Les épaulards libérés des glaces grâce au vent

Les épaulards avaient apparemment été surpris trop près... (La Presse Canadienne)

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Les épaulards avaient apparemment été surpris trop près de la rive par un refroidissement soudain et se trouvaient dans cette situation depuis au moins deux jours.

La Presse Canadienne

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(Québec) La «planète 2.0» tout entière s'est émue, jeudi, de voir la dizaine d'épaulards prisonniers des glaces près d'Inukjuak, dans la baie d'Hudson, être soudainement libérés par une marée et des vents favorables. Mais ces réjouissances pourraient rapidement s'avérer bien vaines : pour regagner l'Atlantique, les orques devront obligatoirement traverser le détroit d'Hudson, ce qui risque fort d'être impossible, puisque l'endroit est déjà complètement barré par des glaces d'un mètre d'épaisseur.

C'est du moins ce qui ressort d'un entretien avec le chercheur de l'Université Laval et biologiste de l'Arctique Louis Fortier. Celui-ci, bien qu'il ne soit pas un spécialiste des cétacés, a pu avoir accès jeudi aux photos satellitaires et aux cartes des glaces les plus récentes d'Environnement Canada.

En début de semaine, un chasseur inuit a repéré les épaulards confinés dans un petit trou dans les glaces. Ne pouvant retenir leur souffle assez longtemps pour regagner les eaux libres, ils s'entassaient dans un espace d'une dizaine de mètres.

Les animaux s'étaient vraisemblablement laissé surprendre au fond d'une baie par le vent, qui aurait poussé des glaces à l'embouchure de la baie. Une vidéo amateur de la scène tournée en début de semaine a littéralement fait le tour du monde au cours des deux derniers jours.

Jeudi, un retournement favorable des vents a brisé le «bouchon» de glace qui retenait le troupeau, au grand plaisir des médias d'un peu partout. «Les épaulards libérés», titrait La Presse Canadienne, alors que le magazine français Science et avenir s'enthousiasmait : «Les orques [...] sauvés».

Et «dans le coin d'Inukjuak, on voit effectivement que des crevasses se sont formées, et la glace n'est pas très épaisse», confirme M. Fortier. D'après une carte des glaces que Le Soleil a pu consulter, la banquise semble effectivement plus mince au nord d'Inukjuak, le long de la côte québécoise, ce qui pourrait, peut-être, permettre aux «baleines tueuses» de remonter vers le nord pour tenter de sortir de la baie d'Hudson.

Mais même si elles y parvenaient, ce qui n'est pas acquis, dit M. Fortier, le troupeau se buterait bientôt de nouveau à un mur de glace en arrivant dans le détroit d'Hudson. Là-bas, c'est-à-dire essentiellement entre la pointe nord du Québec et l'extrémité sud-ouest de l'île de Baffin, la glace est déjà bien prise et «le couvert atteint 90 à 100 %, ce qui veut dire que les orques ne pourront probablement pas passer», dit M. Fortier. En outre, l'épaisseur de la glace atteint souvent entre 1 m et 1,20 m.

«Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'issue, mais les chances sont minces. Je n'aimerais pas être à leur place. [...] Ils vont probablement être capables de monter jusqu'à la pointe du Québec, mais après, quand ils vont tourner dans le détroit d'Hudson, et même avant, les conditions seront mauvaises», dit-il.

Avec un peu de chance, poursuit-il, «si le vent se mettait à souffler de l'ouest ou du nord-ouest, ça ouvrirait un passage entre la banquise et la côte du Québec, et ils pourraient avoir une chance de se rendre jusque dans la baie d'Ungava, mais même là, ils ne seraient pas encore tirés d'affaire. Il leur resterait encore à franchir une centaine de kilomètres de glace, alors à mon avis, ils ont peu de chance de s'en sortir».

Rappelons que l'épaulard n'est pas un habitant ancien de la baie d'Hudson, où l'espèce a commencé à s'aventurer régulièrement il y a seulement quelques années, à la faveur du réchauffement planétaire. Son long aileron dorsal, fait remarquer M. Fortier, n'est pas adapté à la nage à travers les glaces. Mais comme la banquise ne recouvre plus la baie aussi longtemps qu'avant, l'orque y pénètre maintenant régulièrement en été, notamment pour y chasser le béluga.

Il doit cependant quitter la baie et regagner l'océan avant que la glace ne bloque le passage, car bien que l'espèce soit «résiliente», dit le chercheur, et puisse survivre un bon moment sans se nourrir, elle peut très difficilement survivre tout un hiver sous la banquise.

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