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La semaine dernière, Le Soleil a eu la chance d'embarquer à bord d'un BO-105 pour effectuer la patrouille de l'après-midi entre Sainte-Pétronille, à la pointe de l'île d'Orléans, et Portneuf. À - 35 °C, un soleil plombant et une fumée de mer recouvrant la surface du fleuve, le spectacle était à couper le souffle.
«2/10 sarrasin, 6/10 nilah, 1/10 glace nouvelle.» Le spécialiste des glaces Jean-Yves Rancourt nous explique la recette du jour. À 1000 pieds dans le ciel, c'est ce qu'il a observé vis-à-vis de Portneuf, où les battures avaient commencé mercredi à prendre beaucoup d'expansion. «À partir du moment où on a de la blanchâtre, c'est là qu'on commence à surveiller plus attentivement», souligne le spécialiste, qui maîtrise sur le bout de ses doigts la nomenclature de la glace.
Son épaisseur, sa texture, la manière dont elle empiète sur la voie navigable: tout est étudié et répertorié en vol. Avec l'aide d'une carte géographique numérique, M. Rancourt dessine habilement ce qu'il observe sous lui et transmet l'information au Centre des glaces, d'où l'on prend la décision d'envoyer ou non des brise-glaces. Celui qu'on surnomme «Icespeak» est même capable de dire à l'oeil nu - et avec l'aide des bouées repères de la Garde côtière - si la glace mesure 15 ou 45 centimètres et, conséquemment, à quel type d'eau glacée il a affaire.
Généralement, c'est le «sarrasin», cet amalgame de glaces concassées, qui donne le plus de maux de tête aux bateaux qui naviguent le Saint-Laurent. Vendredi, c'était d'ailleurs ce qui a pris au piège les deux traversiers qui effectuent la liaison entre Québec et Lévis. Plutôt que de tourner dans l'eau, les hélices des bateaux se heurtent à des morceaux de glace et sont incapables de progresser.
À l'hiver 1993, l'embâcle du lac Saint-Pierre avait marqué l'imaginaire alors que neuf bateaux de la Garde côtière avaient travaillé d'arrache-pied, jour et nuit, pour tracer un passage à près d'une soixantaine de navires.
Depuis, la surveillance des glaces s'est accrue, même si le réchauffement climatique nous porte à penser que ce sera de moins en moins nécessaire. «Au contraire», réplique M. Rancourt. Avec les périodes de redoux, puis de gel, la glace peut jouer des tours plus souvent qu'à son tour.
Le Soleil souhaite remercier le pilote Serge Arsenault pour le voyage en douceur.