Le fleuve Saint-Laurent a surchauffé en août

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Une mortalité élevée a été observée chez les bélugas, les fous de Bassan et les poissons cet été sur les rives du Saint-Laurent.

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(Rimouski) La température des eaux de surface du fleuve Saint-Laurent a plus que doublé en août, le mois le plus chaud enregistré depuis 1945.

La température moyenne de l'air a augmenté de 2,3 degrés Celsius au-dessus du Saint-Laurent alors que celle de l'eau a augmenté de 1,9 degré; les hausses constatées n'ont jamais été supérieures à un degré entre Tadoussac et Terre-Neuve.

«Nous avons eu une hausse de la température de l'eau de 1,9 degré, ce qu'on n'avait jamais vu depuis le début de la récolte des données en 1985. La température de l'eau est très reliée à la température de l'air. Août a été très sec cet été.

Ce n'est pas le résultat du changement climatique mais celui des variations interannuelles, d'une anomalie scientifique. Dans 30 ou 50 ans, un mois d'août comme celui de 2012 sera normal», a expliqué Peter S. Galbraith, chercheur en océanographie physique à l'Institut Maurice-Lamontagne de Mont-Joli.

Cette «anomalie scientifique» au mois d'août a été vécue dans le Saint-Laurent, mais aussi dans l'Atlantique Nord sur le plateau du Labrador, de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse.

Cette tendance au réchauffement de l'eau inquiète les biologistes, puisque cet été, une mortalité anormalement élevée de jeunes bélugas, de fous de Bassan et de poissons sur les rives du Saint-Laurent a été observée.

Emilien Pelletier, directeur de la Chaire de recherche du Canada en écotoxicologie moléculaire en milieux côtiers à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski, voit plusieurs effets à ce phénomène.

Il estime entre autres que l'apparition d'algues toxiques constitue une hypothèse viable. «La hausse de la température de l'eau aidera ces algues à se développer, explique-t-il. Les algues toxiques sont souvent en faible densité, mais pas nécessairement visibles.

Plus haut dans la chaîne alimentaire, les oiseaux sont souvent les victimes de cette hausse, puisqu'ils mangent des clams, des mies qui tolèrent bien les algues toxiques. Pour les bélugas, il peut aussi y avoir de multiples facteurs comme déjà l'existence d'un virus ou de bactérie», dit M. Pelletier.

Marée rouge toxique

À l'été 1998, une marée rouge d'algues toxiques à très forte concentration d'environ 400 kilomètres carrés avait causé la mort d'au moins une cinquantaine de mammifères marins et des milliers d'oiseaux sur les deux rives de l'estuaire du Saint-Laurent.

Selon M. Galbraith, le prochain hiver dans l'estuaire ne devrait pas être influencé par le réchauffement des eaux de surface. Avec un automne normal, l'anomalie ne durera pas.

Durant l'hiver, la température de l'air est liée au volume et à la superficie de glace produite.

Depuis 1969, il y a eu trois années d'absence presque totale de glace au large du Saint-Laurent : en 1969, 2010 et 2012. Ce sont les trois seules années où il y a eu une anomalie de température de l'air de décembre à février de plus de 2,5 degrés Celsius.

«On peut alors faire un lien entre cet air chaud et l'absence de glace, dit le chercheur. Dans une perspective à long terme sur 30 à 50 ans, on peut penser que la condition moyenne sera de ne pas avoir de glace dans le Saint-Laurent», sauf lorsqu'il y aura des hivers très froids.

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