Zones inondables: Heurtel saute dans le ring avec Labeaume

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Valérie Gaudreau, Stéphanie Martin
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(Québec et Chicago) Visiblement irrité, le ministre de l'Environnement David Heurtel a sorti les griffes pour répliquer à Régis Labeaume à qui il reproche de voyager et de s'agiter dans les médias au lieu d'étoffer son dossier sur l'épineuse question de la cartographie des zones inondables.

Dès la matinée, le ton était donné. En point de presse à l'Assemblée nationale, le ministre libéral a tourné en dérision le voyage dans l'Ouest américain entamé mardi par le maire de Québec. «J'aimerais beaucoup moi aussi aller en Californie. Il ferait vraiment plus beau là-bas. Il n'est pas parti en Californie aujourd'hui?» a lancé M. Heurtel sur le ton du sarcasme.

Il répliquait au maire de Québec qui, la veille, en a remis sur son attitude dans le dossier des zones inondables autour de la rivière Lorette.

Régis Labeaume demande au ministre de garantir que les quelque 2000 maisons seront retirées des zones inondables une fois que seront effectués des travaux de 60 millions $, en 2016.

Or, le ministre Heurtel n'a visiblement pas apprécié que le maire l'interpelle publiquement après l'avoir fait une première fois en octobre.

Lundi, M. Labeaume a dit contourner le ministre Heurtel et discuter directement avec «l'entourage du premier ministre» dans ce dossier. 

«Pour négocier, il faut deux parties», a répliqué M. Heurtel. «Le maire Labeaume a décidé de prendre la voie des médias pour étaler ses positions. Et ça a l'air d'être une tactique régulière de son côté, de plaider devant les médias et d'aller à l'attaque.»

Silicon Valley

De Chicago, où il a fait escale avant de se rendre dans la Silicon Valley mardi, M. Labeaume s'est réjoui que le ministre Heurtel soit sorti de son mutisme.

«C'est la première fois qu'il intervient sur le dossier, tant mieux. On va juste lui demander de laisser faire les bravades et de penser au monde qui sont dans la situation où leur patrimoine est hypothéqué parce que le Ministère leur impose d'être dans une zone inondable. On va lui demander d'être sensible, de penser au monde qui sont là, qui ont des bungalows qu'ils veulent vendre pour vivre à la retraite.»

Selon M. Labeaume, les interventions publiques de son administration ont permis de faire bouger les choses. «Avant, il n'y avait pas de solution et tout à coup aujourd'hui, il y en a. Il fallait qu'on brasse ça un petit peu pour que tout à coup on découvre des solutions.»

Le maire n'a pas voulu répliquer au ministre qui a raillé le fait qu'il partait pour la Californie. «Qu'il laisse faire. Ce n'est vraiment pas le moment.»

Pour l'instant, aucune rencontre n'est prévue entre les deux hommes. «Moi, tout ce que je veux, c'est une volonté politique de régler. Et dites-vous ben une affaire, je vais l'avoir. Et si c'est pas aujourd'hui, ça va être demain.» 

Avec Simon Boivin 

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Le ministre David Heurtel soutient que la valeur d'une maison incluse dans une zone inondable n'est pas affectée, ce qui irrite au plus haut point Régis Labeaume.

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Pour mieux comprendre

Les positions du maire Régis Labeaume et du ministre de l'Environnement, David Heurtel, semblent irréconciliables. Au-delà de la guerre de mots que se livrent les deux hommes ces jours-ci, qui dit quoi dans ce dossier de la cartographie des zones inondables? Survol en cinq points pour voir plus clair en eau trouble.

1) QUOI? 

La cartographie des zones inondables a été modifiée par la Ville de Québec après les inondations de 2005 et 2013 en prévision de 60 millions $ de travaux temporaires et permanents à effectuer pour solidifier les berges de la rivière Lorette. Les nouvelles évaluations ont fait presque doubler le nombre de résidences jugées inondables. Selon cette carte, plus de 2000 résidences autour de plusieurs rivières de la région sont touchées. Mais la part du lion va à la rivière Lorette avec 721 maisons ciblées. Les citoyens sont inquiets, craignant qu'une telle étiquette mine la valeur de leur maison et la rende difficilement assurable. Cette carte, avant tout considérée comme un «outil de travail» par la Ville de Québec, doit être adoptée avant le 31 décembre prochain.

2) LA RAISON DE LA DISPUTE

L'administration Labeaume dit avoir toujours cru au fil des discussions des derniers mois avec le ministère de l'Environnement que les 2000 maisons incluses dans la nouvelle carte de zones inondables pourront en sortir une fois les travaux terminés en 2016. Or, le ministre Heurtel refuse de s'engager en ce sens.

3) POSITION DU MINISTRE

Le ministre de l'Environnement, David Heurtel, a soutenu mardi que la Ville de Québec n'a pas déposé «des preuves scientifiques» prouvant que les travaux de 60 millions $ seront suffisants pour faire passer les zones inondables à zones non inondables. En conséquence, il refuse de s'engager à retirer les maisons incluses dans la carte comme le somme le maire, Régis Labeaume.

Le ministre soutient aussi, ce qui irrite au plus haut point le maire de Québec, que la valeur d'une maison incluse dans une zone inondable n'est pas affectée. «Ce sont plutôt les inondations elles-mêmes qui pourraient avoir des conséquences sur cette valeur», a réitéré le ministre dans un communiqué publié mardi.

4) POSITION DE LA VILLE DE QUÉBEC

L'administration Labeaume tient mordicus à ce que le ministre s'engage à retirer les maisons des zones inondables car elle craint pour le «patrimoine» des citoyens.

Bien qu'il n'ait pas transmis de documents au Soleil pour appuyer ses dires, le bras droit de Régis Labeaume, Jonatan Julien, a assuré mardi que la Ville a fourni au Ministère les preuves nécessaires pour prouver que les travaux seront suffisants pour faire «sortir» les maisons des zones inondables. Il s'agit de «modélisations» explorant les scénarios pour les dangers d'inondations après les travaux. Le risque est largement abaissé, dit-il. «Mais on ne peut pas garantir à 100 %», soutient M. Julien. Disant ne pas savoir ce que le ministre veut de plus, il estime que demander le «risque zéro» est «mission impossible». «Ce que nous dit le ministre, et il le sait très bien par les discussions qu'on a avec ses fonctionnaires, que c'est impossible pour nous de démontrer ça. Dans ce cas-là, qu'il déclare donc tout le Québec zone inondable, parce que le risque zéro, il n'existe pas», a tranché M. Julien.

Devant ce qu'elle qualifie de trop grande rigidité du ministre, l'administration Labeaume menace de ne pas commencer les travaux de 60 millions $ puisque permettre justement aux citoyens d'être considérés protégés contre les inondations est justement «l'objectif premier», selon M. Julien.

5) QU'EN PENSE L'ANCIENNE-LORETTE?

À L'Ancienne-Lorette, où se trouvent 157 des 721 résidences comprises dans la zone inondable, on dit «ramer dans le même sens» que la Ville de Québec. «Des démarches se poursuivent, alors on a encore confiance que le gros bon sens triomphe», a dit la porte-parole du maire Émile Loranger, Marie-Éve Lemay. «Je ne sais pas de quoi le ministre a besoin comme preuve. Mais on va continuer à suivre ça et ce que je comprends est qu'on rame dans le même sens avec Québec. Et ça, c'est déjà un gros pas.» 

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