On observe des amas d'algues flottantes sur le lac Saint-Charles chaque année depuis 2006. Avec le temps chaud des derniers jours, les cyanobactéries se sont multipliées dans le lac Saint-Charles. On reste encore bien loin des taux observés en 2007, alors que le couvert d'algues bleu-vert était plus grand que jamais. L'an dernier, le climat doux avait accéléré le réchauffement du lac, ce qui expliquait la multiplication précoce des cyanobactéries.
La Ville de Québec a d'ailleurs adopté en juin 2008 un règlement sur la restauration des berges, forçant les riverains à planter arbres et arbustes sur une bande riveraine de 10 à 15 mètres sur le pourtour du lac. La cinquantaine de riverains qui s'opposaient au règlement a récemment été déboutée en cour. La Ville de Québec a contacté ses citoyens, et les travaux - pour la plupart effectués par la municipalité - débuteront à l'automne, indique Marjorie Potvin, porte-parole à la Ville de Québec. Les riverains peuvent aussi faire eux-mêmes les travaux, selon un plan d'aménagement strict.
Des 250 riverains, la grande majorité avait déjà emboîté le pas, sachant l'importance de cette bande naturelle pour la santé de leur lac. Les terrains appartenant à la Ville de Québec ont déjà retrouvé leur rive naturelle dans les années 90. «Quand on se promène sur le lac, on voit une différence depuis une dizaine d'années», remarque Mélanie Deslongchamps, directrice générale de l'Association de la protection de l'environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL), organisme mandaté par la Ville de Québec pour surveiller le lac et y faire des tests. «C'était les résistants qui restaient.»
Même si l'on n'a plus revu autant de cyanobactéries qu'en 2007, il est encore tôt pour prétendre que ce sont là les effets de la restauration des berges. Une revitalisation permet notamment de contrer les écoulements de phosphore dans le lac, dont les cyanobactéries se délectent et qui encouragent du même souffle leur prolifération.
Coup de vieux
Mme Deslongchamps constate qu'il fallait un signe clair que le lac «vieillit» pour que les riverains en prennent soin. Elle fait le parallèle avec quelqu'un qui fait de l'embonpoint et qui ne voit pas l'urgence de changer ses habitudes de vie. «Quand on a eu les cyanobactéries [en 2006], c'est comme quelqu'un qui a eu une crise cardiaque. Il se dit alors : "Il faut que je fasse quelque chose." [...] Quand t'as des cyanobactéries dans ton lac et que c'est une prise d'eau potable, ça ne va pas bien.»
«L'effet bénéfique [de la restauration des berges] va se faire sentir assez rapidement», dit de manière confiante Sonja Behmel, géographe à l'APEL. Le premier effet
positif est d'ombrager le rivage, empêchant son réchauffement et celui du lac. L'effet filtrant des nouveaux végétaux sur l'eau de ruissellement prendra quant à lui quelques années à se faire sentir. Le lac Saint-Charles a aussi l'avantage de se renouveler rapidement, ajoute-t-elle. Les changements dans les habitudes des riverains pourront ainsi avoir un effet plus rapide que dans d'autres lacs du Québec aux prises avec le même problème.
Il n'y a toutefois pas à craindre pour la qualité de l'eau potable. Une surveillance étroite continuera d'être faite, puisque la probabilité que des cyanotoxines apparaissent augmente en même temps que la présence de cyanobactéries.