Contamination au nickel confirmée à Limoilou

Les concentrations de nickel dans l'air à Limoilou... (Photothèque Le Soleil)

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Les concentrations de nickel dans l'air à Limoilou étaient 5,7 fois supérieures aux normes entre 2010 et 2012, selon des données du ministère du Développement durable.

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(Québec) Il y a bel et bien un problème de poussière de nickel dans Limoilou. Après une étude préliminaire de l'UQAR qui sonnait l'alarme la semaine dernière, Le Soleil a obtenu des données du ministère du Développement durable qui montrent que les concentrations de nickel dans l'air de ce quartier étaient 5,7 fois supérieures aux normes entre 2010 et 2012. La source de la pollution n'a pas encore été identifiée clairement.

Ces données sont tirées d'un programme d'échantillonnage spécial que le ministère de l'Environnement (MDDEP) a mis sur pied récemment pour répondre aux inquiétudes de citoyens de Limoilou au sujet de l'incinérateur, qui surplombe le quartier. La campagne s'est échelonnée d'avril 2010 à avril 2012.

L'exercice a notamment permis de démontrer que les polluants habituellement associés à la proximité d'un incinérateur municipal sont pratiquement absents de l'air limoulois, mais il en va autrement du nickel, une substance que la plupart des autorités sanitaires dans le monde considèrent comme cancérigène ou potentiellement cancérigène.

Alors que le Règlement québécois sur l'assainissement de l'atmosphère (annexes G et K) stipule que la population ne devrait pas être exposée (en moyenne, sur une période d'un an) à des concentrations en nickel supérieures à 12 nanogrammes par mètre cube (ng/m3), la station d'échantillonnage du MDDEP a mesuré pas moins de 67,9 ng/m3 en moyenne au cours de ses deux années d'opération.

C'est une valeur 5,7 fois plus élevée que la norme.

Une partie assez grande de cette moyenne s'explique par des «pics» particulièrement prononcés de nickel de 1670 et 810 ng/m3 survenus, pour des raisons inconnues, le 22 novembre 2010 et le 23 novembre 2011. Mais même en écartant ces deux extrêmes du calcul, la moyenne demeure, à 40 ng/m3, nettement plus forte que les normes environnementales, ce qui suggère qu'il ne s'agit pas du résultat d'un incident isolé, mais d'une situation chronique.

Supérieures aux normes 7 années sur 11

L'idée d'un problème qui perdure est également appuyée par une autre série de données que le MDDEP a commencé à colliger dans les années 90 - à l'origine pour surveiller l'incidence du smog, mais elles permettent aussi de mesurer les concentrations de métaux dans l'air.

Le ministère gère une série de stations de la sorte à travers la province, dont deux à Québec - l'une à Cap-Rouge, l'autre dans le Vieux-Limoilou. Et de 2000 à 2010 (inclusivement), la station de Limoilou a décelé des concentrations de nickel supérieures aux normes (en moyennes annuelles) 7 années sur 11. Les taux ont alors varié de 9 à 50 ng/m3, alors qu'ils se situent normalement entre 1 et 4 ng/m3, tant en ville qu'à la campagne.

Soulignons d'ailleurs que cette station d'échantillonnage ne tient compte que des particules fines de 10 microns et moins, et doit par conséquent avoir «laissé passer» une partie de ce qui se promenait dans l'atmosphère limoulois.

Au MDDEP, le directeur du Centre de contrôle environnemental pour Québec et Chaudière-Appalaches, Jean-Marc Lachance, reconnaît que «c'est quand même préoccupant, ces données-là», mais il insiste sur le fait que «ce n'est pas parce qu'il y a dépassement [des normes environnementales] qu'il y a nécessairement un danger pour la population. On a transmis nos données à la Santé publique, et il faut attendre leurs analyses.»

Le MDDEP, dit M. Lachance, n'a réalisé qu'en décembre dernier que les concentrations de nickel dans l'air dépassaient ses critères.

C'était pour étudier le smog et les rejets de l'incinérateur que l'échantillonnage était fait au départ, ce qui explique pourquoi le ministère ne mesurait pas de façon routinière les métaux, a souligné au Soleil une porte-parole du MDDEP.

Le Port responsable?

Pour l'heure, la source de la pollution métallique à Limoilou demeure nébuleuse, mais le Port de Québec est souvent montré du doigt - notamment parce qu'un incident chez Arrimage Québec, l'automne dernier, a laissé une impressionnante couche de poussière rouge (de la rouille) sur le quartier.

M. Lachance indique que le ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEP) poursuit ses analyses et qu'il enverra bientôt des inspecteurs au port pour déterminer la source du nickel, mais il ne s'agit là pour l'instant que d'une seule des sources potentielles qui seront étudiées.

La semaine dernière, Le Soleil révélait qu'un chimiste de l'Université du Québec à Rimouski, Richard Saint-Louis, avait fait une étude préliminaire sur la qualité de l'air dans Limoilou à l'été 2012, et avait trouvé des teneurs inquiétantes de nickel dans la poussière. Ces teneurs variaient entre 120 et 790 milligrammes de nickel par kilogramme de poussière, alors que les normes environnementales pour le sol dans les secteurs résidentiels sont de 100 mg/kg.

M. Saint-Louis a constaté que les concentrations mesurées dans ses cinq stations d'échantillonnage augmentaient à mesure que l'on s'approchait de la zone industrielle dont le port fait partie - mais c'est très insuffisant pour prouver la responsabilité du Port, insiste-t-il.

En outre, le rapport nickel-cobalt qu'il a calculé était toujours le même, soit 18 pour 1, peu importe l'endroit où les échantillons étaient prélevés, ce qui suggère fortement une source de contamination unique. Le Soleil a appris l'existence de ces données par la citoyenne de Limoilou Véronique Lalande, qui mène la bataille dans ce dossier depuis l'épisode de la poussière rouge. Mme Lalande présentera aujourd'hui les résultats de son enquête à la ministre responsable de la région, Agnès Maltais, après quoi elle rendra son «rapport» public.

Elle dit arriver à des moyennes «vraiment dans les mêmes chiffres» que Le Soleil, et demeure persuadée que le problème se trouve sur les quais du port de Québec, qui est le plus grand terminal de nickel en Amérique du Nord.

«On pense encore que ce n'est pas à nous de sortir ces chiffres-là, commente-t-elle. On va le faire parce que c'est pertinent pour le public, mais on considère que c'est aux autorités publiques de sortir l'information.»

Au moment d'écrire ces lignes, il n'avait pas été possible de questionner le Port de Québec.

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