La séquestration du carbone devra attendre

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La séquestration géologique du carbone consiste essentiellement à injecter du gaz carbonique (CO2) dans l'eau extrêmement salée que l'on trouve à plusieurs kilomètres sous terre. Mais la grogne populaire contre les gaz de schiste (photo) est à ce point forte que des chercheurs québécois ont dû reporter des études sur la séquestration du carbone parce que leurs instruments ressemblaient trop à ceux de l'industrie.

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(Québec) La peur des gaz de schiste n'a pas fait de dégâts que chez les compagnies gazières: la grogne populaire à leur égard est à ce point forte, a appris Le Soleil, que des chercheurs québécois ont dû reporter des études sur la séquestration du carbone parce que leurs instruments ressemblaient trop à ceux de l'industrie.

«On a fait la caractérisation géologique d'un site dans le coin de Bécancour, on a fait les simulations, et là on serait rendu à l'étape de faire un sondage, de tester notre affaire pour vrai», dit Michel Malo, géologue au centre Eau, Terre et Environnement de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS-ETE).

«Mais pour le moment, on est en attente parce qu'on vit une période d'insatisfaction de la population par rapport à tout ce qui touche le gaz et le pétrole. Or pour la séquestration géologique du CO2, on utilise souvent les mêmes technologies, c'est des sondages, c'est de la géophysique, et les gens confondent un peu ce qu'on fait avec le gaz et le pétrole.

«On était en contact avec le maire de Bécancour et le patron de la zone industrielle, et ils ont toujours appuyé nos travaux, mais quand l'opposition au gaz de shale est arrivée, ils ont dit qu'on devrait attendre un an ou deux, jusqu'à ce que l'opposition se soit un peu tassée.»

La séquestration géologique du carbone consiste essentiellement à injecter du gaz carbonique (CO2) dans l'eau extrêmement salée que l'on trouve à plusieurs kilomètres sous terre. Là-dessous, la pression est si forte que le gaz carbonique devient un liquide.

Pour peu qu'il y ait une couche géologique imperméable au-dessus, le gaz à effet de serre qu'est le CO2 peut ainsi être sorti de la circulation atmosphérique, ce que plusieurs experts voient comme une bonne manière de combattre le réchauffement climatique - du moins pour réduire les rejets des grands émetteurs, puisque la méthode demande de grosses infrastructures.

Les travaux de M. Malo auraient essentiellement consisté à faire un forage ou en rouvrir un ancien afin de mieux connaître la «stratigraphie» de l'endroit, c'est-à-dire l'empilade de couches géologiques sous nos pieds, et de collecter des données au sujet des réservoirs potentiels pour stocker le CO2. Mais cette étude, sorte de victime collatérale de la grogne populaire, devra donc attendre encore un peu.

M. Malo, qui participe par ailleurs à l'Évaluation environnementale stratégique sur les gaz de schiste, a tenu ces propos en marge d'une présentation au congrès de l'Acfas, qui s'est tenu cette semaine à l'Université Laval et se termine vendredi.

Gaz carbonique enfoui

Au Québec, a expliqué l'agent de recherche à l'INRS-ETE Félix-Antoine Comeau, la séquestration du carbone viserait surtout les basses-terres du Saint-Laurent, où sont concentrées la population et une grosse partie de l'industrie. D'après des calculs qu'il a présentés jeudi, les couches géologiques renfermant des aquifères salins entre 800 et 3500 mètres de profondeur pourraient en principe contenir entre 0,8 et 8,6 milliards de tonnes de CO2, ce qui devrait suffire à enfouir le gaz carbonique des plus grands émetteurs industriels québécois pendant au bas mot 40 ans - et peut-être jusqu'à 430 ans.

Fracture

Fait à noter, dit M. Malo, c'est le schiste de l'Utica qui servirait de plafond imperméable pour le CO2 liquide, soit en plein la couche que les gazières projettent de fracturer pour en extraire le gaz. Mais s'il est hors de question de fracturer et de séquestrer aux mêmes endroits, M. Malo estime qu'il y a tout de même moyen de faire cohabiter ces deux usages «parce que le panache de CO2 qui vient de la séquestration, ce n'est pas grand-chose. On a fait des simulations, et le panache après un projet pilote d'un an, va s'étendre environ à 100 ou 150 mètres autour du puits. [Dans certains cas plus anciens et bien documentés, en Illinois], après 20 ans d'injection, le panache de CO2 va s'étendre sur à peu près 5 à 6 kilomètres. Alors sachant cela, il faudrait simplement ne pas faire de fracturation dans un rayon, disons, de 10 ou 15 kilomètres. Il y aurait sûrement moyen de légiférer là-dessus».

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