Industrie des gaz de schiste: le jeu n'en vaut pas la chandelle

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Photo aérienne d'un forage pour trouver du gaz de schiste.

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(Québec) C'est un feu «jaune foncé», sur le point de virer au rouge, que le BAPE a servi à l'industrie des gaz de schiste, dans un rapport rendu public lundi. Le développement de cette filière énergétique impliquerait trop peu de retombées économiques, trop d'émission de gaz à effet de serre et des dérangements trop forts dans des régions trop populeuses pour que le jeu en vaille la chandelle, selon le document.

«En raison de l'ampleur des impacts potentiels associés aux activités de l'industrie du gaz de schiste dans un milieu aussi peuplé et aussi sensible que les basses-terres du Saint-Laurent, [...] la commission d'enquête est d'avis qu'il n'est pas démontré que l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent avec la technique de fracturation hydraulique, serait avantageuse pour le Québec», concluent les commissaires.

Les risques de contamination de la nappe phréatique, dont on a tant parlé dans ce dossier, sont dans l'ensemble faibles, écrivent-ils. Mais il reste des «incertitudes» à cet égard, car le sous-sol québécois est encore trop mal connu. Le BAPE recommande d'ailleurs d'augmenter la distance verticale minimale de 400 mètres entre la nappe phréatique et le point où l'on fracture la roche.

Ce qui semble certain, cependant, c'est que l'industrie des gaz de schiste, si elle prenait son envol ici, pèserait lourd sur le bilan des gaz à effet de serre du Québec. Ces gaz proviendraient de la machinerie et des camions, bien sûr, mais aussi beaucoup d'émanation fugitive de méthane (principale composante du gaz naturel), dont l'effet de serre est 20 à 25 fois supérieur à celui du CO2. Les estimés varient beaucoup selon que l'on présume un développement lent ou rapide de l'industrie, mais même dans le scénario le plus optimiste, l'exploitation des gaz de schiste rejetterait l'équivalent de 2,5 millions de tonnes de CO2 par année - soit 3 % du bilan québécois de 2010. Si le développement était rapide, les émissions de la Belle Province gonfleraient de 23 %, alors que l'on cherche au contraire à les réduire.

En outre, poursuit le document, «les activités reliées à l'exploration et à l'exploitation du gaz de schiste génèrent un éventail de nuisances et d'impacts, particulièrement durant le forage et la fracturation hydraulique». Le camionnage intense (jusqu'à 4000 allers-retours par puits) et les activités de forage en général, s'ils sont passagers, causent tout de même des bruits et une pollution de l'air perceptible jusqu'à quelques centaines de mètres d'un puits.

Et ces dérangements se trouvent magnifiés par le fait que la rive sud du Saint-Laurent, où seraient concentrées les activités des compagnies gazières, est nettement plus peuplée que «la majorité des régions productrices de gaz de schiste en Amérique du Nord».

Pas rentable

Mais de toute manière, lit-on dans le document, à l'heure actuelle le prix du gaz naturel est si bas en Amérique du Nord qu'il ne serait pas rentable d'exploiter des puits au Québec, et les projections ne laissent pas entrevoir de profitabilité pour les 25 prochaines années. Les redevances que le gouvernement pourrait espérer en tirer seraient donc faibles, peut-être trop pour couvrir les coûts liés à l'aventure - l'usure prématurée des routes, par exemple.

Rappelons que ce BAPE avait été mis sur pied par le gouvernement Marois, en janvier dernier. Il succédait à une Enquête environnementale stratégique (EES), qui s'est déroulée de 2011 à 2013 et qui elle-même suivait un premier BAPE sur les gaz de schiste, lancé en 2010.

Et le cabinet du ministre de l'Environnement a réagi lundi au rapport du BAPE en disant qu'il est «un des éléments qui alimentera l'évaluation environnementale stratégique globale sur la filière des hydrocarbures au Québec, tel qu'annoncé le 30 mai dernier. [...] Les conclusions du rapport soulèvent plusieurs questions sérieuses et nous sommes conscients des inquiétudes et des préoccupations de la population face à l'exploitation des gaz de schiste.»

Du côté de l'industrie, l'Association pétrolière et gazière du Québec a reconnu les risques associés à ses activités, mais estime que l'essentiel est de «savoir comment gérer ces impacts». L'APGQ a aussi vivement contesté l'évaluation économique du BAPE, disant que «nous ne reconnaissons pas au BAPE l'expertise de procéder à des conclusions aussi hâtives».

Les écologistes, pour leur part, criaient unanimement victoire, lundi. «Pour nous, ça confirme ce qu'on disait depuis le début, c'est-à-dire que les impacts liés à fracturation hydraulique sont importants et mal contrôlés. Tous les puits fuient, c'est une question de temps», a indiqué André Belisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.

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