Des affaissements de terrain forcent l'évacuation de 15 résidences à Charlesbourg

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil

(Québec) Martin Lagacé allait rejoindre son fils de 11 ans pour qu'ils se lancent la balle à l'arrière de sa maison lorsqu'il a vu un gros trou de près de six pieds de profondeur dans l'entrée d'asphalte.

«Mon gars est arrivé à la course et m'a dit : "Papa, viens voir le trou"» raconte M. Lagacé, 42 ans. «Une chance qu'il n'est pas tombé dedans.»

Propriétaire de trois logements, dont le sien, sur le boulevard Henri-Bourassa, dans le quartier Notre-Dame-des-Laurentides, dans l'arrondissement de Charlesbourg, Martin Lagacé fait partie de la quarantaine de personnes à qui la Ville de Québec a recommandé d'évacuer sa résidence à cause d'un mystérieux affaissement du terrain.

Situé à l'angle du boulevard Henri-Bourassa et de la côte de la Sucrerie, ce terrain vague à flanc de montagne, qui mesure environ 6000 mètres carrés, donne l'impression d'avoir reçu une pluie de météorites. Depuis vendredi dernier, les crevasses se sont multipliées sur ce pré où elles ne sont apparues que sporadiquement au cours des 40 dernières années.

Jusqu'à maintenant, la Sécurité civile a recensé au moins une trentaine de trous d'un à cinq mètres de profondeur, dont celui qui a perforé le stationnement en asphalte derrière chez M. Lagacé.

«Ça fait neuf ans que je reste ici, dit-il, et je n'ai jamais vu ça.»

Après une semaine d'analyses, les experts en mouvement de sol du ministère de la Sécurité publique ne sont pas encore parvenus à déterminer la cause de l'instabilité du sol.

«C'est un phénomène, pour l'instant, qui est difficile à expliquer», a indiqué jeudi en conférence de presse la présidente de l'arrondissement de Charlesbourg, Odette Simoneau.

«Ce n'est pas documenté au Québec une situation comme celle-là», a ajouté le directeur par intérim du Bureau de la sécurité civile de la Ville, Claude Pigeon.

Lorsqu'ils ont été informés de l'affaissement, vendredi, le maire Labeaume et le comité exécutif ont demandé que «le principe de précaution» soit appliqué afin «de tendre vers un risque zéro pour la sécurité des citoyens», a précisé François Picard, vice-président du comité exécutif.

Samedi, la Ville de Québec a tenu une réunion d'information avec les citoyens du secteur lors de laquelle elle a suggéré aux occupants de trois résidences d'évacuer les lieux, précise le porte-parole de la Ville, Jacques Perron. Puis, mercredi, une autre réunion a eu lieu pour encourager les occupants de 12 autres résidences à évacuer.

Zone à surveiller dans le secteur Notre-Dame-des-Laurentides (carte)

40 personnes déplacées

Au total, la Ville incite donc une quarantaine de personnes habitant 15 résidences - maisons unifamiliales, triplex et duplex - situées à proximité du terrain affaissé à quitter leur logement pour une période indéterminée. Le temps qu'une analyse «plus pointue» leur garantisse qu'elles peuvent revenir en sécurité, a indiqué M. Pigeon.

«On a une préoccupation prioritaire, dit-il, et c'est de ne pas mettre la vie des gens en jeu.»

Depuis une semaine, des experts du ministère des Transports venus épauler la Ville ont constaté que le mouvement du sol s'est amplifié et que les trous sont de plus en plus grands sur les lieux de l'affaissement, «de telle sorte qu'on ne peut pas prévoir s'il n'y a pas des cavités qui vont se former sous les résidences», a expliqué le directeur par intérim de la Sécurité civile.

Michel Pageau, 51 ans, habite dans la côte de la Sucrerie avec sa femme. Sa maison est voisine du terrain vague où les crevasses se multiplient. La Ville lui a conseillé d'évacuer. Mais il préfère rester chez lui pour le moment.

«S'il m'arrive un trou, si ça perce ici, dit-il en pointant son terrain, je ne sais pas si je vais être inquiet, mais je vais être en maudit par exemple.»

Comme les autres personnes encouragées à évacuer l'endroit, M. Pageau pourrait être hébergé dans un hôtel de la région en attendant les autres analyses. Il serait pris en charge durant 72 heu­res par la Croix-Rouge. Puis, après ce délai, la Ville l'aiderait financièrement jusqu'au 9 juin, comme elle s'y est engagée pour toutes les personnes évacuées. Par la suite, le ministère de la Sécurité publique offre des programmes d'indemnisation.

Refus de partir

À moins de se sentir vraiment en danger, M. Pageau n'a pas l'intention de bouger. Il changera peut-être d'idée lors de la prochaine réunion d'information de la Ville sur l'affaissement, le 7 juin.

Martin Lagacé, lui, songe à aller à l'hôtel avec son fils, en fin de semaine, parce qu'on annonce de la pluie. Le père monoparental soupçonne que l'eau, qui ruisselle du haut de la montagne derrière chez lui, est responsable des trous.

Récemment, avec le dégel et les nombreuses précipitations, l'eau a jailli du sol près de l'intersection du boulevard Henri-Bourassa et de la côte de la Sucrerie, d'où elle est dirigée vers la rivière Jaune. Les analyses préliminaires menées par la Ville tendent à démontrer que cette eau provient de la nappe phréatique qui suit l'axe naturel d'écoulement de la montagne.

M. Lagacé a investi beaucoup d'argent pour agrandir sa propriété et louer les deux autres appartements. Si l'affaissement entraîne des dommages importants, son assurance ne couvre ni ses pertes matérielles ni la perte de loyers.

«Avoir su, dit-il, je n'aurais pas mis 200 000 $ pour agrandir.»

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