«Pauline Marois utilise la catastrophe du Japon comme prétexte pour justifier son radicalisme, soutient le chef de l'Action démocratique du Québec. Elle n'a aucun sens des responsabilités. Elle joue avec l'émotion des gens, espérant se faire du capital politique.»
La chef de l'opposition péquiste a donné un grand retentissement, lundi, à une position déjà exprimée par son parti, notamment en 2009. Les députés péquistes Sylvain Gaudreault et Scott McKay appelaient alors le gouvernement Charest à tirer un trait définitif sur la filière nucléaire au Québec.
Pauline Marois a réitéré cette même proposition dans une entrevue publiée par Le Devoir, lundi, et lors d'une conférence de presse tenue en après-midi, quelques heures après celle du mouvement Sortons le Québec du nucléaire - dont son parti et Québec solidaire sont membres.
La chef péquiste veut fermer Gentilly-2 parce qu'elle ne voit plus la nécessité de maintenir cette filière énergétique au Québec, ainsi qu'en raison de l'explosion des coûts de réfection qu'elle dit entrevoir.
Elle souligne que la facture de la réfection de la centrale de Point Lepreau, au Nouveau-Brunswick, dont le réacteur est identique à celui de Gentilly, s'allonge sans cesse.
Elle se dit de toute façon convaincue que les difficultés techniques liées à la réfection de l'unique centrale nucléaire québécoise sont déjà telles que les travaux, évalués sommairement à 2 milliards $, n'auront pas débuté avant les prochaines élections générales.
Le cas échéant, «l'état d'avancement des travaux ne serait pas suffisamment grand pour qu'on puisse s'empêcher de la fermer».
Énergies renouvelables
Regroupant aussi des écologistes, des scientifiques et des vedettes de l'industrie artistique, le mouvement Sortons le Québec du nucléaire estime que ce projet de réfection est dangereux.
Le professeur de l'Université Laval Michel Duguay relève que la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) «a noté plus de 50 lacunes dans les domaines de sûreté à Hydro-Québec».
«François Rinfret, de la CCSN, a dit qu'il était temps de sonner l'alarme par rapport à Gentilly. Nous aussi, on sonne l'alarme.»
Pour Karel Mayrand, de la Fondation David-Suzuki, «fermer Gentilly-2 libérerait des milliards pour soutenir un vrai virage en faveur de l'efficacité énergétique et du développement des énergies renouvelables».
La vice-première ministre du Québec, Nathalie Normandeau, accuse Mme Marois de suivre un peu trop facilement la direction du vent. Elle lui reproche de conclure trop vite à la nécessité d'une fermeture et, surtout, de profiter de la catastrophe du Japon pour le faire.
Le gouvernement de Jean Charest appuie et continue d'appuyer Hydro-Québec dans ce dossier. La semaine dernière, Mme Normandeau lui a toutefois demandé de fournir un «état de la situation» sur la sécurité des installations de la centrale. Québec veut aussi connaître les coûts exacts de la rénovation projetée.
Les décisions définitives sur Gentilly-2 sont encore à venir, doit-on comprendre.
Emplois
À l'instar de la vice-première ministre, la députée adéquiste Sylvie Roy parle de «revirement» pour décrire la position du PQ. «Jamais Michel Morin, l'ancien député de Nicolet-Yamaska et whip du Parti québécois, n'aurait approuvé un tel changement de cap», croit-elle.
La fermeture de Gentilly-2 ferait de gros «dégâts» dans une région déjà touchée par la disparition de plusieurs entreprises, dont Norsk-Hydro et RHI Canada. Elle «mettrait au chômage» 800 travailleurs, dit l'adéquiste.
Réfection évaluée à 2 milliards $
Hydro-Québec a annoncé la réfection de sa seule centrale nucléaire en août 2008. Construite en 1983, Gentilly-2 nécessitera des investissements évalués jusqu'ici à 2 milliards $ par la société d'État. Le plan initial prévoyait que les travaux de réfection devaient débuter ce printemps. Ils ont été repoussés à avril 2012. La centrale de 675 mégawatts fournit près de 3 % de la production totale d'Hydro-Québec.