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La plus grande harde de caribous du Québec en danger

Le troupeau de la rivière aux Feuilles, qui... (Photo Joëlle Taillon)

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Le troupeau de la rivière aux Feuilles, qui occupe la partie nord-ouest du Québec, montre plusieurs des signes annonciateurs de déclin que l'on a vus il y a 20 ans dans la harde de la rivière George, qui vit à cheval sur le Québec et le Labrador.

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(Québec) Les dernières nouvelles ne sont pas bonnes pour la plus grande harde de caribous du Québec, le «troupeau de la rivière aux Feuilles». Même si elle parvient à maintenir sa population autour de 400 000 têtes depuis plusieurs années, les inventaires menés en octobre par le gouvernement montrent un nombre de juvéniles anormalement bas. Une situation que le spécialiste des grands herbivores de l'Université Laval Steeve Côté qualifie d'«inquiétante» et qui commence à rappeler drôlement celle de l'autre harde québécoise, le troupeau de la rivière George, dont la population s'est complètement écroulée depuis 20 ans.

«Ça fait quand même plusieurs années que les taux de recrutement [le nombre de faons par 100 femelles, un indicateur de la tendance à venir pour une population] sont relativement bas pour le troupeau de la rivière aux Feuilles, qu'ils indiquent une population relativement stable, qui ne croît pas. Il y a des bonnes et des moins bonnes années, mais globalement, on se maintient [autour de 30 à 35 faons par 100 femelles]. Mais là, cette année, c'est nettement plus bas qu'avant. Si ça n'arrive qu'une seule fois, ce ne sera peut-être pas si grave à moyen terme, mais si ça se répète, ça va être un problème», dit M. Côté.

Impossible, pour l'instant, d'avoir des chiffres précis : le chercheur ne peut pas les rendre publics parce qu'ils appartiennent au ministère des Ressources naturelles - lequel, à l'heure de mettre sous presse, n'avait pas donné suite aux demandes du Soleil à ce sujet. On ignore aussi si les faons sont moins nombreux parce que la prédation est plus forte ou parce que les caribous se reproduisent moins. Mais pour avoir consulté les données de cette année, M. Côté les juge «inquiétantes».

C'est qu'avec cette baisse des taux de recrutement, le troupeau de la rivière aux Feuilles, qui occupe la partie nord-ouest du Québec, montre désormais plusieurs des signes annonciateurs de déclin que l'on a vus il y a 20 ans dans la harde de la rivière George, qui vit à cheval sur le Québec et le Labrador. En plus du faible nombre de faons, les caribous de la rivière aux Feuilles sont en effet en mauvaise santé depuis plusieurs années.

«Ils sont maigres, ils ont peu de réserve corporelle et une faible masse, témoigne M. Côté. On n'a pas d'information là-dessus pour cette année, ça coûte une fortune avoir des données comme ça. Mais ce qu'on sait, c'est qu'à l'époque où le "George" approchait de son maximum [tournant des années 90], les animaux avaient déjà commencé à subir les effets de la grande taille de la population. Ils étaient beaucoup plus petits que ceux du "Feuilles". Et depuis les années 2000, ceux du George ont assez bien remonté et ceux du Feuilles ont redescendu jusqu'aux niveaux que le George avait à la fin des années 80.»

Celui-ci comptait pas moins de 800 000 individus en 1995, mais le dernier relevé, effectué cet été, n'en a dénombré que 14 200 - une chute vertigineuse de plus de 98 %.

Fait intéressant (et encourageant), les inventaires de cet automne ont également montré que les taux de recrutement du «George» ont connu une nette amélioration par rapport aux dernières années. «On ne parle pas encore d'un taux de recrutement qui indiquerait que le troupeau récupère, mais cela reste une bonne nouvelle dans les circonstances», dit M. Côté.

Espoir

En ce qui concerne le «Feuilles», il est encore permis d'espérer que l'écroulement appréhendé n'aura pas lieu. Un petit nombre de jeunes est un mauvais signe, mais la survie des juvéniles est connue pour varier passablement - encore que M. Côté dit n'avoir jamais vu des taux aussi faibles que cette année pour ce troupeau-là.

«C'est un indicateur de déclin parmi d'autres. Mais le gros point, c'est la survie annuelle des femelles. Pour le George, ça a été ça, le point tournant. [...] Du côté du Feuilles, la survie des femelles est encore supérieure à celle du George, on n'a pas de signe que ça a commencé à diminuer. Mais d'un autre côté, pour les modalités de chasse, il ne faut pas attendre que ça commence à baisser non plus parce que rendu là, il sera trop tard ou presque.

«Et à un moment donné, il va bien falloir avoir une évaluation fiable de la chasse de subsistance [par les autochtones], parce qu'en ce moment, on n'en a pas, et on pourrait avoir de mauvaises surprises. C'est une des informations les plus importantes, et on l'a pas», signale le biologiste.

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