Gaz de schiste: les gazières québécoises en péril?

L'incertitude qui plane sur l'industrie du gaz de schiste commence à peser lourd sur les gazières québécoises, qui évoquent ouvertement la possibilité (plus ou moins imminente, selon le cas) de passer à des mains étrangères.

Ne produisant pas encore de gaz naturel, sauf en quantités marginales, ces «compagnies juniors» n'ont pas de sources de revenu autres que la mise de leurs investisseurs. Elles vivent donc, en quelque sorte, sur du temps emprunté.

Or, dit David Vincent, directeur de Gastem, une compagnie d'exploration gazière basée à Montréal, la tempête politico-médiatique des derniers mois a justement dilapidé une partie de ce temps.

«Ça fait six mois qu'on est sur les breaks. [...] Il y a une sorte de moratoire de facto, au Québec, parce que personne ne veut investir dans un territoire où il y a un risque politique», dit-il à propos du rapport que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) déposera lundi et du futur cadre légal qui doit en découler.

«J'ai peur que la mise en place de la nouvelle réglementation ne prenne trop de temps. [...] Si ça prend encore un an [avant que la nouvelle loi ne vienne dissiper les incertitudes], ça pourrait faire beaucoup de dommages chez les entreprises québécoises. [...]

«Pour une grosse compagnie comme Talisman, qui a des puits un peu partout dans le monde, si ça reste bloqué pendant encore un an au Québec, ils vont aller ailleurs et revenir quand ça va débloquer. Mais pour des compagnies comme Gastem et Junex, qui sont à peu près les deux seuls joueurs québécois dans le schiste de l'Utica, si on attend encore un an, on ne passera pas au travers», s'alarme M. Vincent.

Les six derniers mois ont été «très difficiles» pour sa compagnie, dit-il, qui a vu sa valeur en Bourse chuter et des actionnaires britanniques quitter le navire. «Ce qui pourrait arriver, si on se reporte dans quelques années, c'est que le gaz va être encore là, mais que les compagnies québécoises vont avoir disparu», imagine-t-il.

Moins alarmiste

Du côté de Junex, on se montre nettement moins alarmiste, mais on ne nie pas la possibilité d'une (éventuelle) prise de contrôle étrangère.

«Les marchés financiers, parce qu'il n'y a pas d'activité sur le terrain, ont un peu décompté le shale de l'Utica [visé par l'industrie dans le sud du Québec... Et] c'est une évidence que les compagnies juniors sont plus affectées quand ça fige. [...]

«Mais chez Junex, on a un fonds de roulement de 16 millions $ et on ne brûle pas beaucoup d'argent par année. Alors, on n'a pas de problème de liquidité, et on a aussi un certain contrôle sur notre capital-actions. Mais c'est sûr qu'on a beaucoup, beaucoup de terrains, alors oui, on peut être une cible pour un take-over hostile», commente Dave Pépin, vice-président aux affaires corporatives chez Junex.

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