gibbs/UBC)

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Cette maquette tirée du travail de maîtrise en architecture de Matthew Gibbs montre un segment de la Freezeway que les gens d'Edmonton pourraient emprunter pour se rendre au travail. L'utilisation d'un large trottoir en plein centre-ville permet la proximité avec des commerces et des restaurants.

Images fournies par Matthew Gibbs/UBC

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(Québec) Matthew Gibbs vient d'Edmonton et il aime sa ville. Une ville d'hiver. Mais le jeune architecte croit qu'on n'y exploite pas assez le fait de vivre sous zéro près de la moitié de l'année. Sa solution: faire patiner ses concitoyens sur une longueur de 11 kilomètres.

L'idée est un peu folle, mais belle et réaliste, selon l'architecte qui a pensé à la Freezeway, un gigantesque parcours de glace qui permettrait aux habitants de la capitale albertaine d'enfiler leurs patins pour se rendre au travail, au magasin, au restaurant. Ou pour patiner, tout simplement.

«Ce serait une façon de faire bouger les gens d'Edmonton, leur donner une nouvelle façon d'explorer la ville. Et aussi de donner une identité nordique forte à la ville», énumère Matthew Gibbs, que Le Soleil a joint à Vancouver.

Au bout du fil, l'architecte de 29 ans parle avec enthousiasme de son projet et il se réjouit de l'accueil largement favorable à cette idée qui a germé alors qu'il était étudiant.

Il en a fait son projet de maîtrise en architecture urbaine à l'Université de Colombie-Britannique (UBC).

Rendue publique pour la première fois en 2013, la Freezeway a explosé dans l'actualité depuis trois semaines à la faveur d'une présentation à une conférence des villes d'hiver (Winter Cities Shake-Up 2015). Depuis, les demandes d'entrevues se multiplient et M. Gibbs sent un intérêt sincère pour son idée. Des médias à travers le Canada ont fait écho à son projet qui va bien au-delà de l'aménagement urbain.

«Il touche aussi la santé, l'activité physique et avec un volet social», explique-t-il.

Enfiler les patins pour aller travailler pourrait aussi réduire le nombre d'automobiles sur les routes, espère-t-il, soulignant le caractère environnemental de sa Freezeway.

Pour son projet, l'architecte propose d'utiliser des portions de pistes cyclables, des bouts de terrains vagues qui, dit-il, seraient relativement simples à convertir en patinoire le froid venu.

La Freezeway relierait des commerces, des restaurants, des parcs ou encore le secteur de l'aréna où évoluent les Oilers. La piste serait aussi utilisée à vélo en été.

«Edmonton vit cinq mois par an en hiver, il faut adopter ce climat, l'intégrer», estime Matthew Gibbs. «J'ai la conviction qu'on n'utilise pas assez ce potentiel que permet une ville d'hiver. Je me suis dit: pourquoi ne pas faire des activités plus "canadiennes"?» poursuit celui qui n'a rien laissé au hasard dans l'élaboration de son parcours qui s'inspire aussi d'exemple d'ailleurs, dont la piste The Forks à Winnipeg.

La longue patinoire edmontonienne telle qu'il l'a imaginée serait ponctuée de bâtiments pour prendre une pause ou encore louer des patins. Transport, divertissement, sports, activité familiale : la route glacée serait ouverte à tous, peu importe la raison ou la qualité de son coup de patin.

«On ne parle pas de créer une glace parfaite comme celle d'un anneau olympique, illustre M. Gibbs en entrevue. Elle pourrait être un peu cahoteuse par bouts.» Il évoque que les gens pourraient marcher sur des tapis de caoutchouc avec leurs patins pour les segments plus difficiles à entretenir.

Alors, quand verrons-nous les gens d'Edmonton patiner pour aller au boulot? Le projet est de longue haleine et, si elle se réalise, la Freezway serait vraisemblablement aménagée en plusieurs phases. Mais un projet-pilote est dans l'air pour l'hiver prochain, se réjouit M. Gibbs. Le club de ski d'Edmonton est dans le coup. «Nous avons des contacts et des rencontres», dit-il.

Attrait touristique

Si l'objectif de la Freezeway est avant tout de faire bouger la population locale et d'entretenir son attachement à la capitale albertaine, Matthew Gibbs reconnaît qu'un tel parcours patinable a aussi a un fort potentiel touristique.

À Vancouver, une ville qui n'a pourtant rien à envier à ses consoeurs canadiennes, l'idée séduit. «Des gens ici me disent que si la Freezeway voit le jour, ils vont venir visiter Edmonton», lance-t-il. De la Colombie-Britannique où il habite présentement, l'architecte admet s'ennuyer de l'hiver dans sa ville natale. «J'ai l'impression qu'il me manque quelque chose, la beauté des paysages couverts de neige», explique celui qui aime enfiler ses patins.

«Mes parents ne m'ont jamais inscrit au hockey et j'ai toujours été jaloux!» lance l'architecte dans un éclat de rire. Mais je suis quand même devenu un bon patineur.»

«Ridicule», dit un conseiller

Mais à Edmonton, tous ne partagent pas l'enthousiasme de Matthew Gibbs et de certains citoyens. Du côté politique, la Freezeway a été reçue avec une certaine ambivalence. Et même plutôt... froidement.

Un conseiller municipal, Mike Nickel, a même qualifié l'idée de «stupide». «De toutes les priorités que nous avons, suggérer d'aller travailler en patins est ridicule», a-t-il lancé, comme cité par le Edmonton Sun en janvier. Un autre conseiller, Ben Henderson, s'est de son côté montré plus chaleureux, estimant qu'il y avait dans l'idée de la Freezeway «quelque chose à explorer». Le maire Don Iveson, rapporte le Sun, est resté prudent dans ses commentaires. «Je suis heureux de voir les gens exercer leur créativité, a-t-il dit en soulignant toutefois qu'aucun projet formel n'a pour l'instant été déposé aux autorités municipales. «Mais pour l'instant, nos priorités sont d'assurer des rues sécuritaires et que les gens s'approprient les infrastructures déjà existantes pour le ski et le patin.»

Qui payera?

Patiner pour aller travailler. Admirer le paysage et s'amuser pendant 10 kilomètres, c'est bien beau, mais comment on finance tout ça?

La question n'étonne pas Matthew Gibbs, à l'origine de la Freezeway à Edmonton. Il rejette d'emblée l'idée que son projet ne se réaliserait que par l'injection de fonds publics. La population d'Edmonton, assure-t-il, voudra contribuer. Les citoyens pourraient, dit-il, montrer leur soutien par le sociofinancement, comme ils l'ont fait l'an dernier pour illuminer un pont de la capitale albertaine, le High Level Bridge.

«La campagne Light the Bridge, basée sur le financement populaire, a permis de récolter 2 millions $. Les gens donnaient 25 $ pour acheter une ampoule. Ça pourrait être fait de cette même façon. C'est un peu ma réponse à ceux qui sont préoccupés par le coût du projet», explique M. Gibbs. Tiens, tiens, du financement pour un pont. Il faut croire que Québec et Edmonton n'ont pas que l'hiver en commun. Mais ça, c'est une autre histoire...

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