Début d'après-midi, sous un soleil de plomb. Pas exactement le moment préféré des rats pour sortir au grand jour. Pourtant, en quelques minutes à peine, une douzaine de rongeurs se sont montrés dans le secteur de l'arboretum et du ruisseau dans le populaire parc du secteur D'Estimauville.
«On est en plein jour, imaginez le soir; le matin et le soir, ils sont partout. Hier, j'en ai vu un groupe de 10», lance Denis Émond.
Ce membre du Club des ornithologues de Québec connaît le domaine Maizerets par coeur. Il y observe des oiseaux depuis des années. Et jamais il n'a vu autant de rats.
«Est-ce qu'ils attendent qu'ils mordent un enfant?» tranche-t-il.
Une prolifération de rats que cet amateur d'oiseaux a signalé au Soleil avant de servir de guide dans les boisés où les indésirables rongeurs sont impossibles à manquer.
Ils sont près des canards, s'approchent des visiteurs assis sur les bancs de parc, traversent les sentiers sous l'oeil étonné des marcheurs.
Jusqu'à maintenant, les rats ne se sont pas installés dans le secteur des bâtiments du domaine Maizerets, près de l'étang et des jeux d'enfants. Mais dans le secteur de l'arboretum, ils sont légion. Et leur présence a des conséquences.
Visiteurs fautifs
Cette semaine, M. Émond a vu des canards et un écureuil blessés par ce qu'il assure être des morsures de rats. «On ne voyait jamais ça», explique celui qui a mis Le Soleil sur la piste de ce phénomène qu'il attribue à la mauvaise habitude des visiteurs de nourrir les canards et les écureuils.
«Les canards se retrouvent vraiment gavés et ils laissent la nourriture pourrir par terre, c'est ça qui attire les rats», explique M. Émond.
Il plaide pour un meilleur affichage sur les dangers de nourrir la faune locale. Pour l'instant, une seule affichette, près d'un petit pont, indique les raisons pour ne pas nourrir les canards.
M. Émond souhaite aussi des mesures plus strictes. Quitte à faire payer les fautifs. «Les surveillants n'ont pas de pouvoir pour émettre des infractions à ceux qui nourrissent les canards et les écureuils. Qu'ils fassent patrouiller, ils verront, ça va être payant.»
À la Ville de Québec, le porte-parole Jacques Perron indique que, préoccupées par le phénomène, les autorités ont confié un contrat à une firme d'extermination «il y a une quinzaine de jours».
Extermination en cours
«La campagne de dératisation se poursuivra tout au long de l'été», explique M. Perron. Mais oubliez le poison à rats, impossible à utiliser dans un tel parc public. La firme embauchée procède plutôt par capture. «Comme c'est un lieu récréatif où les gens viennent promener leur chien, le fait qu'il y ait des animaux, ça vient complexifier le travail de la compagnie d'extermination. Il y a aussi des enfants. Du poison par terre, ça peut ressembler à un bonbon. La capture est la seule façon», poursuit-il.
À l'instar de Denis Émond, M. Perron tient pour responsable la présence de nourriture qui attire les rats. «On essaye de diminuer le problème. On ne peut pas dire le régler. Ça ne se réglera jamais tant que les rats vont trouver de la nourriture», dit-il.
Du personnel sur place, dit-il, rappelle aux gens de ne pas nourrir les animaux. Mais encore là, la population doit changer son comportement. «Parfois, c'est comme s'ils parlaient dans l'oreille d'un sourd», déplore M. Perron.
Le porte-parole de la Ville promet que le domaine Maizerets placera bientôt de nouveaux panneaux pour dissuader ceux qui nourrissent les canards et les écureuils. «On va améliorer notre affichage.» La Ville écarte toutefois l'idée de distribuer des amendes pour ceux qui nourrissent les canards. «Aller mettre des gardiens en permanence n'est pas nécessairement la solution non plus.»
Affiche petite... et graffitée
Améliorer l'affichage pour dissuader les visiteurs du domaine Maizerets de nourrir les canards ne sera pas un luxe si on se fie à la seule pancarte présentement installée. En plus d'être de taille modeste, l'affiche de métal a été la cible de graffiteurs qui l'ont rendue pratiquement illisible.
Mardi après-midi, il était difficile en effet de déchiffrer la liste des effets négatifs que peut entraîner ce comportement que la Ville de Québec souhaite voir changer, plus encore depuis que les rats ont envahi le populaire parc du secteur D'Estimauville.