Une vingtaine de maisonnettes pour la pêche blanche sont parties à la dérive, samedi matin, alors qu'un morceau de glace de plusieurs kilomètres carrés s'est détaché des berges du lac Saint-Pierre, en Mauricie. Personne ne se trouvait à l'intérieur des cabanes au moment de l'incident, mais bien des pêcheurs ont eu chaud en voyant la glace se fissurer sous leurs pieds.
Un homme de 66 ans est même tombé à l'eau, tentant en vain de sauver sa cabane et ses effets personnels sur le fleuve. Yves Lapointe, de Trois-Rivières, a tenté de sauter par-dessus la crevasse d'environ deux mètres de large.
«J'ai voulu sauter sur un morceau de glace en plein milieu, a-t-il raconté au Soleil. Je croyais que c'était solide, mais ce ne l'était pas. J'ai calé dans l'eau jusqu'au cou. Je ne sais pas comment j'ai fait pour me sortir de là, j'ai comme l'impression qu'il y a quelqu'un qui m'a poussé hors de l'eau», a poursuivi le sexagénaire, encore sous le choc de sa mésaventure.
Le redoux ou le brise-glace
Si la Garde côtière canadienne assure que la fissure a été causée par le redoux, le propriétaire de Martin Pêcheur 2008, Denis Saint-Pierre, est persuadé que la perte de ses cabanes est due au brise-glace qui se serait approché de son domaine sans l'avoir préalablement averti.
«Si ça n'avait pas été de l'aéroglisseur, il n'y aurait pas eu de problème, parce qu'on s'affairait déjà à sortir les cabanes le matin», a-t-il expliqué, précisant qu'«il n'y avait pas urgence» d'agir parce que la glace n'avait pas commencé à craquer avant que le brise-glace ne s'approche.
Michel Plamondon, porte-parole de Pêches et Océans Canada, offre toutefois une tout autre version. Selon lui, la fissure avait déjà été signalée à la Garde côtière par un navire commercial environ une heure et demie plus tôt. Un hélicoptère avait d'ailleurs survolé le territoire afin de constater la situation.
«Il faut dire que le 17 janvier, on avait constaté la même fissure au même endroit, affirme M. Plamondon. La banquise s'était probablement recollée avec le froid, mais demeurait quand même fragile.» La température clémente des derniers jours aurait fait céder la glace à nouveau, dit-il.
Selon M. Saint-Pierre, la Garde côtière aurait agi «cavalièrement» en omettant de l'informer de la venue de l'aéroglisseur.
«Ça prend deux minutes prendre le téléphone, lâcher un coup de fil et dire : "M. Saint-Pierre, on va être dans votre coin aujourd'hui." S'ils nous avaient avertis, ça nous aurait pris deux heures et il n'y avait plus une cabane là.»
L'exploitant évalue à présent les possibilités d'entamer un recours collectif. À son avis, les dommages et intérêts pourraient s'élever à 100 000 $.